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Sorti il y a 24 ans, ce film au budget monstre prouve qu’en France aussi on sait faire des blockbusters

En janvier 2001, Christophe Gans faisait trembler le box-office avec LE PACTE DES LOUPS, véritable blockbuster français, épique et ambitieux. Le film est à (re)voir sur CANAL+ dans sa version remasterisée.

LE PACTE DES LOUPS : le pari fou de Christophe Gans

L’aventure LE PACTE DES LOUPS commence en 1998. Le scénariste Stéphane Cabel imagine un synopsis inspiré de la légende de la Bête du Gévaudan, dans lequel il mêle faits historiques, fantastique et conspiration politique. Christophe Gans, qui sort meurtri de l’échec d’un projet d’adaptation de VINGT MILLE LIEUES SOUS LES MERS, voit dans cette histoire l’opportunité de concrétiser sa passion pour le cinéma de genre.

Cinéphile baroque, nourri de culture populaire autant que de littérature fantastique, il retravaille le script pour lui donner une ampleur romanesque et spectaculaire. Là où le cinéma français privilégie alors le drame intimiste, Christophe Gans rêve de dynamiter tout ça avec un récit épique, accessible et populaire.

Le producteur Samuel Hadida et StudioCanal décident de financer cette vision ambitieuse. Leur pari est clair : hisser le cinéma de genre français sur le devant de la scène internationale et prouver qu’un blockbuster en langue française peut séduire au-delà des frontières.

Prévu pour 140 millions de francs, le budget final s’envole à plus de 200 millions, soit environ 30 millions d’euros. C’est alors l’un des films français les plus chers jamais produits avec LE CINQUIÈME ÉLÉMENT et JEANNE D’ARC de Luc Besson, ou encore ASTÉRIX ET OBÉLIX CONTRE CÉSAR de Claude Zidi.

Dès le début du tournage, en février 2000, les difficultés s’accumulent. Les conditions météorologiques en Lozère et dans le Gers ralentissent les prises de vues, la logistique se complique avec des centaines de figurants et de chevaux, et la post-production exige des moyens inédits. Plus de 3000 plans sont montés, enrichis d’effets spéciaux numériques et d’animatroniques, du jamais vu en France.

La direction artistique multiplie les défis. Costumes somptueux, décors naturels transformés en paysages gothiques, séquences d’action chorégraphiées à la manière des films de kung-fu dont Christophe Gans raffole, tout concourt à créer un immense spectacle.

Un immense succès populaire

Pour Christophe Gans, l’enjeu du film LE PACTE DES LOUPS dépasse le simple récit historique de la Bête du Gévaudan : il veut démontrer qu’un film français peut assumer le spectaculaire sans renier son identité culturelle. En croisant récit historique, folklore national et codes du film de genre, il crée un objet unique. 

Samuel Le Bihan incarne le chevalier de Fronsac, et Mark Dacascos son allié Mani, qui débarquent en Gévaudan pour élucider une série de meurtres attribuée à une mystérieuse bête. Bien vite, ils découvrent que derrière la Bête se cache une conspiration impliquant noblesse, religion et ambitions politiques. Le reste du casting se compose de Vincent Cassel, Monica Bellucci, Émilie Dequenne, ou encore Jean Yanne.

Le pari est risqué, car le cinéma de genre reste marginal en France. La critique accueille le film avec méfiance, lui reprochant parfois son mélange de styles et son excès visuel. Mais le public répond présent. Plus de cinq millions de spectateurs en France et un triomphe à l’étranger, avec près de 70 millions de dollars de recettes mondiales. Aux États-Unis, où il sort sous le titre BROTHERHOOD OF THE WOLF, il devient l’un des plus grands succès en langue française, et est toujours considéré comme un film culte.

En 2022, Christophe Gans supervise la remasterisation du film en 4K à partir du négatif d’origine. Le résultat met en valeur les partis pris visuels du réalisateur : une photographie plus précise, des contrastes renforcés, une meilleure lisibilité dans les scènes de nuit ou de brume qui paraissaient parfois brouillonnes dans les copies d’époque. La fluidité des combats s’en trouve également améliorée, notamment lors des scènes de nuit.

LE PACTE DES LOUPS : l'héritage du blockbuster à la française

En plus de son succès populaire, LE PACTE DES LOUPS a ouvert la voie à une interrogation : la France peut-elle produire ses propres blockbusters ? Hélas, après ce succès, peu de projets ont osé prendre la relève. Le cinéma de genre français est resté discret, cantonné à quelques tentatives isolées.

Des films comme IMMORTEL AD VITAM d’Enki Bilal ou BABYLON A.D. de Mathieu Kassovitz ont essayé d’allier ambition visuelle et narration grand public, mais aucun n’a cependant retrouvé l’alchimie entre identité culturelle forte et souffle international qui avait permis au PACTE DES LOUPS de séduire au-delà de l’Hexagone.

Il a fallu attendre les années 2020 pour voir une nouvelle vague de projets portés par la même volonté de donner au cinéma français une dimension de grand spectacle. Le diptyque LES TROIS MOUSQUETAIRES réalisé par Martin Bourboulon en 2023 a rappelé la puissance des récits patrimoniaux lorsqu’ils sont mis en scène avec ampleur et ambition. Et surtout, LE COMTE DE MONTE-CRISTO de Matthieu Delaporte et Alexandre de La Patellière, énorme succès en salles, a enfin renoué avec l’ambition de porter à l’écran des récits populaires sans pour autant renier l’exigence artistique. Avec plus de dix millions d’entrées, le film a prouvé que le public reste avide de grandes fresques françaises, capables de rivaliser avec les superproductions internationales.