Quel acteur a le mieux incarné James Bond ?

Posté par Alexis Lebrun le 1 avril 2022
On fête cette année le soixantième anniversaire des aventures de 007 sur grand écran. En six décennies, l’agent secret le moins secret du monde a été interprété par six acteurs, soit autant de visions du personnage créé par Ian Fleming. En attendant de connaître la réponse à la question qui tue – qui succèdera à Daniel Craig ? –, retour sur les différentes incarnations de James Bond au cinéma.
Sean Connery, la référence

Pour beaucoup de fans, l’acteur écossais n’est pas la meilleure version de James Bond, il EST James Bond. Et pour cause : en enfilant le premier le smoking de 007 dans JAMES BOND 007 CONTRE DR NO (Terence Young, 1962), Sean Connery est celui qui a forgé le mythe du personnage sur grand écran, pour en faire une icône mondiale et intergénérationnelle de la pop culture qu’aucun de ses successeurs ne pourra surpasser. L’essence du James Bond de Sean Connery, c’est d’abord un sex-appeal foudroyant qui transpire de tous les pores de son torse velu abondamment filmé à l’écran, symbole de la virilité triomphante du début des années 1960.

La masculinité très traditionnelle de ce sex-symbol plein d’assurance s’exprime aussi dans la violence du 007 made in Sean, qui tue de sang-froid avec une facilité déconcertante, et laisse dans son sillage une montagne de cadavres. Cela inclue ses innombrables conquêtes féminines, qui meurent par sa faute sans que cela le perturbe beaucoup. Héros charismatique, d’une classe et d’une élégance folles, en même temps que froid et royalement sexiste, le James Bond de Sean Connery est aujourd’hui tout à fait anachronique, et c’est pour cette raison qu’il est paradoxalement éternel.

George Lazenby, l’étoile filante

Quand Sean Connery décide une première fois de rendre le costume de 007 après ON NE VIT QUE DEUX FOIS (Lewis Gilbert, 1967), EON Productions, la boîte d’Albert R. Broccoli et Harry Saltzman, est dans la panade. L’apollon écossais avait transformé James Bond en machine à cash au box-office, et voilà qu’il faut lui trouver un successeur qui ne pourra jamais le faire oublier. Parmi les nombreux prétendants, ils choisissent un Australien totalement inconnu, qui n’a jamais tourné le moindre rôle au cinéma. Cet acteur débutant, c’est George Lazenby. Ancien mannequin, ce dernier n’a pas que sa silhouette pour lui.

C’est un véritable athlète qui distribue les bourre-pifs de façon on ne peut plus réaliste. Résultat, le James Bond qu’il incarne est convaincant dans les scènes d’action, mais les choses se compliquent un peu quand il s’agit de faire passer des émotions. Si sa performance d’acteur est encore aujourd’hui très diversement appréciée, George Lazenby peut au moins avoir la satisfaction d’être un Bond culte : non seulement il est le seul à n’avoir participé qu’à un seul film, mais il s’agit en plus de l’un des plus appréciés par les fans. Accueilli tièdement à sa sortie, AU SERVICE SECRET DE SA MAJESTE (Peter Hunt, 1969) est en effet considéré aujourd’hui comme l’un des meilleurs épisodes de la saga, en raison notamment de sa noirceur, symbolisée par son inoubliable conclusion tragique.

Roger Moore, le blagueur

Après l’éphémère retour de Sean Connery dans LES DIAMANTS SONT ÉTERNELS (Guy Hamilton, 1971), James Bond doit se réinventer. Les temps ont changé : les mouvements contre-culturels de la fin des années 1960 menacent le personnage de l’agent 007 tel qu’il était incarné par l’acteur écossais. Il faut se renouveler et (déjà !) séduire une nouvelle génération pour ne pas risquer d’être ringardisé, comme le prédisait l’agent visionnaire de George Lazenby, qui a recommandé à son poulain de refuser le pont d’or proposé pour continuer à incarner l’agent secret… C’est là qu’entre en scène Roger Moore, le recordman du nombre de films tournés dans la peau de James Bond, avec sept apparitions entre 1973 et 1985.

Encore davantage que les autres, l’acteur célèbre pour ses froncements de sourcils symbolise une époque : le 007 de Roger Moore est un héraut de la révolution sexuelle, plus excité à l’idée de mettre dans son lit des filles qui ont la moitié de son âge que de se battre pour sauver le monde. Pour séduire, ce Bond se repose d’ailleurs bien moins sur son physique – déjà vieillissant dans les années 1980 – que sur ses vannes et son sens du bon mot devenus légendaires chez les fans. L’ère Roger Moore est celle du second degré, de l’autodérision et des excès les plus notoires : l’acteur se retrouvé déguisé en clown ou en singe et ne semble jamais prendre au sérieux les missions absurdes de son personnage, comme lorsqu’il part se battre dans l’espace avec des pistolets laser dans MOONRAKER (Lewis Gilbert, 1979). Un style outrageusement décalé qui divise forcément les fans : on adore ou on déteste.

Timothy Dalton, le précurseur

On le sait, les dernières années du règne de Roger Moore n’ont pas été du goût de tout le monde. L’acteur a incarné l’agent secret jusqu’à l’âge de 58 ans, et disons pour parler poliment que cela se voyait à l’écran. Après ces années un peu folles où la franchise a repoussé toutes les limites de l’invraisemblance, il fallait donc revenir à quelque chose de plus sérieux et crédible. C’est ainsi que Timothy Dalton a été choisi : quand l’acteur endosse pour la première fois le costume de James, l’idée est de rompre avec les pitreries de vieux playboy, et de proposer un Bond plus sombre et réaliste.

Cela vous rappelle quelqu’un ? Parfaitement : vingt ans avant l’ère Daniel Craig, les producteurs de la saga avaient essayé une première fois de rendre 007 plus humain. Le James Bond de Timothy Dalton n’est pas du genre à faire des blagues (il préfère une bonne vengeance sanglante), et ses conquêtes sont rares, pour la moyenne du personnage. En l’espace de deux films, l’acteur rompt brutalement avec les années Roger Moore, et incarne un agent incomparablement plus violent, tout en réalisant lui-même ses cascades. Ce sursaut de violence voire de gore dans une franchise qui avait habitué son public familial à ronronner fait un bide. Ce choix était pourtant le bon, mais il est simplement intervenu beaucoup trop tôt : il faudra attendre 2006 pour que le succès de Daniel Craig vienne valider cette orientation.

Pierce Brosnan, la synthèse

Aujourd’hui, l’acteur irlandais souffre terriblement de la comparaison avec celui qui lui a succédé. Mais l’ouragan Daniel Craig ne peut pas faire oublier que Pierce Brosnan a incarné une version chimique assez pure de James Bond dans la deuxième moitié des années 1990. Pour le dire simplement, il fait la synthèse entre tous ceux qui sont passés avant lui : comme Timothy Dalton, il ne craint pas de se salir les mains, mais son sex-appeal très brut, son charme naturel et son élégance renvoient aussi à Sean Connery, tandis que son flegme et sa dérision n’ont rien à envier à Roger Moore. Et malgré son côté un peu hautain et désinvolte, on retrouve déjà chez lui la part de fragilité qui caractérisera le Bond de Daniel Craig.

Le James Bond de Pierce Brosnan est donc un classique au sens positif du terme, mais on oublie aussi souvent qu’il a entamé le virage de la modernité confirmé par Daniel Craig. Un changement forcé : quand l’Irlandais récupère le rôle au mitan des années 1990, la guerre froide est terminée et James Bond a disparu des radars depuis 1989 et le crash de l’expérience Timothy Dalton. Il faut ressusciter la licence et adapter le héros à un nouveau contexte géopolitique. Les quatre films de l’ère Pierce Brosnan sont certes marqués par les excès pyrotechniques des blockbusters de l’époque, mais on ne peut s’empêcher de garder une tendresse particulière pour l’excellent GOLDENEYE (Martin Campbell, 1995) et ses successeurs, où le rapport de James Bond aux femmes commence aussi à évoluer plus ou moins subrepticement, sans compter qu'on y trouve certains des gadgets les plus dingues de l'histoire de la saga.

Daniel Craig, le révolutionnaire

On a tendance à l’oublier, mais quand il récupère le rôle de James Bond en 2005, Daniel Craig est victime d’une campagne de dénigrement et de boycott en ligne qui préfigure une pratique devenue aujourd’hui monnaie courante. Trop blond et trop charpenté aux goûts des fans les plus zélés de 007, Daniel Craig tranche radicalement avec la sophistication presque aristocratique de Pierce Brosnan. Tout le monde connaît la suite : dès sa première apparition en 2006 dans la peau de Bond, Craig s’impose quasiment à l’unanimité comme une évidence, et le CASINO ROYALE de Martin Campbell se classe au niveau des plus grands classiques de la franchise, si ce n’est au-dessus. Violent, tourmenté, impulsif, vulnérable, amoureux, le James Bond de Daniel Craig donne un coup de fouet nécessaire à l’agent et fait exploser un certain nombre de codes de la franchise : exit les gadgets outranciers et le Martini au shaker, 007 est forcé de tout envoyer promener pour résister aux assauts des nouveaux surhommes du cinéma d’action et des séries, Jason Bourne et Jack Bauer en tête.

À une époque où Bond est plus que jamais menacé de ringardisation par les bouleversements de l’époque, Daniel Craig sauve le personnage en en redéfinissant les contours, une gageure après cinquante ans d’existence. Et le public adore ça : en 2012, le miraculeux SKYFALL de Sam Mendes bat tous les records de la licence, et confirme définitivement le tournant dramatique de la série, redevenue pertinente. Dix ans plus tard, Daniel Craig laisse le matricule 007 à son zénith, à tel point qu’il n’est plus tabou depuis longtemps de le placer au-dessus de Sean Connery dans la hiérarchie des Bond. Un crime de lèse-majesté ? Assurément pas. On souhaite bon courage à son successeur.

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