"Elle parle d’Elle" : Diane Kruger raconte la vie de Romy Schneider dans un documentaire
Au programme de ce troisième épisode de la série CANAL+, deux actrices allemandes célèbres et particulièrement adoptées par la France. Quatre décennies après la mort prématurée de l’icône qui la faisait rêver enfant, Diane Kruger évoque donc la vie de Romy Schneider et les ressemblances entre leurs carrières respectives, dans un portrait croisé qui ne manque pas de sororité.
L’appel de Paris
Pour Diane Kruger, Romy Schneider a été un modèle à suivre. À la fin des années 1950, alors qu’elle était connue dans le monde entier pour son rôle dans la saga Sissi, elle a décidé de s’affranchir de l’emprise écrasante de sa mère et de son beau-père, qui voulaient lui faire tourner un quatrième film.
La soupe était trop bonne pour eux : actrice sur le déclin – et ancienne sympathisante nazie –, Magda Schneider profitait de la popularité de la jeune Romy pour obtenir des rôles dans les mêmes films qu’elle, tandis que son mari s’en mettait plein les poches avec les cachets de sa belle-fille.
Mais cette dernière avait d’autres projets que de tourner toute sa vie dans des "Heimatfilms", ces gentils films familiaux allemands de l’après-guerre. À l’approche de la vingtaine, Romy met les voiles pour Paris, où commence son histoire d’amour avec Alain Delon et sa carrière dans le cinéma français…
Cette soif de liberté précoce a sans doute inspiré Diane Kruger au moment de quitter elle aussi son pays natal afin de devenir mannequin pour l’agence Elite à seulement 16 ans.
Elle raconte dans le film l’émerveillement et la liberté que représentait son installation à Paris, loin de la petite ville allemande où elle est née. Et sans Romy Schneider, Diane Kruger n’aurait peut-être pas osé rêver aussi d’une carrière au cinéma en France. Après avoir fait le tour de la question du mannequinat, elle prend son indépendance une deuxième fois en obtenant ses premiers rôles dans des films au début des années 2000.

Le choc Alain Delon
Cette indépendance, Romy Schneider la cultivait aussi à son arrivée à Paris, où elle devient sans le vouloir une femme féministe de son époque par ses choix de carrière et son comportement en privé, comme l’explique son biographe Jean-Pierre Lavoignat et le rappelle un passage du film, consacré à son engagement en faveur de l’avortement en Allemagne, au moment de la publication en France du « manifeste des 343 salopes » en 1971.
Mais avant cela, il y a déjà eu le premier choc de sa vie : le départ brutal d’Alain Delon, avec qui elle était fiancée. Témoin privilégié de cette relation à l’époque, le réalisateur Costa-Gavras en parle dans le film avec l’élégance qui le caractérise toujours.
Et on l’oublie souvent, mais il y a aussi eu quelques bas dans la carrière de Romy Schneider : le documentaire rappelle ainsi que dans les années 1960, son exil à Hollywood a tourné court. Les débuts de la carrière de Diane Kruger sont eux évoqués dans le documentaire par Fabienne Berthaud, avec qui elle a tourné pas moins de trois films. La réalisatrice française raconte son envie de filmer l’actrice allemande avec un regard féminin, à rebours de l’industrie sexiste du cinéma.

Un passage du flambeau féministe
Evidemment, Diane Kruger évoque la révolution #MeToo, que le film relie à la modernité incarnée par Romy Schneider la pionnière, mais aussi aux discriminations qu’elle subissait comme toutes les actrices – bien qu’étant une star, elle n’a jamais été aussi bien payée que ses collègues masculins, rappelle son agent de l’époque. Diane Kruger a raison de rappeler que ce combat reste malheureusement d’actualité, comme celui à mener contre le harcèlement sexuel – le documentaire mentionne sa participation à un épisode choc de la série H24 (2021) consacré à ce problème.
Mais si les deux actrices ont connu la consécration – Romy Schneider dans les années 1970 en brillant dans de grands drames français, en particulier chez Claude Sautet, et Diane Kruger en tournant à Hollywood et en obtenant le Prix d’interprétation féminine à Cannes pour In the Fade –, la plus jeune n’a heureusement pas connu les mêmes drames que son idole.
Le documentaire revient en effet forcément sur la fin de vie terrible de Romy Schneider : la mort accidentelle de son fils David à 14 ans, suivie de la sienne l’année suivante à seulement 43 ans. Et plus que les conditions toujours aussi mystérieuses de cette disparition prématurée, on préfère garder en mémoire les jolis mots de sa fille Sarah Biasini, interrogée dans le film et qui se confie avec beaucoup de pudeur sur ce manque impossible à combler. Même si elle est devenue une icône immortelle pour le grand public, Romy Schneider aurait eu 85 ans le 23 septembre dernier.

Elle parle d'Elle : Diane Kruger raconte Romy Schneider, un documentaire disponible sur CANAL+ Docs.
