Aller au contenu principalAller à la recherche

LIFE OF CHUCK : explication du film. Qu’est-il arrivé à Chuck ?

Nouvelle adaptation de Stephen King par Mike Flanagan, LIFE OF CHUCK vient d’arriver sur CANAL+. Voici une explication du film, évidemment riche en SPOILERS !

LIFE OF CHUCK : explication du film de Mike Flanagan

Mike Flanagan est l’un des cinéastes américains qui savent le mieux adapter Stephen King. Après JESSIE (2017) et DOCTOR SLEEP (2019), il s’attaque à LIFE OF CHUCK, une nouvelle parue en 2020 dans le recueil Si ça saigne. À l’affiche : Tom Hiddleston incarne Charles “Chuck” Krantz adulte, entouré de Chiwetel Ejiofor, Karen Gillan, Mia Sara, Mark Hamill ou encore Jacob Tremblay et Benjamin Pajak pour ses versions adolescentes et enfantines.

Réalisé et écrit par Mike Flanagan, ce drame fantastique adopte une construction à rebours qui intrigue le spectateur dès les premières minutes : pourquoi voit‑on des panneaux publicitaires remerciant Chuck pour « 39 ans » tandis que des catastrophes accablent la planète ? Qu’est‑il arrivé à ce comptable sans histoire dont le visage apparaît partout ?

Le film s’ouvre sur l’acte 3 (« Merci, Chuck ! »). Marty Anderson, un professeur de littérature, voit la réalité se fissurer : Internet disparaît, les étoiles s’éteignent et des affiches « Charles Krantz : 39 belles années ! Merci Chuck ! » envahissent la ville. Il se confie à son ex‑femme Felicia et lui explique le concept du calendrier cosmique de Carl Sagan, qui condense l’histoire de l’univers en une année. Lorsque le monde semble s’achever, il se rend chez elle pour vivre ensemble les derniers instants. Dans un hôpital, un homme de 39 ans meurt d’une tumeur au cerveau, il s’appelle Charles Krantz et sa famille lui répète « 39 belles années ! Merci Chuck !. 

À cet instant, la “fin du monde” prend son véritable sens : l’univers qui s’éteint est en fait celui contenu dans l’esprit de Chuck, et les personnages sont les gens qui ont marqué sa vie, on comprendra ensuite pourquoi.

L’acte 2 (« Buskers Forever ») remonte neuf mois en arrière. Chuck, alors en pleine santé, assiste à un congrès de comptables. En sortant, il est happé par le groove d’un percussionniste de rue. Sans pouvoir se retenir, il se met à danser au milieu des passants et entraîne une inconnue (Janice) dans une chorégraphie endiablée. Dans cette scène, on y découvre un homme qui aime la vie mais dont la tête le fait souffrir. Quelques mois plus tard, ces maux annoncent la tumeur qui va l’emporter. 

Cette séquence de danse est au cœur du film : elle illustre la pulsion vitale de Chuck et l’impact qu’il a sur les autres. Après avoir aidé la musicienne à ranger son matériel, il avoue qu’il ne sait pas pourquoi il a dansé et que cette improvisation est peut‑être la raison d’être de son monde.

L’acte 1 (« Je contiens des multitudes »), enfin, replonge dans l’enfance. Chuck perd ses parents dans un accident de voiture et est élevé par ses grands‑parents, Albie et Sarah. Sa grand‑mère lui transmet l’amour de la danse, tandis que son grand‑père, ébranlé par le deuil et l’alcool, lui interdit d’entrer dans le grenier coiffé d’une coupole mystérieuse. 

À l’école, une enseignante lui lit le poème Song of Myself de Walt Whitman et lui explique que chaque individu « contient des multitudes ». Cette idée que nos souvenirs et nos rencontres forment un univers intérieur irrigue tout le film. Chuck devient un danseur talentueux, se blesse à la main (une cicatrice qui servira plus tard d’indice), rêve d’une carrière artistique mais finit par suivre les conseils de son grand‑père et devient comptable. Après la mort de son grand‑père, il hérite de la maison et, muni de la clé, entre enfin sous la coupole : il y voit un homme adulte, allongé à l’hôpital, relié à des machines. Il comprend qu’il assiste à sa propre mort, reconnaissable à la cicatrice sur sa main. Le jeune garçon jure alors de vivre pleinement, répétant : « Je suis merveilleux, je mérite d’être merveilleux et je contiens des multitudes ».

La construction en trois actes permet d’introduire les personnages en douceur et de révéler la clé du mystère au fur et à mesure. Le scénario met notamment en miroir Marty et Felicia, le couple qui traverse l’apocalypse en se déclarant leur amour, et Sam Yarborough (Carl Lumbly), un croque‑mort qui parle avec philosophie de la fin du monde. On retrouve également Janice, la jeune femme qui danse avec Chuck, et Miss Richards, l’enseignante qui lui fait découvrir Walt Whitman.

Une réflexion poétique sur l'existence

Dans le troisième acte de LIFE OF CHUCK, on croit assister à la fin de l’univers mais la vérité est plus intime. Chuck meurt d’une tumeur au cerveau à 39 ans, entouré de sa femme Ginny et de son fils. Le monde qui se désagrège dans les yeux de Marty et Felicia est en fait le monde intérieur de Chuck qui s’éteint. 

Les événements apocalyptiques du début ne sont pas la fin du monde physique mais la fermeture progressive du corps et de l’esprit de Chuck. Les personnes que Marty rencontre (un croque-mort une petite fille sur des rollers, un père abandonné…) sont autant de figures que Chuck a croisées, et qui vivent en lui. Quand il meurt, ces êtres tels qu’ils existaient dans une seule version (dans l’esprit de Chuck) disparaissent également.

Mais la clé du film se trouve dans la coupole, dans la maison du grand-père. Dans la nouvelle de Stephen King comme dans l’adaptation, cette pièce nichée sous le grenier donne à ceux qui la traversent la vision de la mort d’une personne qu’ils connaissent. Lorsque Chuck s’y rend après le décès de son grand‑père, il se voit couché sur un lit d’hôpital, relié à des machines, âgé de 39 ans. 

Cette vision se réalise à la fin du film, reliant l’acte 1 à l’acte 3 : la première scène que le spectateur découvre est en réalité le dernier instant de Chuck. La fausse apocalypse annonce ainsi la mort d’un univers intérieur, pas celle de l’humanité. Ce renversement de perspective explique aussi les panneaux publicitaires : dans l’esprit de Chuck, son entourage et ses souvenirs le remercient pour les moments partagés et ferment doucement le rideau.

En adoptant cette narration antéchronologique (à rebours), Mike Flanagan montre comment chaque période de la vie répond à la précédente. La danse improvisée du chapitre 2, par exemple, prend une nouvelle dimension quand on sait que Chuck ressent déjà les premiers symptômes de sa tumeur. Cette scène devient un acte de résistance face à la mort : il choisit de célébrer la vie, de se laisser porter par la musique, de saisir l’instant présent.

L’enfance du chapitre 1, elle, explique la fascination de Chuck pour la danse et introduit le leitmotiv de Walt Whitman : «Je suis vaste, je contiens des multitudes ». La professeure Miss Richards lui enseigne que chacun d’entre nous porte en soi un univers constitué de souvenirs et de relations. Le film rappelle que les expériences, les relations et les souvenirs créent un univers riche et complexe. La perte d’une seule vie est donc comparable à la fin d’un monde.

Alors qu’est‑il arrivé à Chuck ? Il a vécu, tout simplement. Son histoire n’est ni celle d’un héros classique, ni celle d’un être exceptionnel mais celle d’un homme ordinaire qui a aimé danser, qui a souffert, qui a eu peur de la mort et qui a choisi d’embrasser la vie malgré tout. Le film montre comment il a survécu à la perte de ses parents, comment il a suivi un chemin imposé par son grand‑père puis a trouvé sa propre voie, comment il a rencontré sa femme et a été père.

La tumeur au cerveau qui l’emporte symbolise la fatalité qui guette chacun de nous. L’important, semble nous dire Flanagan, n’est pas la façon dont on meurt mais ce qu’on fait du temps qui nous est imparti. Chuck le comprend dès son adolescence : après avoir vu sa propre mort, il décide de savourer chaque instant et de « contenir des multitudes ».

Au moment où son univers se referme, il est remercié pour ces 39 années de vie par les voix qui peuplent sa conscience.