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Pourquoi Claudia Cardinale est toujours la plus secrète des actrices italiennes

Avec une centaine de films à son actif, dont plusieurs chefs-d’œuvre (Le Guépard, Luchino Visconti, photo ci-dessus), c’est l’une des plus grandes actrices italiennes de son temps. Et pourtant, Claudia Cardinale (née en 1938) a su garder son jardin secret, dans une industrie où les moindres faits et gestes des stars sont traqués par des paparazzis à l’affût.

« La mystérieuse », c’est ainsi que Federico Fellini la surnommait, rappelle le documentaire Claudia la mystérieuse de Marie-Dominique Montel et Christopher Jones, qui revient sur la carrière de la comédienne.

En commençant par ses débuts, à Tunis, où elle habite avec sa famille d’origine sicilienne au temps du protectorat français. « Garçon manqué » mais pleine de grâce, la jeune femme gagne à 17 ans le concours de « la plus belle Italienne de Tunis », organisé par l’office du cinéma italien. Le prix : un voyage à Venise en 1955, durant la Biennale.

Mais le 7e art l’intéresse peu. Le producteur Franco Cristaldi, pourtant, veut absolument travailler avec elle. « C’est lui qui a reconnu Claudia, ce visage, cette allure, cette démarche », raconte Jacques Perrin dans le documentaire, à qui elle donnera la réplique dans La Fille à la valise (Valerio Zurlini, 1962, photo ci-dessous).

La comédienne rentre même à Tunis, tournant le dos à Cinecittà. La pause sera de courte durée. Enceinte après avoir été violée, elle décide de se lancer dans le cinéma pour gagner sa vie et élever l’enfant. À Rome, loin de sa famille et du scandale.

Cristaldi (qu’elle épousera en 1966) l’aide, lui donnant de petits rôles. Des années durant, elle cachera l’existence de son fils, le faisant passer pour son petit frère.

Après La Fille à la valise, avec son sourire ravageur, elle devient la « petite fiancée de l’Italie ». Et une actrice pas comme les autres. À cause de son timbre rauque si particulier, de son accent français, elle est systématiquement doublée, jusqu’à Huit et demi (Fellini, 1963, photo ci-dessous).

Pour le producteur Gianni Bozzacchi, c’est une « madone d’une autre planète ». Qui ne joue pas le jeu du star-system. Elle se montre charmante avec les journalistes, mais refuse de trop en dévoiler.

« Mon âme, je la montre difficilement, car c’est quelque chose de trop intime. J’ai montré l’âme d’autres personnages, pas la mienne. »

Ce qui ne l’empêche pas de tourner avec les plus grands durant l’âge d’or du cinéma italien : Visconti, Fellini, Sergio Leone… Mais aussi avec des étrangers, de Werner Herzog à Henri Verneuil en passant par Claude Lelouch.

Au milieu des années 1970, elle quitte Cristaldi pour le réalisateur Pasquale Squitieri, avec qui elle aura une fille et tournera de nombreux films. Mais elle sera un temps blacklistée par le métier.

Malgré sa beauté, Claudia Cardinale n’est pas un simple sex-symbol. Pour l’historien du cinéma Vito Zagarrio, elle incarne un « modèle féminin plus fort, indépendant, émancipé. Elle représente le changement de l’identité italienne de ces années-là ».

« Les cinéastes lui ont trouvé une profondeur au-delà de son physique avantageux, une capacité à utiliser les émotions qu’elle avait en elle », abonde sa biographe, Anna Maria Mori. Des émotions jalousement gardées, qu’elle n’utilise qu’avec parcimonie, gardant une aura de mystère.

Claudia la mystérieuse, Documentaire de Marie-Dominique Montel et Christopher Jones, 52 minutes, à voir en ce moment sur CINÉ+.