Ce serait quoi votre pseudo d'acteur/trice porno ?
Une antique légende affirme que les pseudos d'acteurs/trices porno se fabriquent en choisissant son deuxième prénom et le nom de son premier animal de compagnie. C'est peut-être parfois vrai mais l'air de rien, ces blazes fleuris et imagés nous en apprennent pas mal sur la perception que nous avons de la pornographie aujourd'hui.
Jean-Pierre Bandemou n'a pas d'avenir
C'est un fait indéniable : le merveilleux monde de la pornographie ne serait pas tout à fait le même sans les pseudonymes des acteurs et des actrices qui le peuplent. Sachez d'ailleurs que ce fameux pseudo a un terme qui lui est propre, le « pornonyme », et que celui-ci répond à des codes bien précis.
Tout d'abord et le plus basiquement possible, le pornonyme permet l'anonymat. Le cinéma pornographique restant un milieu socialement stigmatisé, il permet à l'acteur/trice de protéger sa vie privée, de ne pas se griller auprès des administrations ou d'éviter le harcèlement de fans un peu trop « exaltés ». Une étude américaine lui est par ailleurs en partie consacrée (Deep inside, a study of 10 000 pornstars and their carreers. 2013) et révèle dans un second temps quelques informations supplémentaires.
Sur les 10 000 pseudos étudiés, l'auteur (Jon Millward) constate que chez les actrices, c'est le prénom « Nikki » qui arrive en tête (Nikki Benz, Nikki Delano, Nikki Seven, etc...) mais que sur les 10 pseudos les plus usités, la moitié finissent en -a (Jessica, Lisa, Victoria, Vanessa, Samantha). Quant aux prénoms, Lee, Love, Starr et Fox (attirante, en argot anglais) forment le quatuor de tête. Chez les acteurs, les prénoms David, Tony et John sont les plus sollicités et les noms Stone, Black et Steel (acier, en anglais) ont une forte récurrence. Ce qui conduit l'auteur à conclure scientifiquement ce que l'on pensait déjà : « les stars du porno féminines semblent définitivement choisir des noms de famille qui évoquent des notions de féminité, de sensualité et de douceur, tandis que les hommes optent pour des noms plus forts, plus masculins. » Une logique également respectée en France : à notre connaissance, il n'y a pas encore de pornstar appelée Jean-Pierre Bandemou ou Véronique Sécheresse...
Une marque de fabrique
Citée dans cette étude, la vétérante du porno féministe Annie Sprinkle soutient que « beaucoup de filles détournent des noms de célébrités, prennent des noms drôles, des noms super-explicites, des noms élégants ou de girl next door. Mais tous ces noms impliquent des fantasmes sexuels. » En allant plus loin, le pornonyme est la véritable marque de fabrique de l'acteur/trice, et détermine sa singularité dans un milieu très concurrentiel. Ainsi, il peut exprimer une origine ethnique (Katsuni, Asia Carrera, Anna Polina, Mia Khalifa, Manuel Ferrara...), une particularité physique ou comportementale (Anita Blonde, Angel Dark, Sabina Rouge, Lolo Ferrari, Lexington Steel, Tabatha Cash...), une référence au glamour et au chic (Oksana D'Harcourt, Laure Sainclair, Estelle Desanges, Chloe Dior, Karen Lancaume, Axelle Mugler, Julia Channel, Sabrina Ricci...), une originalité distanciée et rebelle (Stoya, Belladona, Ovidie, Misungui...).
On retiendra surtout que quelque soit la catégorie, l'enjeu du pornonyme est d'être simple, facile à mémoriser, universellement prononçable et constitue à son échelle un petit exercice de marketing.
Le LOL porn
Reste que par rapport au cinéma « traditionnel » ou à d'autres formes d'expressions artistiques, la pornographie a rarement été prise au sérieux. S'en suit une auto-dérision réellement propre à ce milieu, qui démontre bien que ce secteur professionnel est – on l'oublie trop souvent – bourré d'humour. Traité comme un sous-sous-genre, la pornographie ne cesse de pasticher la pop culture « normale ». Dans ses titres de films (Blanche-fesses et les 7 seins, Chapeau Melon et bite de cuir...) mais aussi dans ses pornonymes : Dru Berrymore, Charlotte Sartre, Nikita Belluci, Samantha Fox, Cindy Crawford, Nina Roberts, Jennifer Stone, Béatrice Valle, Alex Baldwin, Jonathan Agassi, Tiger Tyson...
Enfin, les plus glorieux et les plus marquants de pornonymes sont évidemment ceux qui font dans le jeu de mots acrobatique : Fred Coppula, John B.Root, Fabien Lafait... (assez en vogue chez les réalisateurs, ceci dit). Si vous voulez vous lancer dans la carrière, vous pouvez toujours suivre les modestes conseils de cet article, utiliser un générateur de pornonyme sur Internet (comme pr0nname.com) ou la bonne vieille recette évoquée dans notre introduction (deuxième prénom + nom de votre premier animal de compagnie). Alors, c'est quoi votre petit nom de pornstar ?



