« Let's Fucking Go! », le combat des footballeuses américaines pour l’égalité salariale

Posté par Alexis Lebrun le 3 juillet 2022
Produit par HBO et CNN, ce documentaire réalisé par le couple Andrea Nix/Sean Fine – oscarisé en 2013 pour Inocente – revient sur la lutte judiciaire menée par les championnes du monde 2019 contre la Fédération des États-Unis de soccer afin de remettre en cause les inégalités criantes entre les joueuses et les joueurs de l’équipe nationale américaine.
La sélection nationale la plus titrée de l’histoire du foot féminin

Ce n’est pas un secret : les américaines sont les meilleures du monde en « soccer », et cette domination ne date pas d’aujourd’hui. Alors que l’équipe masculine n’a jamais brillé sur les terrains des compétitions internationales, la sélection féminine possède un palmarès de rêve, constitué notamment de quatre Coupes du monde et quatre titres olympiques. Mais malgré ces exploits, les joueuses américaines ont toujours été beaucoup plus mal payées que leurs collègues masculins.

La faute à l’USSF (United States Soccer Federation), qui rémunère bien mieux ses joueurs, protégés depuis toujours par des contrats avantageux en dépit de leurs piètres performances. Le documentaire montre ainsi que les femmes de Team USA doivent grosso modo tout gagner si elles souhaitent empocher autant que les hommes – qui vivent eux confortablement en perdant abondamment. Depuis des décennies, beaucoup de joueuses très talentueuses doivent ainsi exercer des petits boulots en parallèle, quand elles n’arrêtent pas prématurément le foot, contraintes et forcées par les obligations financières et familiales.

Une plainte courageuse

Ce véritable scandale a perduré pendant plusieurs décennies, mais en mars 2019, à seulement quelques mois de la Coupe du monde 2019 en France, les 28 joueuses de la sélection américaine frappent un grand coup en attaquant en justice leur fédération pour discrimination. Une démarche très courageuse mais risquée, car elle met évidemment une énorme pression sur l’équipe, très attendue au mondial en France pendant l’été. La pression est d’autant plus grande que Donald Trump s’en mêle et s’attaque aux joueuses de l’équipe qui refusent de se rendre à la Maison Blanche en cas de victoire.

Mais les américaines ne craquent pas et remportent brillamment le tournoi, avec le soutien du public qui scande « Equal pay » dans les stades et lors des apparitions publiques de l’équipe et du trophée aux Etats-Unis. Et sa victoire, Team USA la doit largement à la grande star de la sélection, meilleure joueuse et meilleure buteuse du tournoi puis ballon d’or féminin en 2019 : Megan Rapinoe. Celle qui est devenue l’une des personnalités féministes et LGBTQI+ les plus influentes au monde a toujours été en pointe dans le combat des joueuses pour l’égalité salariale, et elle est longuement interviewée dans le documentaire.

Un marathon judiciaire épuisant

Comme ses coéquipières présentes dans le film (Jessica McDonald, Becky Sauerbrunn, Kelley O'Hara, Christen Press, Sam Mewis), elle s’investit sans compter dans ce marathon judiciaire harassant qui empiète grandement sur le temps d’entraînement de toutes les joueuses.

Et malgré la mauvaise foi des avocats de la fédération, les insultes des internautes sur Twitter, les obstacles et les revers, elles continuent la lutte pendant plus d’un an car elles savent qu’il s’agit d’une lutte de longue haleine, entamé par leurs prédécesseuses (comme Julie Foudy, ancienne de l’équipe nationale dans les années 1990), et qui servira à toutes les jeunes filles qu’elles inspirent par leurs exploits.

Et plus généralement, ce combat médiatisé pour l’égalité salariale se propage aussi à d’autres sports et à l’ensemble de la société, où les discriminations salariales sont malheureusement encore l’un des fondements du sexisme.

 

LFG (Let’s F*cking Go!), un documentaire disponible sur CANAL+.