Sur les traces de Redoine Faïd, le braqueur (presque) insaisissable

Posté par Marc Larcher le 24 janvier 2022
Braqueur et évadé récidiviste, il a pendant vingt ans défié la police française et les médias. Un documentaire retrace son parcours, loin de son image de bandit repenti.
Derrière la légende, les faits

« Il y a une aura, une légende que la pénitentiaire, que les policiers, que les magistrats vont véhiculer, après libre à toi d’entretenir ta légende ou pas. Personnellement, j’entretiens rien du tout » a affirmé Redoine Faïd à la presse lors de la promotion d’un livre racontant son parcours de braqueur supposé repenti. On retrouve cette déclaration au début du documentaire et c’est déjà un premier mensonge de la part de l’intéressé. Pendant 52 minutes, le spectateur va ainsi naviguer entre les affirmations du héros, l’image d’un homme affable et charmeur et les faits bien réels, beaucoup moins séduisants. Dès son enfance à Creil dans l’Oise dans une cité ordinaire, on perçoit chez lui la volonté de sortir de la masse et un talent certain pour prendre la parole, se trouver des excuses puis des alibis, pour tout simplement déjà s’inventer. A 19 ans, il braque des banques avec l’excuse d’être en cours au lycée. Qui peut alors le soupçonner ?

Inspiré par les films « Point Break » et « Heat » !

 « Pour mon malheur, j’avais un don pour voler ». On veut bien le croire puisqu’il a d’abord passé dix ans sous les radars, passant des petits vols, aux cambriolages, aux gros cambriolages, puis aux banques Il ne se fait pas attraper donc il monte dans la hiérarchie jusqu’au haut du panier : l’attaque de fourgon blindé. Ce n’est qu’au fil des années que son parcours commence à faire du bruit dans la presse locale, car Redoine Faïd frappe souvent dans son fief de l’Oise. Notamment lorsqu’avec des complices il menace et séquestre un directeur de banque. Déjà le sens de la mise en scène est présent, ils arborent lors d’un braquage des masques d’hommes politiques comme dans… le film « Point Break ». Tout au long de sa carrière, Redoine Faïd n’hésitera pas à s’inspirer des films hollywoodiens comme il le racontera lui-même dans un livre et il ira jusqu’à interpeller le réalisateur Michael Mann lors de sa venue à la Cinémathèque de Paris et le remercier pour son « mode d’emploi » piqué au film « Heat ». Bouche bée, le réalisateur américain ne saura que répondre face à un vrai braqueur. Au grès des intervenants, le doc montre bien comment Faïd est toujours entre fiction et réalité : pendant sa promo convaincante sur sa rédemption, il prépare un autre braquage qui tourne mal. Une policière municipale est tuée. Tous ceux, en premier lieu les journalistes, qu’il a séduits tombent de haut : « C’est un des plus grands manipulateurs que j’ai rencontrés », reconnaît une reporter.

Doué pour les évasions, pas pour les cavales

La séduction, le bagout font en effet partie de ses armes et aussi l’audace comme le prouvent ces deux évasions successives. L’une, à coup d’explosifs et l’autre, en hélicoptère – « comme dans les films » dit un policier… Dès lors, Redoine devient une énorme vedette en cavale. Sauf qu’à chaque fois, il laisse des traces – un intervenant évoque même le syndrome du Petit Poucet comme s’il avait besoin de se faire voir, de se faire prendre - on le repère, les caméras de surveillance le filment souriant puis il se fait prendre. Deux fois, les forces de l’ordre le retrouvent caché, habitant dans des conditions précaires. La légende du caïd insaisissable en prend un coup. Il voulait être un grand bandit comme Mesrine raconte une grand reporter d’où ce besoin perpétuel de briller, de s’inventer un personnage, alors que le banditisme suppose une discrétion absolue et le silence. Ainsi, il envoyait son livre dédicacé aux flics qui l’ont eu en garde à vue, un d’eux conclue : « Il est un peu en dehors de la réalité ». Depuis sa dernière arrestation, Redoine Faïd est placé à l’isolement dans des conditions de détention dénoncées par ses avocats. Sans public ni lumière donc, pas sûr que ça lui réussisse.

Redoine Faïd : le roman d'un braqueur" est disponible sur Planète+ CI à partir du 23 janvier.