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RAOUL TABURIN : Benoît Poelvoorde et Edouard Baer en ont sous la pédale

Posté par Alexis Lebrun le 12 avril 2021
Pour son troisième long-métrage, le réalisateur Pierre Godeau s’est lancé dans l’adaptation d’une bande-dessinée de Sempé, RAOUL TABURIN. Et qui mieux que l’acteur belge et fan de vélo Benoït Poelvoorde pour tenir le premier rôle dans cette comédie familiale sur un réparateur de vélos qui cache depuis toujours qu’il ne sait pas faire de la bicyclette ?
La malédiction des petites roues

Raoul Taburin (Benoît Poelvoorde) est un imposteur bien malgré lui : depuis qu’il est petit, il est incapable de tenir en équilibre sur un vélo. Et à chaque qu’il tente d’en parler à un proche, un drame se produit, si bien qu’il finit par penser qu’il est victime d’une malédiction. Dans le petit village virtuel de Saint-Céron où il vit, tout le monde le considère pourtant comme un spécialiste du vélo : il répare quotidiennement des bicyclettes dans son atelier avec un talent rare. Et s’il ne pédale pas, c’est parce qu’il a pris sa retraite après une carrière d’acrobate à vélo, pensent à tort les habitants… Mais un jour, son petit secret menace d’être révélé lorsqu’un photographe du nom de Hervé Figougne (Edouard Baer) débarque dans le village et souhaite le photographier en train de faire du vélo… Hors de question pour Raoul, qui est prêt à tout pour ne pas révéler son mensonge et éviter de décevoir les gens qu’il aime.

Toute cette histoire reste très fidèle à la bande-dessinée publiée en 1995 par Sempé, y compris dans l’univers visuel, mais pour les besoins du long-métrage, quelques éléments ont été ajoutés à l’intrigue. C’est notamment le cas de beaucoup de scènes de la première demi-heure du film, constituée de flashbacks durant lesquels on découvre l’origine de la malédiction qui touche Raoul, via le personnage de son père, un facteur absent de la BD et interprété ici par Grégory Gadebois. Aucune inquiétude à avoir pour les fans de Sempé, bien au contraire : la légende du dessin a participé au projet, qui bénéficie d’un scénario très bien adapté par Guillaume Laurant, l’homme derrière beaucoup de films de Jean-Pierre Jeunet, dont LE FABULEUX DESTIN D'AMELIE POULAIN (2001). RAOUL TABURIN partage d'ailleurs avec ce dernier la présence d’une voix-off, ici réalisée par Benoît Poelvoorde lui-même, et qui contribue grandement au cachet poétique et au charme de ce film aux allures de fable intemporelle et universelle.

Le retour de Benoît Poelvoorde sur un vélo au cinéma

Les fans de l’acteur belge le savent peut-être, Benoît Poelvoorde est un grand fan de l’univers de Sempé, qu’il connaît sur le bout des doigts. Et depuis une vingtaine d’années, c’est également un amateur de vélo, car en 2001, il a joué le héros d’un film devenu culte chez les fans de cyclisme : LE VÉLO DE GHISLAIN LAMBERT (Philippe Harel). Il y incarnait un coureur anonyme du peloton, né le même jour que « Le Cannibale » Eddy Merckx, et qui rêve lui aussi de devenir un champion. Dans RAOUL TABURIN, Poelvoorde retrouve donc l’univers sans âge du vélo, dans les décors colorés et idylliques du Sud de la France, et à une époque incertaine...

Il est également réuni avec son ami Edouard Baer, avec qui l’alchimie est constamment perceptible, mais qu’il côtoie seulement pour la deuxième fois au cinéma. En 2005, l’acteur belge jouait l’un des rôles principaux dans AKOIBON, le deuxième film d’Edouard Baer en tant que réalisateur, un ovni total qui détonnait dans le paysage audiovisuel français avec son message très critique. Enfin, le trio principal du casting de RAOUL TABURIN est complété par la géniale actrice québécoise Suzanne Clément, qui joue la femme du personnage principal, et que les adeptes du cinéma de Xavier Dolan (on en fait partie) adorent retrouver depuis ses prestations dans LAURENCE ANYWAYS (2012) et MOMMY (2014) notamment.

Vélo et cinéma, un mariage heureux

Moyen de locomotion indémodable et plus en vogue que jamais, le vélo est incontournable sur le grand écran depuis les débuts du septième art. L’une des références évidentes de RAOUL TABURIN est par exemple JOUR DE FÊTE (1949), le grand classique de Jacques Tati, où le vélo tient une place incontournable, dans un petit village français qui organise une fête sur sa place. Un décor, une époque et un esprit qui évoquent beaucoup le film de Pierre Godeau. Ce dernier rend aussi un bel hommage avoué à la célèbre scène du vélo volant d’E.T., L'EXTRA-TERRESTRE (Steven Spielberg, 1982). Un autre chef-d’œuvre de la même époque que JOUR DE FÊTE tourne autour d’un vélo : LE VOLEUR DE BICYCLETTE (Vittoria De Sica, 1948), où un malheureux colleur d’affiches se fait chiper le seul moyen d’assurer la subsistance de sa famille.

Plus récemment aussi, le vélo a encore inspiré beaucoup d'œuvres restées dans les mémoires. C’est le cas du superbe film d’animation LES TRIPLETTES DE BELLEVILLE (Sylvain Chomet, 2003), où un champion de cyclisme est enlevé avec deux concurrents sur les routes du Tour de France… LA GRANDE BOUCLE (Laurent Tuel, 2013), c’est justement le titre d’un film récent sur un passionné du Tour (Clovis Cornillac), un loser qui décide de se lancer sur le parcours de la course avec un jour d’avance sur les professionnels… Si le long-métrage a beaucoup divisé à sa sortie, on ne peut pas en dire autant du bijou des frères Dardenne sorti en 2011, LE GAMIN AU VÉLO, dans lequel un enfant placé dans un foyer tente de retrouver son père avec le vélo qu’il lui avait offert, et qui constitue son seul lien avec lui. Tout aussi excellent, WADJDA (2012), le premier long-métrage de la réalisatrice saoudienne Haifaa al-Mansour, raconte l’histoire d’une petite fille rebelle beaucoup trop cool, et qui s’inscrit à un concours de récitations coraniques afin de pouvoir se payer le vélo de ses rêves, un achat interdit aux femmes dans son pays.

On peut encore citer THE CLIMB (Michael Angelo Covino) l’un des films les plus attachants sortis l’été dernier, et qui commence par une scène d’ascension d’un col français par deux amis, durant laquelle le premier annonce au second qu’il a couché avec sa fiancée… Et si vous préférez les thrillers, on vous conseille le renversant PREMIUM RUSH (David Koepp, 2012), qui brille par ses scènes de poursuites incroyables à Manhattan entre un coursier à vélo et des individus prêts à tout pour mettre la main sur une mystérieuse enveloppe. Enfin, difficile de conclure sans un film qui aborde le dopage frontalement, ce qui nous évoque bien sûr THE PROGRAM (2015), le long-métrage de Stephen Frears qui reconstitue de façon épique l’ascension et la chute du cycliste américain Lance Armstrong, interprété ici par Ben Foster. Heureusement, il n’y a rien de tout cela dans RAOUL TABURIN.

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