Islande-France : l'analyse

Posté par Pierre Ménès le 12 Octobre 2019

Il y a deux façons d’analyser ce match. La première consiste à dire que les Bleus ont rempli leur contrat en allant chercher les trois points en Islande, sans jamais être mis en difficulté défensivement. Cette version est rigoureusement exacte et tout à fait recevable. C’est la version pragmatique si chère à Didier Deschamps. L’autre façon de voir les choses s’attache à parler aussi du jeu. De la qualité du jeu proposé par les Bleus. Et là, c’est une autre histoire… 

On s’attendait à un match fermé à Reykjavik. Il l’a été. Après deux minutes initiales de pressing haut, les Islandais se sont vite regroupés derrière et ont laissé le ballon aux champions du monde. Qui n’en ont pas fait grand chose, à part multiplier les phases de possession stérile. Le ballon circulait bien mais sans qu’ils parviennent à s’approcher du but adverse dans de bonnes conditions, face à une équipe nordique qui ne faisait que défendre et fermer le jeu, loin de la formation qui avait enthousiasmé les observateurs pendant l’Euro 2016.

Le début de la seconde période a été un peu plus saignant de la part de Bleus qui sont enfin parvenus à déstabiliser le bloc islandais et ont vu leur domination récompensée à l’heure de jeu avec un penalty pour une faute pas évidente à vitesse réelle avec la chute à retardement de Griezmann, mais flagrante en voyant le ralenti, le défenseur islandais balançant un low-kick sur la cuisse de l’attaquant du Barça. Un pénalty indiscutable transformé par Giroud, qui a sauvé l’équipe de France d’un triste match nul. Et c’est bien ça le problème. Qu’aurait-on dit si ce match s’était terminé sur un terne 0-0 ?

Cela va mal finir…

A part la reprise du gauche de Matuidi sur le poteau et quelques occasions en contre en fin de match, les Bleus n’ont jamais donné l’impression de pouvoir mettre hors de position cette équipe islandaise par le jeu. Alors bien sûr, ils ont des circonstances atténuantes, l’équipe était privée de près de la moitié de ses titulaires : Lloris, Hernandez, Pogba, Kanté, Mbappé… Mais le réservoir est tel que cela ne doit pas être un problème. Ce n’en est d’ailleurs pas un puisque, quels que soient les joueurs qui la composent, cette équipe ne montre aucun progrès dans le jeu. Elle gagne, mais n’a toujours pas d’identité. 

On peut d’ailleurs se demander pourquoi Deschamps a choisi d’aligner Matuidi côté gauche, alors qu’on savait qu’on aurait le ballon pendant les trois quarts du match et qu’un profil plus offensif comme Lemar ou Ikoné apporterait plus de vitesse et de créativité face à un bloc bas. Et puis l’équipe de France est sans doute bien en place et respecte parfaitement les consignes de prudence de son coach, mais elle souffre d’un cruel manque de dépassement de fonction. Dans des matchs comme celui-là, la différence vient souvent d’un milieu ou d’un défenseur qui apporte le surnombre et crée un décalage. Le genre de choses qui n’arrive presque jamais avec cette équipe.  

Comme je l’ai tweeté hier soir, je pense que tôt ou tard, cela va mal finir. Que ce manque d’ambition et de prise de risque nous sera fatal un jour ou l’autre. Encore une fois, il y a deux façons de voir les choses : soit on estime qu’une équipe qui est championne du monde doit être capable de montrer autre chose que ça, soit on considère que ce ne sont que des qualifs et que c’est en juin prochain que cela comptera vraiment. En attendant, c’est toujours aussi compliqué de prendre du plaisir à voir jouer ces Bleus… 

Pierrot