"Mister George", le documentaire que le grand George Eddy méritait
Après bientôt quatre décennies passées à commenter le basket en France, la voix mythique qui incarne la balle orange chez nous passera bientôt la main. La chaîne où il a réalisé presque toute sa carrière (CANAL+) ne pouvait donc pas décemment laisser passer l'occasion de rendre hommage à la carrière unique de George Eddy. C'est chose faite avec "Mister George", un documentaire passionnant mais qui risque fort de vous rendre nostalgique…
Une révolution américaine
La carrière de commentateur sportif de George Eddy est absolument indissociable de l'essor du basket en France. À l'aide d'images d'archives savoureuses et d'une interview de Charles Biétry – directeur des sports de CANAL jusqu'en 1998 – le documentaire commence d'ailleurs par raconter les débuts hésitants de George Eddy et de la NBA dans l'hexagone en 1985.
À l'époque, la jeune chaîne cryptée décide de miser sur le basket américain, et Biétry engage Eddy après avoir reçu sa candidature et surtout être allé le voir jouer sur un terrain. Convaincu par le personnage, il fait confiance à ce jeune franco-américain sans expérience de la télévision, mais qui connaît ce sport sur le bout des doigts. George Eddy le rappelle, c'est alors "l'âge de pierre" de la NBA en France : il n'y a qu'un match par semaine, et c'est un différé qui date de plusieurs semaines, ce qui signifie que les commentateurs l'ont déjà vu et préparé avant.
Le pays découvre l'accent inimitable de George Eddy et ses expressions emblématiques volontairement exagérées, qui font des diffusions de ce sport déjà spectaculaire un vrai show à l'américaine. Cet engouement est aussi lié à une nouvelle star montante, Michael Jordan, dont l'ascension coïncide opportunément avec les débuts de George Eddy et du basket sur CANAL+. En 1991, la chaîne passe à la vitesse supérieure et Eddy commente les premières finales NBA gagnées de Michael Jordan en direct des Etats-Unis. Et c'est évidemment un événement.
La voix d'un âge d'or
Le basket devient un phénomène en France et plusieurs générations de noctambules restées éveillés la nuit pour suivre les matchs sont marquées à vie par les commentaires de George Eddy.
Ils sont trop nombreux à le dire dans le documentaire pour tous les citer, mais c'est le cas notamment des meilleurs joueurs français (Tony Parker, Nicolas Batum, Boris Diaw, Rudy Gobert, Evan Fournier…) et même d'un certain Lionel Jospin, interviewé dans le film à l'occasion d'un match de la pépite française Victor Wembanyama, auquel il assiste en compagnie de George Eddy.
À force de se l'entendre dire, ce dernier sait l'impact qu'il a eu. Lui-même raconte cette période un peu folle des années 1990, où la NBA atteint des sommets en France, avec notamment les interviews improbables de Michael Jordan sur CANAL+, face à Coluche et Denisot ou sur le plateau de Nulle part ailleurs en compagnie de Georges Eddy.
À l'époque, le commentateur de la maison n'a pas peur de le côtoyer : il est presque aussi populaire que Jordan en France, et il incarne autant le basket que lui dans le pays.
Et malgré la retraite de MJ, il se maintient au sommet en devenant la voix de la génération Tony Parker, celle des premiers joueurs français qui ne craignent pas de briller dans le championnat américain, et dont George Eddy a commenté tous les exploits en Equipe de France, de la victoire à l'Euro 2013 aux multiples victoires épiques contre Team USA.
Supporter inconditionnel des Bleus, Eddy a parfois été trop loin lors de certaines désillusions – le film en parle – mais ces excès sont à la hauteur de son amour pour sa terre d'adoption.

Un petit gars de l'Alabama
Le documentaire le rappelle, George Eddy débarque en effet en France en 1977, à la mort de son père, un ancien prof intello très éloigné de sa passion précoce pour le basket. Pour autant, son fils en dit beaucoup de bien dans le film, au moment d'évoquer son enfance marquée par la participation de ses parents à la lutte pour les droits civiques, dans un Etat (la Floride), où le racisme et le Ku Klux Klan sont alors extrêmement ancrés, comme là où il est né (l'Alabama).
Entre deux rencontres avec des militants où Martin Luther King, il découvre la NBA chez ses voisins et devient obsédé par ce sport, qu'il se met à pratiquer intensivement. Mais malgré ses qualités de shooter, son esprit de compétition surdéveloppé – dont ses collèges de CANAL témoignent avec le sourire – et sa hargne sur le terrain, George Eddy n'est pas accepté dans l'équipe universitaire.
Avec sa mère française et désormais veuve, il arrive donc dans l'hexagone et se fait une place de joueur pendant quelques années dans le championnat de France, où il exploite déjà sa science des punchlines en trashtalkant abondamment ses adversaires. Et s'il ne commentera bientôt plus le basket chez nous – bonne chance à son successeur –, ses expressions les plus célèbres sont aujourd'hui reprises sur tous les playgrounds du pays. Une postérité méritée pour la voix par laquelle le basket est arrivé dans les foyers français. Thank you, Mister George.
Mister George : l'extraordinaire vie de George Eddy, un documentaire disponible sur CANAL+.
