Presque 30 ans après, cette scène reste l'une des plus traumatisantes du cinéma
En 1987, ROBOCOP permet au réalisateur Paul Verhoeven de marquer Hollywood de son empreinte par son style violent, sans concession. Une scène, en particulier, a écrit sa légende.
Tuer Murphy...
ROBOCOP est une œuvre à la fois fondatrice de l'univers de Paul Verhoeven, qui y justifie son surnom d'Hollandais violent, et un film qui aura marqué la science-fiction, au point qu'il accouchera de plusieurs suites, toutes disponibles sur CINÉ+ OCS, avec CANAL+.
Dans un monde dystopique, la ville de Détroit est gangrenée par le crime organisé et dirigée par l'OCP, un conglomérat militaro-industriel et commercial. Tout juste transféré, Alex Murphy (Peter Weller) est un flic idéaliste qui veut faire le bien pour rendre fière sa femme et son fils. Suite à une fusillade où il est laissé pour mort, il sert de cobaye à l'OCP pour le transformer en policier d'un nouveau genre : mi-homme, mi-machine.
Tout ROBOCOP est résumé dans cette phrase : « Suite à une fusillade où il est laissé pour mort ». Si le film a marqué les esprits, cette séquence n'y est pas pour rien. Paul Verhoeven décide d'infliger à son personnage principal, un héros juste auquel le public peut s'identifier, les pires atrocités. Encerclé, désarmé, il va se faire tirer dans chaque partie du corps tout en restant debout, mutilé, avant d'être achevé froidement d'une balle dans la tête à bout portant.
Si le cinéaste a dû faire beaucoup de concessions pour abaisser l'interdiction du film, il a refusé de couper cette scène. Au contraire, elle est longue, étirée, brutale, avec des moments en caméra subjective. Tout est fait pour que l'on s'implique émotionnellement dans ce massacre, qu'il soit dur à regarder.
Grâce aux prothèses et aux effets pratiques, la séquence n'a pas pris une ride, de sorte que des années après, nombreux sont les spectateurs à encore détourner le regard. Pourtant, elle est fondatrice du récit. Elle donne un but au personnage, la vengeance. Car sans la mort du gentil Alex Murphy, ROBOCOP ne pourrait pas exister.
… pour faire vivre à ROBOCOP
Dans une perspective quasi biblique, Verhoeven tue l'homme pour faire naître la machine. La chaleur d'un corps tombé sous les balles ressuscite en un objet froid, soumis aux directives d'un conglomérat à la recherche du profit et du contrôle. ROBOCOP est un film en apparence nihiliste où on écrase l'humain pour utiliser la machine.
Alors que le gang apparaît comme l'antagoniste du film, appuyé par cette séquence cruelle, le réalisateur opère un changement de point de vue où, soudain, c'est l'OCP qui, en utilisant ce qui reste de Murphy, devient le véritable méchant. Car si le crime paie, alors c'est bien cette société capitaliste qui en profite.
Comme très souvent chez Verhoeven, l'extrême violence est là pour se moquer du consumérisme monde réel (comme STARSHIP TROOPERS). Dans une telle société, comment l'humain peut-il avoir encore sa place ? C'est tout le propos de ROBOCOP, montrer que vous pouvez transformer l'homme en outil, vous ne pourrez pas lui enlever son libre arbitre.
