"Jean Todt, la méthode", un doc pour percer le mystère d’une réussite unique
Réputé discret voire secret, l’ancien patron de la Scuderia Ferrari a accepté exceptionnellement d’être suivi pendant près d’un an par la journaliste Amandine Morhaïm, avec qui il revient dans ce documentaire narré par Jean Reno sur sa brillante carrière dans le monde du sport automobile.
Un autodidacte passionné
Il faut avouer que le parcours de Jean Todt n’est pas commun. Fils d’un médecin polonais installé en France, il prend le contre-pied de ce dernier en se passionnant très tôt pour la voiture et en arrêtant les études sans avoir décroché son bac. Mais il ne faut pas se fier aux apparences. Jean Todt se taille vite une image d’intello surdoué du calcul mental, ce qui lui ouvre la première portière, celle de copilote de rallye, où il excelle pendant quinze ans en professionnalisant ce métier. Mais ce documentaire le rappelle, Jean Todt aime se lancer régulièrement de nouveaux défis.
Et au début des années 1980, Peugeot lui en offre un beau en lui confiant la nouvelle structure Peugeot Talbot Sport. Il la transforme en équipe reine en enchaînant pendant une grosse décennie les victoires dans presque tous les domaines (Rallye, Dakar, 24 Heures du Mans), avec parfois des épisodes savoureux rappelés dans le documentaire, comme la célèbre victoire qu’il a décidé à pile ou face entre ses deux pilotes du Dakar en 1989, et dont il garde la pièce en porte-clés. Le film révèle un homme perfectionniste et qui se donne corps et âme à son travail, malgré son fils né en 1977 (Nicolas), interviewé ici et à qui il transmet son goût de la compétition et de la gagne.
Un lien particulier avec la famille Schumacher
Les années Ferrari de Jean Todt occupent forcément une grande place dans le documentaire. Recruté en 1993 pour redonner vie à une écurie de F1 mythique mais alors moribonde, il parvient à se faire accepter des tifosis, même si ses débuts sont difficiles. Surnommé « le petit Napoléon » à son arrivée, il doit obtenir des résultats; et vite. En 1996, après avoir fait grincer des dents en recrutant à l’étranger pour avoir les meilleurs, c’est lui qui convainc personnellement Michael Schumacher (alors double champion du monde) de rejoindre Ferrari.
Le début d’une relation particulière pour un duo qui va finir par tout gagner entre 2000 et 2004. Cette domination a suscité des jalousies et des critiques sur lesquelles le film revient rapidement, comme lorsque Jean Todt a demandé au pilote Rubens Barrichello de laisser gagner son coéquipier Schumi en 2002 en Autriche pour assurer le classement général.
S’il rappelle devant la caméra qu’il ne triche jamais, l’ancien patron de l’écurie peut se montrer intransigeant voire autoritaire pour gagner, même si tous ses collègues de l’époque louent son accessibilité. Connu pour sa franchise, ce maniaque du contrôle est aussi toujours resté présent aux côtés de la famille Schumacher depuis le grave accident de ski qui a changé la vie de Michael en 2013, comme le confirme la compagne de ce dernier dans le film.

Engagé pour la sécurité routière et celle des pilotes
En 2009, Jean Todt est devenu Président de la FIA (Fédération internationale de l’automobile), nouvelle responsabilité où son carnet d’adresses est précieux. Une scène surréaliste du film le montre être appelé par le patron de Mercedes (Toto Wolff) à la fin du Grand Prix tristement célèbre d’Abou Dabi en 2021, marqué par une décision de course polémique qui offre le titre à Max Verstappen (Red Bull) dans le dernier tour de la dernière course de la saison.
Si le documentaire passe vite sur les avancées permises par le mandat de Todt à la FIA, on retient bien sûr l’arrivée du fameux halo ajouté aux monoplaces pour protéger la vie des pilotes en cas d’accident. Si cette innovation fait aujourd’hui l’unanimité en raison de son efficacité prouvée, il est toujours douloureux de voir la stupidité de la réaction de beaucoup de pilotes à l’époque, hostiles au principe pour des raisons esthétiques.
Après avoir fondé l’ICM (Institut du cerveau et de la moelle épinière) avec son grand ami le professeur Gérard Saillant, Jean Todt (76 ans) consacre aujourd’hui son énergie débordante à l’amélioration de la sécurité routière pour le compte de l’ONU, quand il n’est pas occupé à empiler des blocs sur Tetris, un jeu parfaitement adapté à sa spécialité selon sa compagne, l’actrice Michelle Yeoh : assembler parfaitement toutes les pièces pour l’emporter. Et comme quiconque ayant déjà joué à Tetris le sait, c’est une méthode plus facile à expliquer qu’à mettre en œuvre.
Jean Todt, la méthode, un documentaire disponible sur CANAL+.
