"Le Magot", la série doc sur la rencontre entre Michel Fourniret et le gang des postiches
Adaptée du livre enquête de la journaliste Patricia Tourancheau, cette série documentaire passionnante explore les destins croisés du tueur en série et du gang de braqueurs des années 1980, liés de façon improbable par un précieux butin.
Une histoire rocambolesque
Il ne serait pas surprenant de voir cette affaire adaptée en série, tant son intrigue est dingue. Sous la forme d’un documentaire, elle est déjà aussi palpitante qu’un polar, puisque Le Magot se divise en quatre épisodes qui relatent avec précision la manière dont Michel Fourniret a pu s’emparer d’une partie du butin caché par "le gang des postiches" dans les années 1980. Une rencontre improbable permise par un séjour en prison, grâce auquel le tueur en série localisera une planque cachée dans la tombe d’un cimetière.
On ne développera pas ici tous les rebondissements racontés par le documentaire, pour rappeler d’abord l’essentiel, à savoir que Michel Fourniret a pu financer ses crimes tristement célèbres en grande partie grâce au fameux magot du gang des postiches. Pour ses anciens membres interviewés aujourd’hui dans le documentaire, comme Robert Marguery, cette réalité est évidemment très difficile à avaler.
Une opposition de styles
Car si cette rencontre est aussi étonnante, c’est parce qu’il s’agit d’abord d’une opposition de styles. Criminel taiseux et renfermé, Michel Fourniret cache bien son jeu à ses camarades de détention, qui ne soupçonnent pas de quoi il est capable. À l’inverse, les membres du gang des postiches ont la tchatche et de fortes personnalités.
Il faut de toute façon en avoir beaucoup pour imaginer et mettre en œuvre l’idée de braquer non pas les gros coffres des banques, mais ceux des riches parisiens qui cachent leurs économies des impôts sous la présidence de Mitterrand. Le premier épisode rappelle ainsi le mode opératoire surprenant du gang, qui soigne son apparence et a recours à des postiches pour passer inaperçu dans les beaux quartiers visés.
L'autre caractéristique du gang, ce fut aussi longtemps l’absence de violences de ses braqueurs évidemment armés, pendant qu’une partie d'entre eux prenait tranquillement le temps de forcer les coffres mal protégés des particuliers. Mais l'image médiatique de gentil gang venu des bas-fonds et qui prend aux riches pour mener la grande vie ne durera évidemment qu’un temps, jusqu’à l’inévitable drame, point de départ de la future rencontre avec Michel Fourniret.

Une adaptation captivante d’un récit journalistique sérieux
Robert Marguery et son ancien complice Michel Chellaoui racontent évidemment cette époque avec beaucoup de nostalgie, et leurs interviews permettent au passage de constater tout ce qui sépare ces flambeurs de la froideur glaçante du tueur en série, décédé l’an dernier mais dont les dernières interventions à ses procès n’étaient pas des plus rassurantes (euphémisme).
Nourrie aussi par le témoignage de nombreux policiers ayant travaillé sur les différentes affaires évoquées, cette série documentaire bénéficie surtout de l’énorme travail réalisé en amont par Patricia Tourancheau dans son enquête racontée sur le site Les Jours puis dans un livre publié en 2020, (Le Magot. Fourniret et le gang des Postiches : mortelle rencontre).
Ancienne collaboratrice de Libération, cette journaliste spécialisée dans les affaires criminelles avait déjà révélé l’affaire dans le quotidien en 2004, et elle apporte des éclairages bienvenus à ces quatre épisodes que l’on ne voit pas passer.
Le Magot, une série documentaire disponible sur Planète+.
