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"Alexia, autopsie d'un féminicide" : la série documentaire qui raconte l’affaire Daval de l’intérieur

Six ans après le meurtre d’Alexia Daval et trois après la condamnation définitive par la justice de Jonathann Daval, une nouvelle Création Documentaire revient en quatre épisodes sur l’affaire qui a contribué à faire évoluer les mentalités sur les féminicides. Et sa particularité, c’est qu’elle est basée sur la parole de la famille de la victime et ses archives personnelles, souvent inédites.

Un acteur insoupçonnable

Parce qu’elle a été médiatisée à outrance pendant des années, on peut avoir le sentiment de déjà tout connaître sur l’affaire Daval. Il fallait donc que Thomas Chagnaud possède des arguments solides pour justifier l’existence de cette nouvelle série documentaire. Heureusement pour lui, il n’en manque pas. Déjà auteur d’un livre écrit avec les parents d’Alexia Daval (Alexia, notre fille), le réalisateur de la série a cette fois eu la confiance de toute la famille de la victime de Jonathann Daval pour raconter sa version des faits face à la caméra.

Outre Isabelle et Jean-Pierre Fouillot – les parents, dont la gentillesse absolue transparaît à chaque épisode –, Thomas Chagnaud a donc notamment pu s’entretenir avec Stéphanie – la sœur d’Alexia – et son mari Grégory, l’homme qui a été accusé par Jonathann Daval d’avoir tué Alexia. Avec les acteurs judiciaires du dossier, ils retracent toutes les étapes de cet horrible fait divers qui a tenu en haleine la France et les médias pendant des années, au gré des révélations sur le meurtrier et de ses nombreuses voltefaces.

Comment Jonathann Daval a-t-il pu oser jouer la victime endeuillée auprès de la famille pendant des mois, affichant dans les médias un visage déformé par la douleur et les larmes ? Rétrospectivement et en visionnant la série, on a évidemment l’impression d’assister au pire numéro d’acteur de l’histoire. Mais à l’époque et comme elle le raconte, Jonathann Daval est insoupçonnable pour la famille d’Alexia, qui a quasiment fait de lui son fils adoptif après la mort de sa fille.

Une vérité à rétablir

À entendre les témoignages, on comprend même qu’il aimait peut-être même davantage sa belle-famille qu’Alexia elle-même. Jonathann Daval serait resté un grand enfant incapable de passer à l’âge adulte et acceptant volontiers être consolé par les parents de sa victime.

Minute après minute, les différents proches d’Alexia égrènent l’ensemble des éléments étranges qui alertaient pourtant dans le comportement quotidien de Jonathann Daval : son discours totalement hors-sujet sur le sport lors de la marche blanche organisée en hommage à la victime, son appétit gargantuesque lors du repas de Noël 2017 où personne dans la famille n’a pourtant envie de se faire plaisir, son port de sa veste de mariage le jour des funérailles…

Bref, par le scénario élaboré qu’il imagine pour dissimuler son crime et le comportement incroyablement machiavélique qu’il adopte dans les mois qui suivent, Jonathann Daval n’est pas un meurtrier comme les autres. Une procureure le résume d’ailleurs parfaitement dans un des épisodes : « si cette affaire hélas banale est devenue extraordinaire, c’est à cause de lui. »

Pour autant, la série fait le choix de ne pas mettre l’accent sur lui, mais plutôt sur sa victime, dont la mémoire a été salie dans les médias par l’avocat de Jonathann Daval. La famille d’Alexia profite donc du micro qui lui est tendu pour rétablir ce qui devrait être évident pour tout le monde : non, sa fille n’était pas « la violente du couple » qui aurait déclenché par sa « personnalité écrasante » (selon la défense) l’acte de Jonathann Daval. D'ailleurs, faut-il rappeler que rien ne justifie les violences faites aux femmes ?

Une affaire emblématique des féminicides

La famille d’Alexia avance par ailleurs la thèse qu’elle a été longuement droguée par son conjoint, alors qu’elle suivait un traitement pour avoir un enfant, tandis que lui n’en voulait visiblement pas. Les substances toxiques retrouvées dans les analyses sont-elles la cause de sa fausse couche de l’été 2017 ? La série ne peut l’affirmer avec certitude, mais c’est une possibilité.

Ce qui est certain, c’est qu’Alexia Daval a reçu de nombreux coups de poing au visage avant d’être étranglée pendant quatre interminables minutes, puis traînée par les pieds dans les bois et partiellement brûlée par un homme qui n’a probablement pas supporté les critiques sur son comportement de mari absent. Il a été condamné à 25 ans de réclusion criminelle, et comme le rappelle la série en conclusion, « c’est la peine la plus lourde jamais prononcée pour un féminicide en France. »

Depuis, on décompte officiellement le nombre de femmes tuées chaque année dans le cadre domestique, lieu qui est malheureusement le plus dangereux pour elles, n’en déplaise au scénario du « meurtre de joggeuse » imaginé par Jonathann Daval. Comme le dit la mère d’Alexia, espérons que sa mort et cette série continueront au moins d’éveiller les consciences de la société sur un phénomène – les féminicides – qui reste tragiquement d’actualité.

Alexia, autopsie d'un féminicide, une Création Documentaire CANAL+ Docs, disponible avec CANAL+.