Le bonheur à l'école, une série documentaire sur les révolutions de l’apprentissage

Alors que la crise sanitaire a mis en évidence les conséquences néfastes de l’école à distance et les difficultés du système scolaire français, une Création Documentaire CANAL+ en trois épisodes nous embarque pour un tour du monde des nouvelles méthodes éducatives innovantes.
Comment retrouver le plaisir d'apprendre ?

Le documentaire de Martin Meissonnier le rappelle dans son introduction : le monde a beaucoup changé sous l’effet notamment des révolutions technologiques, mais la manière d’enseigner à l’école est restée relativement la même. Et les méthodes d’autrefois ne sont peut-être plus adaptées à la jeunesse d’aujourd’hui, comme le prouvent les chiffres terribles du décrochage scolaire, rappelés aussi dans les premières minutes. Pour se tourner vers l’école de demain, le réalisateur s’est donc rendu dans plusieurs pays qui expérimentent des techniques d’éducation dites « alternatives » pour imaginer les nouvelles façons d’apprendre. Un premier exemple assez spectaculaire est donné dans le petit village de Bratsch en Suisse, où une micro-école inverse les schémas traditionnels pour s’adapter aux besoins des enfants. Ici, pas question de s’enfermer toute la journée dans une salle de classe pour suivre des cours théoriques : les élèves apprennent à lire et à écrire en choisissant de travailler en groupe sur des projets annuels qui permettent de progresser dans plusieurs matières à la fois. On découvre ainsi avec stupéfaction de jeunes enfants en train de bricoler avec de vrais outils pour construire une cabane ou un vivarium accueillant des tortues.

Mais visiblement, cela marche : les résultats de l’école sont au-dessus de ceux des autres, et les enfants retrouvent surtout le plaisir d’apprendre en avançant à leur rythme sur des activités liées à leurs passions, le tout en apprenant des tâches manuelles comme la cuisine, car tout le monde contribue aux tâches ménagères de la collectivité. Pas question de s’enfermer non plus à Berlin, où l’on suit une classe dont la majorité des cours prennent place en forêt, et ce par quasiment tous les temps. Comme en Suisse, plusieurs âges s’y retrouvent et participent en groupe à des activités thématiques en fonction de leur niveau, sans pression de la performance, une caractéristique que l’on retrouve un peu plus loin dans le documentaire. En France aussi, des initiatives existent et sont évoquées, puisque l’on suit une classe de Courbevoie dans sa réalisation d’un projet de court-métrage en stop motion, permettant aux élèves d’acquérir des savoirs fondamentaux dans plusieurs disciplines, comme en Suisse. Et puisqu’il est aussi question dans le premier épisode d’apprendre à s’écouter et à dialoguer de manière non-violente, une école de Colombes se distingue en formant des élèves à devenir des médiateurs pour régler les conflits dans la cour de récréation.

Face aux écrans, connexion ou déconnexion ?

Mais le documentaire le rappelle aussi, le plus grand défi de l’école consiste sans doute à s’adapter à la révolution du numérique et à l’omniprésence des smartphones dans les habitudes des élèves, et ce dès le plus jeune âge. Alors faut-il bannir ces technologies ou en faire des atouts dans les méthodes d’enseignement ? Si une école portugaise a décidé d’enseigner la méditation de pleine conscience pour résoudre les problèmes de concentration des élèves, la Belgique a elle opté pour une formation aux dangers des réseaux sociaux pour les enfants. Cette école se montre certes intraitable avec les smartphones, mais elle a aussi compris que la technologie pouvait lui permettre de mêler sport et maths via des outils numériques ludiques. Dans la même veine, l’exemple de l’Estonie est aussi éclairant : il y a trente ans, le pays a fait de la formation des élèves à ces nouveaux usages une priorité nationale, et le résultat parle de lui-même. L’école estonienne est l’une des meilleures d’Europe, et l’on y trouve peu ou pas de décrocheurs, conséquence d’une pédagogie qui intéresse les élèves en leur apprenant par exemple le hacking, la cybersécurité ou la programmation de drones, afin de former les futurs travailleurs de ces secteurs d’avenir.

L’école utilise même à son avantage l’addiction au smartphone des ados, en créant des applications qui permettent par exemple de travailler la géographie en forêt. Et pour contourner les limitations de la réalité, les élèves apprennent la chimie en jouant avec des atomes et des molécules grâce à un jeu en réalité virtuelle. Très en avance sur les autres pays sur ces questions, l’école estonienne veut aussi que l’égalité entre les filles et les garçons s’applique au secteur traditionnellement masculin du numérique. L’école filmé par le documentaire compte d’ailleurs tellement d’élèves compétents en informatique que certains d’entre eux sont formés et payés pour résoudre les problèmes techniques des professeurs… Plus globalement, l’école du pays balte semble assez idyllique, puisque les élèves ont moins d’heures de cours mais plus d’activités variées (manuelles ou non) et choisies librement, à tel point qu’il est courant de les voir rester volontairement sur place jusqu’à 20h, soit bien après la fin des enseignements obligatoires…

L’école des citoyens de demain

Si l’école estonienne visitée se vante de transformer les élèves « consommateurs » en « acteurs » de leur éducation, que dire de la démarche de la Riverside School en Inde, à laquelle le troisième épisode du documentaire fait une large place ? On y découvre que chaque journée d’école commence systématiquement par un « conglom », rituel auquel participent élèves et professeurs, et qui illustre la proximité voulue entre eux dans cet établissement d’excellence. Non seulement les écoliers et les enseignants mangent ensemble, mais les premiers évaluent aussi les seconds pour améliorer la qualité de la pédagogie et des enseignements. Des élèves qui notent les profs ? Visiblement, cela bénéficie à tout le monde, mais ce n’est pas la seule originalité de cette école, où la compétition entre les élèves est presque totalement bannie : les notes sont réservées aux examens nationaux, et les cours de sport sont notamment pensés pour être particulièrement inclusifs et égalitaires.

Adieu les mauvais souvenirs pour les élèves choisis en dernier dans les équipes ! La Riverside School prône le travail en groupe, l’ouverture aux autres, l’entraide et la solidarité avant tout, ce qui explique pourquoi tous les élèves doivent aussi réaliser régulièrement des actions caritatives, en direction par exemple des personnes âgées ou des enfants malades. Une école qui ne met pas les élèves en concurrence mais cherche surtout à en faire des citoyens éclairés avec l’envie de rendre le monde meilleur, voilà un modèle d’avenir ambitieux, mais qui semble fonctionner, et dont certains devraient donc peut-être s’inspirer pour relever les défis considérables auxquels l’enseignement est confronté.

Le bonheur à l'école, une série documentaire disponible sur CANAL+.