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Pourquoi MOULIN avec Gilles Lellouche est le film le plus terrifiant de Cannes 2026

Après LE FILS DE SAUL, Grand Prix du Festival de Cannes en 2015, le réalisateur hongrois László Nemes s’intéresse de nouveau à la Seconde Guerre Mondiale, cette fois pour un biopic sur Jean Moulin, incarné à l’écran par Gilles Lellouche. Loin des codes traditionnels du biopic, le film nous plonge avec horreur dans les derniers jours du résistant français, face au terrifiant Klaus Barbie (campé par Lars Eidinger).

Gilles Lellouche est MOULIN

On se rappelle encore du choc déclenché par LE FILS DE SAUL lors de sa projection en compétition en 2015 au Festival de Cannes, qui nous plongeait dans l’enfer d’Auschwitz, à travers les yeux d’un prisonnier juif hongrois, forcé de participer à la crémation des victimes du camp. La mort rôdait à chaque instant, dans le combat de cet homme qui avait pour seule obsession de sauver de l’incinération le corps d’un jeune garçon qu’il pensait être celui de son fils.

Onze ans plus tard, László Nemes retrouve l’Histoire et la compétition avec MOULIN, son biopic sur le résistant français, incarné par Gilles Lellouche. Et, une fois encore, le réalisateur nous a surpris avec son geste de cinéaste. Peut-être parce que le film refuse exactement ce qu’on attend souvent d’un récit sur la Résistance française. Plutôt qu’un biopic sur la figure historique qu'est Jean Moulin (peu de scènes sont en réalité dédiées à son travail dans la Résistance), László Nemes filme au contraire la lente mise à mort d’un homme que le régime nazi va broyer, et de ce qu'il subsiste de liberté et de dignité, jusque dans son dernier geste.

À l’arrivée du personnage de Klaus Barbie (incarné par l’impressionnant Lars Eidinger), le film cesse presque de raconter une trajectoire historique pour devenir une expérience physique. 

À la limite de l'expérience horrifique

Ainsi, dans un deuxième mouvement, le film se resserre sur un corps qui vacille. László Nemes ne filme plus l’Histoire : il colle sa caméra à Jean Moulin et le laisse s’enfoncer dans une mécanique de plus en plus déshumanisante. Les scènes d’interrogatoire succèdent aux passages dans les couloirs étroits de la prison Montluc. Dans cette seconde partie, un sentiment d’horreur s’installe. Klaus Barbie ne se contente pas d’humilier mais crée des situations, orchestre des jeux cruels. La torture, pourtant souvent reléguée hors champ, est d’autant plus insoutenable qu’on en perçoit chaque détail sonore.

Moulin est forcé d’assister à des exactions qui le brisent psychologiquement, notamment lorsque le chef de réseau est obligé d’écouter le récit de bébés juifs jetés dans un brasier ou de voir une jeune femme déchiquetée par des chiens.

À mesure que les tortures deviennent plus cruelles – dans le film, Moulin est aussi contraint de danser pour la comtesse et subit des séances de décharges électriques – le spectateur est entraîné dans un dispositif proche du cinéma d’horreur : caméra au plus près des visages, sons qui envahissent l’espace, hors‑champ qui laisse l’imaginaire se perdre.

Gilles Lellouche y trouve un de ses meilleurs rôles.