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Un échec à sa sortie en 2009, ce film d'horreur était pourtant en avance sur son temps

Malgré les présences de Megan Fox et Amanda Seyfried, JENNIFER’S BODY n’a pas trouvé son public lors de sa sortie en salles. La faute à un marketing maladroit qui a occulté ses thématiques féministes. Disponible sur Netflix avec CANAL+, le film mérite d’être réévalué aujourd’hui.

Une comédie d’horreur à réhabiliter de toute urgence

Il est des films qui, lors de leur sortie, sont victimes d'un malentendu profond. C’est le cas de JENNIFER’S BODY (2009), une comédie horrifique portée par Megan Fox et Amanda Seyfried.

Dans le film, elles interprètent Jennifer et Needy, deux amies lycéennes que tout semble opposer : l'une est l'archétype de la beauté fatale, l'autre une nerd peu populaire. Deux clichés sur lesquels la réalisatrice Karyn Kusama et la scénariste Diablo Cody jouent avec malice pour mieux les déconstruire. 

L'intrigue bascule lorsque Jennifer est emmenée par un groupe de rock qui veut la sacrifier lors d’un rituel satanique destiné à leur assurer le succès. Mais Jennifer revient à la vie, transformée en une créature maléfique décidée à se venger de la gent masculine.

Megan Fox victime du patriarcat dans JENNIFER’S BODY

Un tel scénario résonnerait fort aujourd’hui, à l’ère post-MeToo. On pense notamment à PROMISING YOUNG WOMAN (2021) qui a marqué les esprits en abordant le genre du rape and revenge de manière percutante. Mais en 2009, le contexte était bien différent.

Megan Fox était alors la star de TRANSFORMERS, et la promotion de JENNIFER’S BODY s’est concentrée uniquement sur son image sexy pour attirer un public masculin (affiches suggestives, promesse d'un baiser lesbien). Or, le film est tout l’inverse. La beauté de Jennifer s’effrite rapidement et le récit s'adresse frontalement aux femmes. Une analyse du site Vox résume parfaitement le problème :

JENNIFER’S BODY était un fantasme de "rape and revenge" déguisé, un regard cinglant et intelligent sur "l'abus, l'autonomisation et la responsabilité" qui anticipait l'ère MeToo, et qui a été torpillé en 2009 par une misogynie à fleur de peau.

Lors d’un entretien pour GQ en 2025, Amanda Seyfried avait elle aussi pointé le marketing, expliquant comment il avait réduit JENNIFER’S BODY à un film sanglant :

Le marketing était nul, tout simplement. Et nous sommes tous d’accord là-dessus. Ils l’ont dévalorisé, comme s’il s’agissait d’un simple jeu gore. Je pense qu’ils ont tout gâché.

Sororité et toxicité : bientôt une suite ?

Au-delà de la vengeance sanglante, le film pointe la toxicité d'un système où la femme est un objet dont on dispose. Jennifer est dépossédée de son corps par des musiciens qui espèrent en tirer profit — une métaphore à peine voilée du système hollywoodien, entre autres.

JENNIFER’S BODY interroge aussi la sororité. On peut questionner la responsabilité de Needy dans ce qui arrive à son amie, la rivalité et la culpabilité apparaissant au cœur du propos. Diablo Cody expliquait d'ailleurs :

Ce film est un commentaire sur la haine entre filles, la sexualité, la mort de l'innocence et la façon dont la société réagit aux tragédies.

Incompris à sa sortie, JENNIFER’S BODY a été en partie réhabilité depuis. Des articles féministes s’en sont emparés, tandis que Karyn Kusama et Diablo Cody continuent de recevoir des louanges pour leur travail. Cette reconnaissance est telle qu'en 2025, on apprenait que la scénariste se penchait officiellement sur une suite.