"Air Cocaïne", une docufiction digne d’une comédie à suspense
Dix ans après les faits, cette série documentaire en quatre épisodes revient sur une affaire spectaculaire de trafic de stupéfiants par jet privé entre la République dominicaine et la France, où l’on trouve des personnages hauts en couleur qu’on jurerait sortis de l’imagination d’un scénariste de fictions.
« Un go fast avec des ailes »
C’est ainsi que l’opération est qualifiée par Frank Colin, l’homme qui a imaginé cette idée un peu folle d’utiliser un jet privé pour transporter des centaines de kilos de cocaïne vers le sud de la France et plus précisément Saint-Tropez, où il avait ses habitudes. Grande gueule pleine de bagou, Frank Colin a d’abord fait fortune en travaillant dans la sécurité des stars de la jet set, avant d’avoir besoin de toujours plus de liquidités pour financer son train de vie luxueux.
C’est ce qui l’aurait motivé à passer du côté de l’illégalité et à se mettre au trafic de stupéfiants, si l’on en croit les premiers témoins interrogés dans la série. Mais la chance de cette dernière, c’est surtout de pouvoir compter sur la présence de Colin lui-même – en liberté conditionnelle – qui raconte l’ensemble de l’affaire de son point de vue de cerveau.

De sacrés personnages
Avec ses mots bien choisis, il nous fait entrer dans une galaxie de protagonistes plus ou moins louches, comme Ali « Rayan » Bouchareb, commanditaire rencontré dans un carré VIP de Saint-Tropez et qui se présente comme un agent de joueur proche de… Karim Benzema.
Mais il y a aussi Nicolas Pisapia, une sorte de dindon de la farce qui se retrouve à jouer le rôle de passager d’un jet privé rempli de valises pesant des dizaines de kilos au retour, et qui affirme encore face à la caméra qu’il était en République Dominicaine pour un business tout à fait légal de recherche d’investisseurs.
Au moment de son arrestation par les autorités dominicaines en mars 2013 alors que le jet s’apprêtait à redécoller, Nicolas Pisapia est accompagné par Alain Castany, un mystérieux mais expérimenté apporteur d’affaires qui inspire confiance à tout le monde et permet de trouver une compagnie aérienne prête à participer à l’opération sans poser de questions.
Des questions que ne poseront pas non plus les deux pilotes du jet privé, Bruno Odos et Pascal Fauret, personnages centraux de l’affaire (le premier témoigne dans la série) et jugés coupables par une justice dominicaine intraitable sur le sujet du narcotrafic qui gangrène son pays, plaque tournante des échanges entre les producteurs comme la Colombie et l’Europe, et dont on découvre l’enquête sur l’affaire dans le deuxième épisode tourné sur place.

L’ombre de l’extrême-droite
Mais la partie la plus dingue de la série est évidemment celle qui revient sur l’évasion réussie vers l’hexagone des deux pilotes français – alors en liberté surveillée dans l’attente de leur procès en appel sur l’île. On retrouve dans cette opération des personnages encore plus surprenants comme des membres du Front National, dont l’eurodéputé Aymeric Chauprade, qui a participé aux faits sur place avec un jeune proche de Vladimir Poutine.
Le parti d’extrême-droite est même soupçonné par beaucoup – dont Frank Colin, sans le nommer directement – d’avoir financé cette opération de barbouzes dont les membres se donnent des surnoms dignes du Cluedo pour reprendre le mot employé par un des témoins.
On n’en dit pas plus sur les événements, rejoués sur place par des acteurs de fiction, qui montrent à quel point l’histoire d’Air Cocaïne est digne d’un film à suspense avec des personnages de comédie pas très éloignés de ceux des arnaques que l’on trouve dans la filmographie de Guy Ritchie. Bref, si vous aimez les true crime où la réalité dépasse la fiction, on vous conseille vivement de monter à bord du vol Air Cocaïne.

Air Cocaïne, une série documentaire diffusée à partir du 22 mars seulement sur CANAL+.
