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La mafia n’est plus ce qu’elle était, un documentaire caustique sur l’omerta en Sicile

Palerme, Sicile, 2017. La ville s’apprête à commémorer les assassinats des juges anti-mafia Giovanni Falcone et Paolo Borsellino, « héros du monde intègre », survenus vingt-cinq ans plus tôt, en 1992.

Dans La mafia n’est plus ce qu’elle était (La mafia non è più quella di una volta), le réalisateur Franco Maresco, né à Palerme, balade sa caméra dans les rues de la plus grande ville de l’île, accompagné de la grande photographe Letizia Battaglia, sémillante octogénaire aux cheveux tantôt roses ou roux et regard malicieux, historiquement engagée dans la lutte anti-mafia (ci-dessous).

Ensemble, le duo interroge les habitants sur l’anniversaire de ces événements qui ont choqué l’Italie entière. « Qu’est-ce que vous voulez que ça me fasse ? » répondent la plupart. « Elle est où, la mafia ? » s’énerve un fleuriste. « Je n’ai même pas pleuré à la mort de mon père », envoie même un passant…

Franco Maresco, avec un sens de l’humour corrosif, prenant le prétexte de ces commémorations et de leur préparation pour tourner son documentaire, se demande quel est le poids, aujourd’hui, de la Cosa Nostra en Sicile, et du mouvement anti-mafia, désormais « boiteux ».

Une île où on ne trouve personne pour condamner la mafia face caméra, ni chez les anciennes générations, ni chez la nouvelle. Et où l’on commémore la mort des juges Falcone et Borsellino d’une manière bien particulière : en chanson.

Le « festival » qui leur est dédié, orchestré par Ciccio Mira (ci-dessous), un organisateur de fêtes de rue jadis proche des clans mafieux (déjà vu dans le précédent documentaire de Maresco, Belluscone - Une histoire sicilienne), ressemble davantage à une improbable émission de télé-crochet qu’autre chose, avec danseuse du ventre, guitariste désaccordé et chanteurs néo-mélodiques napolitains.

Des catacombes des moines capucins à l’arbre de la mémoire de Giovanni Falcone en passant par cet étrange festival, le réalisateur, omniprésent en voix off, nous sert de guide caustique dans cette Sicile taiseuse, où le « no comment » est la règle, la mettant face à ses contradictions.

Et fait de ce documentaire (dont le sujet n’a vraiment rien de drôle) une sorte de comédie noire et grotesque doublée d’une étude anthropologique fouillée. On dirait de la fiction, et pourtant, tout est vrai, aussi incroyable que cela puisse paraître. Un film éclairant sur l’influence de la « pieuvre », récompensé à la Mostra de Venise.

La mafia n’est plus ce qu’elle était, Documentaire en première exclusivité, 107 minutes, à voir sur PLANÈTE+ CI.