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INSURRECTION : 4 HEURES AU CAPITOLE, le doc sur le jour où l’Amérique a vacillé

Posté par Alexis Lebrun le 10 décembre 2021
Moins d’un an après cet événement inédit qui a sidéré le monde entier, un documentaire de Jamie Roberts produit par HBO et la BBC nous replonge pendant 90 minutes au cœur de l’assaut du Capitole par les supporters les plus fanatiques de Donald Trump.
La journée noire de la démocratie américaine

Les événements racontés par le documentaire ne durent que quelques heures, mais ils resteront gravés dans l’histoire déjà riche en tourments des Etats-Unis. L’après-midi du 6 janvier 2021, les résultats de l’élection présidentielle américaine de novembre 2020 doivent être officiellement « certifiés » par les élus du Capitole, une procédure prévue par la constitution qui est normalement une formalité de routine, mais qui prend une autre tournure depuis que le président sortant Donald Trump conteste quotidiennement les résultats du vote en propageant des mensonges dans l’opinion.

Après avoir prononcé à Washington un discours incitant à l’insurrection devant des milliers de fans venus des quatre coins du pays et chauffés à blanc, Donald Trump les laisse prendre d’assaut le Capitole sans réagir pendant plusieurs heures, tandis que le processus de certification est interrompu par l’invasion du saint des saints de la démocratie américaine et que la vie de son propre vice-président est menacée par les émeutiers. Un comportement inimaginable qui lui vaudra d’être mis en accusation avec une procédure de destitution à son encontre, mais qui n’est pas l’objet du documentaire

Des images jamais vues

Deux choses marquent immédiatement lors du visionnage de ce film. D’abord, le niveau d’impréparation et d’improvisation du commandement de la police du Capitole, qui ne s’attendait absolument pas à cette insurrection, et dont les agents se sont retrouvés en situation très critique de sévère infériorité numérique pendant plusieurs heures, avec quelques agents livrés à eux-mêmes pour défendre comme ils le peuvent les nombreux accès du bâtiment face à des milliers d’émeutiers déterminés, violents, parfois armés, qui réussiront de fait rapidement à pénétrer dans l’enceinte sacrée du Sénat – heureusement évacué quelques secondes avant. On est aussi frappé par le rappel du niveau de violence de ces émeutes au Capitole. Le réalisateur Jamie Roberts a eu accès à toutes sortes d’images inédites filmées au plus près des événements, et certaines d’entre elles peuvent être difficiles à regarder tant ce qui s’est passé ce jour-là est choquant.

On visionne par exemple des extraits enregistrés par la caméra-piéton d’un policier intervenu au Capitole, qui s’est retrouvé embarqué par les émeutiers et est passé à deux doigts du lynchage, un moment particulièrement pénible raconté par l’intéressé, longuement interviewé dans le film. Jamie Roberts ne pouvait évidemment pas non plus réaliser son documentaire sans faire appel aux émeutiers eux-mêmes, ce qui lui a permis d’accéder à certaines de leurs images prises sur place. Ajoutez des films de vidéosurveillance de l’intérieur du Capitole, qui montrent notamment le moment à peine croyable où le vice-président de l’époque (Mike Pence) est évacué vers un bunker secret du bâtiment, ainsi que les membres du congrès être escortés au milieu d’un cordon de policiers à seulement quelques mètres de manifestants qui veulent pour certains leur mort, et vous vous retrouvez quasiment dans le même état de stress que devant un slasher movie.

Les deux Amériques face à face

Mais les interviews de certains intervenants du documentaire valent aussi le détour. Il faut voir ces membres des Proud Boys (groupe masculininiste d'extrême-droite) justifier face à la caméra du réalisateur leurs actions, qu’ils trouvent encore aujourd’hui parfaitement justifiées. Le décalage entre leurs propos complotistes au dernier degré et la réalité des images montrées fait froid dans le dos. Et ce d’autant plus que l’on entend évidemment aussi les élus et les personnes qui travaillent au Capitole et qui ont dû être évacués en urgence face à l’imminence du danger. Le témoignage d’une jeune membre du cabinet de la présidente de la Chambre des représentants (Nancy Pelosi) marque particulièrement les esprits : elle raconte comment elle et ses collègues étaient cachés sous des bureaux, pensant mourir de la main des émeutiers que l’on voit chercher activement dans les couloirs cette « salope » de Nancy Pelosi, leur bête noire à égalité avec Mike Pence, qu'ils voulaient pendre.

En guise de conclusion, le documentaire rappelle d’ailleurs le coût humain de cette journée tragique qui aura fait plusieurs morts chez les policiers comme les émeutiers, un bilan qui aurait pu être bien plus lourd si les forces de l’ordre n’avaient pas fait preuve d’autant de sang-froid. Ce qui importe aussi au plus haut point, c’est qu’après le rétablissement de l’ordre au Capitole en fin de journée, le processus démocratique a pu aller à son terme, et l’élection de Joe Biden a bien été validée comme elle devait l’être, malgré l’opposition obstinée de certains élus républicains proches de Donald Trump. Cet entêtement et les agissements montrés par ce documentaire sont là pour rappeler que malgré l’épilogue « chanceux » de l’insurrection du Capitole, la démocratie américaine reste fragile et menacée.

INSURRECTION : 4 HEURES AU CAPITOLE, un documentaire disponible sur CANAL+ Doc.

INSURRECTION : 4 HEURES AU CAPITOLE, un documentaire disponible sur CANAL+ Doc.