"La Fraternité", une série docu pour percer les secrets de l'Ordre du Temple Solaire
Responsable de la mort de 74 de ses membres dans les années 1990, la secte templière de Joseph Di Mambro et Luc Jouret continue de fasciner, plus de 25 ans après sa disparition. Grâce à des archives inédites et à des témoignages d'anciens adeptes, une nouvelle série documentaire vient éclairer les mystères de l'Ordre du Temple Solaire.
Une utopie communautaire new age
On ne peut pas comprendre la folie de cette secte sans se replonger dans le contexte de sa création. C'est ce que font les réalisateurs Eric Lemasson et Pierre Morath dans le premier épisode de cette série, où l'on découvre qu'à l'origine, l'Ordre du Temple Solaire ne s'appelait pas comme ça. Au milieu des années 1970, il s'agit d'abord d'une fraternité, bercée par les utopies new age qui font fureur à l'époque.
Ses membres se regroupent pour vivre en communauté et en autarcie dans une même propriété – comme cela se fait un peu partout alors –, où tout le monde n'est qu'amour, selon Michel Tabachnik, l'un de ses premiers membres.
Le chef d'orchestre suisse raconte à quel point il a été séduit par les valeurs de ce groupe, où l'on parle spiritualité et où toutes les classes sociales se mélangent et se regroupent autour de Joseph Di Mambro, un petit moustachu au physique de mafieux dont personne ne comprend vraiment comment il peut être aussi charismatique.
Et alors que le monde commence à prendre conscience des dangers de la pollution et que la guerre froide fait craindre l'apocalypse nucléaire, Di Mambro et Tabachnik se mettent à apporter des réponses ésotériques rassurantes aux membres via des cérémonies et des rituels mystiques où tout le monde enfile une cape et allume des bougies pour communiquer avec des puissances invisibles.

Gloubi-boulga théorique sans queue ni tête
Et c'est sans doute là que les ennuis commencent. Di Mambro se fait passer pour un grand maître de l'occulte et fait croire aux adeptes qu'un enfant-roi va naître au sein de leur communauté sans accouplement, alors qu'il est évidemment le père… Et quand les membres croient assister à des apparitions miraculeuses lors des cérémonies, il s'agit en fait de trucages grossiers.
Les témoignages des adeptes encore en vie et les très nombreuses archives déterrées par la série – dont des enregistrements audio et vidéo internes – rendent bien compte du degré d'embrigadement stupéfiant des fidèles, séduits par un gloubi-boulga théorique sans queue ni tête, où il s'agit grosso modo de quitter son enveloppe corporelle pour échapper à l'apocalypse à venir et prendre la direction de l'étoile Sirius.
Cette "pensée" dangereusement stupide est même popularisée auprès du grand public par Luc Jouret, un adepte des médecines douces, qui rejoint l'organisation peut avant qu'elle se renomme en OTS (Ordre du Temple Solaire) au début des années 1980. Ce bras droit de Di Mambro utilise son charisme lors de conférences aussi fumeuses qu'imbitables pour séduire de nouvelles personnes fragiles psychologiquement.

Une folie meurtrière de plusieurs années
Mais tout le monde n'est pas dupe, et certains se rendent bien compte qu'en bon gourou, Di Mambro vit la belle vie avec l'argent des adeptes tout en les trompant lors des cérémonies. La série explique très bien la mécanique infernale qui s'enclenche alors. Acculé, Di Mambro doit trouver une porte de sortie "honorable".
Ce sera le fameux voyage vers Sirius, prétexte pris pour éliminer avec une rare violence les membres qui ont connaissance des secrets les plus gênants, avant d'organiser un suicide collectif où tout le monde – notamment des enfants – n'était sans doute pas partant pour périr par balle avant l'incendie des chalets de l'OTS.
Et cette folie meurtrière continuera avec deux autres suicides collectifs dans les années suivantes, où figurent parmi les victimes deux membres d'une célèbre famille française, les Vuarnet.
Alain Vuarnet témoigne longuement du destin tragique de sa mère et de son frère, mais il apporte surtout son point de vue sur les deux procès de Michel Tabachnik, seule personne mise en cause par la justice pour les crimes de l'OTS.
Après avoir échappé miraculeusement aux massacres, il a été acquitté deux fois, et face à la caméra des réalisateurs, il ne semble pas ressentir une once de culpabilité face à ce qui est arrivé. À la lumière du récit sanglant de ces quatre épisodes, chacun appréciera comme il se doit.
La Fraternité : les secrets de l'ordre du Temple Solaire, une série documentaire PLANÈTE+, disponible avec CANAL+.
