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UN SIMPLE ACCIDENT : un tournage sous haute tension en Iran

Palme d’Or au Festival de Cannes 2025, UN SIMPLE ACCIDENT, réalisé par Jafar Panahi, a été tourné dans des conditions particulièrement risquées. Tournage clandestin, pression constante… Retour sur les coulisses d’un film qui expose son réalisateur et son équipe à de lourdes sanctions.

Jafar Panahi : 20 ans d’interdiction de tourner

Opposant au régime iranien, Jafar Panahi a déjà été emprisonné à plusieurs reprises en raison de son travail. En 2010, il est condamné à six ans de prison, assortis d’une interdiction de réaliser, écrire et s’exprimer publiquement pendant vingt ans, pour « propagande contre le gouvernement ». Il sera cette année-là invité d'honneur du festival de Cannes parce qu'il ne peut pas y assiter.
En attente d'un appel de révision de jugement, le cinéaste va réaliser en 2011 un documentaire, CECI N'EST PAS UN FILM, dans lequel il revient sur sa situation depuis son arrestation. Pour pouvoir le présenter à Cannes, son film voyagera grâce à une clé USB cachée dans un gâteau !
En 2015, pour contourner l'interdiction de tournage pour TAXI TEHERAN, il va devenir chauffeur de taxi et intégrer caméra et micros au véhicule.
En 2022, il est de nouveau incarcéré afin de purger la peine fixée en 2010. Durant sa détention, son film AUCUN OURS est récompensé à la Mostra de Venise. Il est finalement libéré début 2023 après avoir entamé une grève de la faim.

Cette expérience ne le dissuade pas de continuer à filmer. Deux ans plus tard, UN SIMPLE ACCIDENT voit le jour.

Un tournage clandestin

Le film a été tourné sans aucune autorisation officielle, une infraction passible d’arrestation en Iran. Pour contourner ces restrictions, Jafar Panahi adopte des méthodes discrètes : une équipe réduite, un tournage rapide, seulement 24 jours, et une grande prudence dans le choix des lieux.

Malgré ces précautions, les risques restent bien réels. Le réalisateur confie que certaines comédiennes ont dû faire face à la police :

"Mes comédiennes ont été convoquées par la police et subi des interrogatoires après l'annonce de la sélection d’UN SIMPLE ACCIDENT à Cannes." 

La pression ne s’arrête pas là : le co-scénariste, Mehdi Mahmoudian, est arrêté en février 2026 pour « contribution à la diffusion d’un message critiquant le pouvoir ».

Au-delà des conditions de tournage, UN SIMPLE ACCIDENT s’inscrit dans un contexte de forte censure. En Iran, les autorités contrôlent strictement les contenus diffusés à l’écran, notamment la représentation des femmes, soumises à l’obligation de porter le voile, même dans des situations privées.

Les productions clandestines permettent à certains cinéastes de s’affranchir de ces règles et de proposer une représentation plus réaliste de la société iranienne, au prix de risques supplémentaires pour l’ensemble de l’équipe.

À travers ce film, Jafar Panahi poursuit ainsi un cinéma de résistance, réalisé en marge du système officiel iranien, au péril de sa liberté. Un risque qui est célébré dans les plus grands festivals du monde puisque le cinéaste iranien a obtenu les plus hautes récompenses des quatre festivals majeurs : Palme d'Or à Cannes (UN SIMPLE ACCIDENT), Léopard d'Or à Lucarno (LE MIROIR), Lion d'Or à la Mostra de Venise (LE CERCLE) et L'Ours d'Or à Berlin (TAXI TEHERAN).

UN SIMPLE ACCIDENT est diponible sur l'app CANAL+