LES RAYONS ET LES OMBRES : explication de la fin du film avec Jean Dujardin
Après plus de trois heures passées dans le Paris de la Collaboration, LES RAYONS ET LES OMBRES s’achève sur la chute de Jean Luchaire et le retour de sa fille Corinne à une réalité qu’elle a longtemps préféré ne pas regarder. Que signifie cette fin et que s’est-il réellement passé ? Attention, spoilers.
Que se passe-t-il à la fin de LES RAYONS ET LES OMBRES ?
À mesure que la défaite allemande devient inévitable, tout l’univers dans lequel Jean Luchaire (incarné par Jean Dujardin) évoluait s’effondre. Après la Libération de Paris, il fuit avec sa famille jusqu’à Sigmaringen, où se retrouvent une partie du régime de Vichy et des principaux collaborateurs français. Jean et sa fille Corinne sont finalement arrêtés après leur départ pour l’Italie.
Le film conduit alors Jean Luchaire jusqu’à son procès. Face à lui, le procureur Raymond Lindon, incarné par Philippe Torreton, rappelle la responsabilité particulière de cet homme de presse qui ne pouvait pas prétendre ignorer ce qui se déroulait autour de lui. Après avoir passé plus de trois heures à montrer comment Luchaire a pu glisser progressivement vers la collaboration, le procès vient ainsi rappeler qu’expliquer ce parcours ne revient pas à l’excuser.
Jean Luchaire est condamné à mort et exécuté. Corinne, elle, survit mais reste marquée par les choix de son père et par son propre aveuglement.
Après la mort de son père, Corinne finit par enregistrer ses mémoires. Dans l’histoire vraie du film LES RAYONS ET LES OMBRES, elle n’a jamais enregistré sur un dictaphone, mais a bien sorti un livre. Le dispositif de l’enregistreur a été imaginé par Xavier Giannoli pour faire d’elle la voix-off du film, et justifier ainsi sa présence tout au long du métrage.
À la toute fin du film, Léonide Moguy, le réalisateur qui avait lancé Corinne au cinéma, lui apprend que sa sœur est morte dans un camp de concentration. Lorsque Corinne répond qu’elle ne savait pas, il lui demande alors si elle avait seulement cherché à savoir.

Pourquoi la dernière scène est si importante ?
Dès le début du film, Corinne explique qu’elle voudrait « comprendre ». Le réalisateur a d’ailleurs choisi de raconter cette histoire à travers elle parce qu’elle n’était ni une responsable politique ni une militante. Elle aime et admire son père, profite du monde dans lequel il évolue et perçoit progressivement que quelque chose ne va pas, sans jamais véritablement vouloir regarder plus loin.
La question de Léonide Moguy qui va la voir chez elle déplace donc complètement le problème. Il ne demande pas seulement à Corinne ce qu’elle savait, mais si elle a essayé de savoir. Xavier Giannoli explique que cette interrogation a été centrale dans son envie de faire le film : Corinne trouve notamment dans son père une sorte de rempart qui lui permet de rester dans le déni et de continuer à vivre dans une bulle, entre cinéma, fêtes et privilèges.
C’est aussi ce qui explique le choix du magnétophone, pourtant fictif. La véritable Corinne Luchaire n’a pas enregistré ses mémoires de cette manière, mais Giannoli utilise ce dispositif pour transformer tout le film en tentative de compréhension rétrospective. Corinne regarde enfin ce qu’elle n’avait pas voulu regarder au moment où cela se produisait.
C'est aussi dans cet entre deux que le titre prend tout son sens. LES RAYONS ET LES OMBRES évoque évidemment la lumière du cinéma, mais aussi ces zones beaucoup moins nettes dans lesquelles les personnages ont choisi de vivre. Xavier Giannoli explique volontiers que le titre renvoie à ces contradictions humaines, à la lumière comme aux zones d’ombre que le cinéma peut justement tenter de révéler.
