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"Les virtuoses", le documentaire sur les talents précoces du sport français

Réalisé par le service des sports de CANAL+, ce film donne la parole à cinq grands champions hexagonaux issus de disciplines différentes : Richard Gasquet, Teddy Thomas, Victor Dubuisson, Marine Johannès et Jérémy Ménez. Leur point commun ? Ils sont tous considérés comme des "virtuoses" dans leurs sports respectifs. Mais comme ils nous l'expliquent, être un espoir de grand talent n'est pas toujours une bénédiction.

Le mythe du talent en question

On parle beaucoup en ce moment du fait que notre société est obsédée par le talent. Un livre récemment publié et très commenté remet d'ailleurs en cause l'existence même de cette notion. Quoi qu'il en soit, dans le domaine du sport, les prédispositions naturelles d'un Usain Bolt ou d'un Kylian Mbappé sont incontestables et s'expliquent génétiquement, comme le rappelle une chercheuse à l'INSEP (Institut national du sport, de l'expertise et de la performance) interviewée au début du documentaire.

Mais comme tous les témoins du film le rappellent aussi : sans un travail acharné, le talent seul ne suffit jamais pour accéder et surtout se maintenir au plus haut niveau. Tout expliquer par un talent inné, c'est aussi sous-entendre qu'une personne douée n'a pas besoin de travailler et ne fait donc rien de spécial pour mériter d'être meilleure que les autres, ce qui est à la fois faux et assez offensant quand on y réfléchit.

C'est ce qu'expliquent par exemple le golfeur Victor Dubuisson ou le rugbyman Teddy Thomas, repéré très jeune pour ses capacités athlétiques très au-dessus de la moyenne, et qui évoque la jalousie que cela peut engendrer.

Une pression difficile à supporter

Comme les autres talents interviewés dans le documentaire, la carrière de Teddy Thomas n'a pas été un long fleuve tranquille. Plus un athlète est prometteur, plus les attentes des médias et du public sont élevées, ce qui interdit les échecs et ajoute une pression que le commun des mortels ne connaît pas. C'est ce qu'expliquent d'ailleurs très bien une anthropologue et une philosophe spécialisées dans le sport.

Présent dans le film, le tennisman Richard Gasquet est évidemment emblématique de ce profil de sportif, puisque dès l'enfance, il est devenu une star scrutée par le public et affichée à la une des médias, avec la pression énorme de devoir succéder à Yannick Noah à Roland Garros.

Il se confie sur son malaise face à cette médiatisation précoce, et rappelle que s'il poursuit aujourd'hui une carrière d'une longévité exceptionnelle, c'est parce qu'il joue avant tout pour le plaisir et non pour répondre à tout prix aux attentes démesurées placées en lui en raison de la précocité de son talent.

Quand la quête de la performance à tout prix nuit au plaisir

Cette notion de plaisir est d'ailleurs citée par les cinq athlètes du documentaire. Footballeur très prometteur de la fameuse génération 1987, Jérémy Ménez admet lui-même qu'il aurait pu faire une carrière plus brillante si certains de ses choix avaient été différents, mais on comprend en l'écoutant que le foot reste pour lui le jeu qu'il pratiquait gamin pour le plaisir d'imiter les grands gestes du Brésil de Ronaldo.

La carrière de la basketteuse Marine Johannès n'est pas comparable, mais elle ne dit pas autre chose lorsqu'elle évoque avec nostalgie le souvenir les DVD de NBA qu'elle regardait en boucle, rêvant de jouer comme les stars de la ligue nord-américaine, alors que le sport de haut niveau exige d'elle aujourd'hui qu'elle gomme la part de folie de son jeu pour améliorer son efficacité.

Comme les autres, elle se confie aussi dans le documentaire sur l'apprentissage de l'échec et la peur de décevoir, dans un pays qui brûle ses idoles aussi vite qu'il pouvait les encenser quelques jours plus tôt. Entrecoupé d'archives de reportages qui évoquent tous "le Mozart" de telle ou telle discipline, ce documentaire incite d'ailleurs à prendre un peu de recul et peut-être à questionner notre culte absolue de la performance sportive, au détriment du plaisir et – plus grave – de la santé mentale et physique des athlètes, aussi virtuoses soient-ils.

Les virtuoses, un documentaire disponible seulement sur CANAL+.