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"Obvious, hackers de l'art" : un doc pour comprendre comment l’IA bouscule les artistes

Pendant un an, une caméra a suivi les efforts du collectif artistique français pour s’ouvrir les portes d’un milieu qui regarde l’intelligence artificielle avec méfiance. En découle un documentaire qui met l’accent sur l’aventure humaine d’Obvious, trois copains devenus les nouveaux empêcheurs de tourner en rond de l’art contemporain.

Une première mondiale

C’est le genre de vente record aux enchères dont le monde de l’art contemporain raffole. Le 25 octobre 2018, un tableau un peu particulier est adjugé au prix de 432 500 dollars chez Christie’s à New York : il a été engendré par une intelligence artificielle. C’est une première mondiale, et le montant dépasse toutes les prévisions.

L’événement fait le tour du monde, et met en lumière les garçons qui se cachent derrière ce coup d’éclat, Hugo, Pierre et Gauthier, trois amis d’enfance qui produisent des peintures à l’aide de l’IA sous le nom d’Obvious. Et ils ont eux-mêmes une petite particularité : ils n’ont pas du tout de formation artistique, puisque deux d’entre eux sont issus d’écoles de commerce, et que le troisième est un expert en IA, en charge de coder les formules magiques qui remplacent ensuite la signature de l’artiste.

Autant dire que dans la France d’aujourd’hui, on dirait que ces trois-là sont des « disrupteurs », diversement accueillis par le milieu évidemment élitiste et conservateur de l’art. Le documentaire ne cache d’ailleurs pas du tout leurs difficultés à se faire accepter et à être considérés comme des artistes légitimes, et les frustrations que cela peut engendrer chez eux.

Une révolution qui inquiète

Le réalisateur Thibaut Sève les suit par exemple dans leur tentative de convaincre – sans succès – la ministre de la Culture Rima Abdul Malak de choisir la prochaine Marianne grâce à l’IA, ou dans la préparation de leur première exposition dans une galerie, où ils sont confrontés aux réactions parfois très critiques du public.

Ils l’avouent eux-mêmes, l’IA fait encore peur en France, et l’idée qu’elle risque de remplacer un certain nombre de métiers dont celui d’artiste est un motif d’inquiétude très répandu. Les trois membres d’Obvious se voient donc comme des pionniers d’une révolution technologique et artistique.

Ils ont par exemple été parmi les premiers à investir le champ des œuvres en NFT – une intuition qui n’était peut-être pas la meilleure rétrospectivement, si l’on en juge par l’actualité récente qui entoure ces « jetons non fongibles ». Peu importe : le documentaire montre ces trois copains en train d’essayer d’inventer l’art de demain dans des locaux qui ressemblent davantage aux bureaux d’une startup qu’à un atelier.

Une amitié indéfectible

Du mathématicien Cédric Villani à l’Opéra de Paris en passant par le design d’un vélo de l’équipe cycliste Groupama-FDJ, Obvious est partout pour se montrer à la hauteur des attentes après la vente record de 2018. Comme le dit un des intervenants dans le film, le collectif a été confronté à la même épreuve que les groupes de rock au succès précoce lorsqu’ils doivent sortir le fameux deuxième album tant attendu.

Si les membres d'Obvious n’ont pas encore réédité l’exploit de 2018, ils peuvent au moins avoir la satisfaction d’être toujours là cinq ans après – ce n’était pas gagné – et d’être toujours aussi soudés par une amitié indéfectible qui reste le ciment de leur collaboration.

Autre motif d’espoir : le richissime collectionneur asiatique qui refusait d’être filmé à visage découvert au début du film – car il n’était pas certain d’avoir fait une bonne affaire chez Christie’s en 2018 – accepte finalement de se dévoiler et de recevoir le trio quelques temps plus tard dans son bureau à Hong Kong, avec son tableau d'Obvious fièrement accroché et protégé par une alarme reliée au poste de police du coin. La preuve que miser sur ce cheval artificiel n’était peut-être pas une si mauvaise idée…

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