Aller au menuAller au contenu principalAller à la recherche

Le syndrome de Stockholm : la véritable histoire d'un braquage devenu célèbre

Posté par Alexis Lebrun le 15 novembre 2021
C’est une expression utilisée dans le monde entier, mais peu de gens connaissent sa véritable origine. Ce documentaire d’Olivier Pighetti permet de combler ce manque, en donnant la parole aux braqueurs et à une otage de l’affaire qui donne son nom au fameux « syndrome de Stockholm ».
Le bon et le truand

Nous sommes le 23 août 1973. Un évadé de prison du nom de Jan-Erik Olsson pénètre dans la Kreditbenk de Stockholm pour la braquer, mais il n’a pas le temps d’en sortir. Très rapidement, la police est prévenue de son méfait et débarque en nombre sur place, ce qui le décide à prendre en otage quatre employés de la banque, un homme et trois femmes. Les négociations démarrent, et l’une des premières demandes d’Olsson est assez singulière, puisqu’il négocie avec le Ministre de la Justice Suédois la libération de son ancien compagnon de cellule, le célèbre criminel Clark Olofsson. Ce dernier est autorisé à le rejoindre sur place, et voilà les deux braqueurs lancés dans une opération dont ils ignorent encore qu’elle durera six jours et donnera naissance à l’expression « syndrome de Stockholm », en raison du lien tissé entre les otages et leurs geôliers, à la grande surprise des autorités de l’époque.

Pour raconter ces événements, le documentaire d’Olivier Pighetti a la chance de pouvoir compter sur trois des principaux concernés : Kristin Enmark – qui comme la plupart des otages était très jeune à l’époque des faits –, et les deux braqueurs, Jan-Erik Olsson et Clark Olofsson, qui témoignent face à la caméra avec une grande liberté de ton, notamment quand il s’agit de parler l'un de l'autre. La détestation qui semble présider à leurs relations aujourd’hui fait d’ailleurs tout le sel de ce documentaire, puisqu’Olofsson – qui s’est toujours fait passer pour le « gentil » de l’histoire – met par exemple constamment en doute l’intelligence et l’empathie d’Olsson. Quand on les voit s’insulter de tous les noms, on comprend d’ailleurs pourquoi ils répondent séparément.

Six jours de siège

À travers les témoignages trois protagonistes, on commence à comprendre ce qui s’est joué pendant ces six jours de siège dans la Kreditbenk de Stockholm. Kristin Enmark raconte que les otages craignaient beaucoup une intervention de la police, qui se montrait très menaçante sur place. À l’inverse, les otages et les braqueurs forment rapidement une micro-communauté solidaire, même si les deux braqueurs ne se comportent pas de la même façon. Jugé instable, pas très futé et influençable, Olsson est celui qui inquiète le plus, tandis qu’Olofsson semble avoir un ascendant psychologique sur lui en raison de sa réputation, une aura qu’il utilise pour protéger les otages (selon lui). Il affirme également avoir multiplié petits gestes (comme permettre aux otages de téléphoner à leurs proches), une attitude qui tranchait avec celle de la police, qui négligeait la sécurité et le bien-être otages si l’on en croit Kristin Enmark. Celle-ci raconte également sa conversation surréaliste avec le Premier Ministre Suédois de l’époque (Olof Palme), estomaqué d’apprendre par téléphone la complicité nouée entre les braqueurs et les otages.

Du côté des médias, c’est l’effervescence : la prise d’otages est le premier événement criminel diffusé en direct à la télévision suédoise, et les rumeurs les plus folles font les choux gras de la presse, qui se fait entre autres l’écho d’une possible relation sexuelle entre l’une des otages et Olsson. Néanmoins, si Kristin Enmark avoue qu’elle en pinçait pour Olofsson, elle montre surtout dans ce documentaire à quel point elle a été durablement traumatisée par cet événement, et comment l’attitude des femmes otages a été critiquée à l’époque car elles avaient l’outrecuidance de ne pas faire ce qu’on attendait d’elles : se taire. Près de cinquante ans après les faits, l’évolution des perceptions continue d’ouvrir de nouvelles pistes de réflexion sur cet événement qui n’a pas fini de fasciner les criminologues et les psychiatres comme Nils Bejerot, à qui l’on doit la naissance de l’expression syndrome de Stockholm. On n’en dira pas plus pour ne pas vous gâcher la fin de l’histoire, mais aujourd’hui encore, le dénouement de ce braquage continue de laisser bouche bée.

Le jour où Stockholm est devenu un syndrome, un documentaire disponible sur PLANÈTE+ CI.