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UN VRAI BONHOMME, beau teen movie sur le deuil et la masculinité toxique

Posté par Alexis Lebrun le 27 novembre 2020
Avec son premier film en tant que réalisateur, Benjamin Parent a choisi d’approcher des thématiques dures et complexes avec une certaine légèreté et même un peu d’humour. Pari réussi : UN VRAI BONHOMME propose une réflexion intéressante sur l’absence comme sur les diktats de la virilité.
Le lycée, cet enfer

Buffy Summers nous le rappelait au sens littéral : le lycée est un lieu infernal. UN VRAI BONHOMME nous en donne une énième illustration, puisque son personnage principal (Tom) arrive en cours d’année dans un nouveau lycée où il doit affronter les mêmes problèmes et rites de passage que beaucoup d’élèves : le manque de confiance en soi et la peur d’être impopulaire, la drague foireuse, les soirées alcoolisées, les humiliations en cours de sport, ou encore le harcèlement.

Evidemment, Tom veut séduire la fille canon de sa classe, mais il réussit surtout à s’attirer l’amitié de son demi-frère JB, le nerd en tee-shirt noir et cheveux longs devenu fan de médecine grâce à DR HOUSE. Tous les deux, ils ne partagent pas seulement le statut peu enviable de « bolos », mais aussi la perte traumatisante d’un proche à un jeune âge.

Quand le deuil semble impossible

Dans le cas de Tom, il s’agit de son grand frère Léo (excellent Benjamin Voisin), décédé dans un accident de voiture deux ans plus tôt alors qu’ils se rendent ensemble à une soirée. Mais pour Tom, Léo est toujours là et l’accompagne au quotidien comme un ami imaginaire à qui il parle en cachette quand il est seul. Alors que ses parents (joués par Isabelle Carré et Laurent Lucas) voudraient faire le deuil de cette disparition et préparer l’arrivée d’un nouveau-né en faisant du vide dans la chambre de Léo, Tom s’y oppose catégoriquement.

Hanté par le souvenir de son frère, son quotidien est rythmé par la prise de médicaments et des épisodes de violence. Et malheureusement, Tom ne peut pas compter sur le lycée pour lui faciliter un travail de deuil déjà mal embarqué. Au contraire, il prend pour exemple sur son frère et compte sur les conseils de son fantôme pour s’intégrer, sans savoir qu’il le mène dans une impasse dangereuse pour la construction de son identité.

Un changement de regard du cinéma ?

Depuis quelques années et les révélations de l’affaire Weinstein et du mouvement #MeToo, le cinéma a été contraint de faire sa révolution. Après avoir promu quasi exclusivement un modèle de masculinité toxique pendant des décennies, l’industrie du cinéma n’en finit pas de questionner l’impact négatif de ces stéréotypes, en proposant enfin massivement des rôles masculins qui remettent plus ou moins ouvertement en cause le culte étouffant de la virilité. C’est ce que fait très intelligemment Benjamin Parent dans UN VRAI BONHOMME, puisque Léo est tout sauf un modèle pour son petit frère. Son personnage est celui d’un basketteur prometteur obsédé par l’idée d’être un vrai mec qui en a dans le pantalon, soit tout le contraire de ce à quoi Tom semble réellement aspirer. Léo conseille par exemple de cacher à tout prix ses émotions et ses sentiments, alors que Tom est un garçon sensible qui préfère les écrits de Jane Austen aux exploits d’Evan Fournier, ce que regrette clairement son père nostalgique des prouesses physiques de l’aîné.

Récemment, la fragilité de l’ego masculin était justement au centre de L’EXTRAORDINAIRE MR. ROGERS (Marielle Heller, 2020), film sur le présentateur américain Fred Rogers, incarné par Tom Hanks et qui lui a valu une nomination aux Oscars. Et puisque l’on parle des Oscars, on peut aussi penser que le personnage de DiCaprio qui fond en larmes dans ONCE UPON A TIME… IN HOLLYWOOD (Quentin Tarantino, 2019) s’insère dans la même thématique. Beaucoup vont même jusqu’à dire que tous les films les plus nommés cette année abordaient d’une façon ou d’une autre la masculinité toxique, et il est difficile de leur donner tort quand on pense aux personnages d’Adam Driver dans MARRIAGE STORY (Noah Baumbach, 2019), de Joaquin Phoenix dans JOKER (Todd Phillips, 2019), ou d’Al Pacino et Robert De Niro dans THE IRISHMAN (Martin Scorsese, 2019). En 2020, le macho n’est plus forcément un héros au cinéma, et il était temps.

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