Utoya : dix ans après, un doc donne la parole aux survivants de la tuerie en Norvège

Réalisé par Maud Vazquez, ce documentaire inédit opte intelligemment pour une approche sensible et loin de tout sensationnalisme pour évoquer l’attentat d’extrême-droite perpétré par Anders Behring Breivik.
Vendredi noir

Dans l’histoire de la Norvège, c’est le vendredi noir absolu, la tuerie la plus meurtrière depuis la Seconde Guerre mondiale. Le vendredi 22 juillet 2011, un terroriste d’extrême-droite tue 77 personnes et en blesse des dizaines d’autres, dans un attentat à la bombe à Oslo ainsi que dans une fusillade sur l’île d’Utøya. Les victimes sont majoritairement des adolescents membres de la Ligue des jeunes travaillistes, une organisation de gauche qui tient tous les ans sur l’île un camp d’été pour ses ouailles progressistes.

Tout ce qu’Anders Breivik déteste : déguisé en policier et armé jusqu’aux dents, il se rend en bateau sur l’île et exécute méthodiquement des dizaines de jeunes norvégiens pendant que les services de secours sont occupés par l’explosion de sa bombe à Oslo. 69 personnes, sont assassinées en un peu plus d’une heure avant son arrestation. Si le documentaire de Maud Vazquez revient forcément sur l’horreur de cette journée dans sa première partie, ses témoins ne s’éternisent pas sur ces faits. Car ce qui intéresse la réalisatrice, c’est la reconstruction de ces victimes survivantes frappées par le stress post-traumatique.

Culpabilité du survivant

En interrogeant cinq rescapés de la tuerie, Maud Vazquez réussit à restituer une bonne partie de la complexité des sentiments qui saisissent les victimes de terrorisme. On est frappé par la maturité et la capacité de résilience des témoins qui apparaissent dans le documentaire, d’autant plus qu’ils étaient tous très jeunes au moment des faits.

L’une d’entre eux a été gravement blessée et raconte son hospitalisation, une autre a perdu son amie et exprime avec beaucoup de pudeur ce qu’est la culpabilité du survivant, tandis qu’un dernier témoigne notamment de son traumatisme dans des écoles – son frère a miraculeusement survécu mais reste menacé de mort par un éclat de balle logé dans sa tête.

Le procès et l’avenir

D’autres s’intéressent beaucoup aux moyens d’empêcher qu’un drame pareil se reproduise à l’avenir. C’est le cas d’Erik, un jeune particulièrement impliqué dans la réflexion et les débats autour de l’extrémisme. Sur ce thème, le procès d’Anders Breivik tenu en 2012 – et sur lequel revient le documentaire dans sa dernière partie – a dû le décevoir. Le terroriste y a adopté une posture provocatrice difficilement soutenable, sans jamais regretter ses actes, bien au contraire.

Il a été condamné par la justice à la peine maximale en Norvège (une forme de perpétuité), mais son idéologie abondamment développée dans son interminable manifeste de revendication n’a pas disparu des radars, loin de là. Pour se reconstruire, les victimes d’Utøya n’attendent heureusement rien de leur bourreau, et face à la lâcheté de ce dernier, leur courage et leur absence de colère est bien ce qui reste en tête à la fin de de ce documentaire, car l’espoir et la tolérance l’emportent sur la haine.

La tuerie d'Utoya, les survivants se racontent, un documentaire disponible sur PLANÈTE+ CRIME.