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Culture porn : qu'appelle-t-on l'âge d'or du porno français ?

Posté par Jean François Frontera le 24 août 2020
Nous vous parlons d'un temps que les onanistes de moins de 60 ans ne peuvent pas connaître. Cette époque, située entre le début des années 70 et l'orée des années 80 est appelée par les historiens du X « l'âge d'or de la pornographie française ». Retour sur une parenthèse bénie où les films porno avaient des vraies scénar', étaient tournés sur pellicule 35 mm et ramenaient des recettes dignes des meilleurs films du box-office.
Un peu de contexte ne fait jamais de mal

L' « âge d'or » dans la mythologie grecque définit un temps d'innocence, de justice, d'abondance et de bonheur sur Terre. Dans la mythologie pornographique, il signifie quelque chose de quelque peu différent. Cette âge d'or puise ses origines dans les secousses post-68, et les différentes révolutions libertaires qui s'en sont suivies : liberté de disposer de son corps, revendications féministes du droit au plaisir, remise en question de la notion de couple, déculpabilisation de la nudité, émergence des luttes homosexuelles... Il faut bien comprendre que jusqu'alors, le cinéma pornographique était une affaire clandestine, les bobines circulant sous le manteau, et étant diffusées chez des collectionneurs ou dans des maisons de passe. Un premier signe d'ouverture est observé dans les pays scandinaves avec la diffusion du film « Je suis Curieuse » (1967) sous couvert d'éducation sexuelle. Peu à peu, le cinéma pornographique est autorisé dans les salles occidentales, avec pour véritable point de départ la sortie de « Gorge Profonde » (1972) aux USA qui rencontre un immense succès (entre 30 et 50 millions de dollars au box-office). La France prend alors le train en marche et tolère également dans ses salles obscures ce genre marginalisé. Vont s'en suivre une pléthore de productions qui constitueront ce fameux âge d'or.

À quoi reconnait-on un film de l'« âge d'or » ?

Encore très proche du cinéma « traditionnel », on reconnaît les films de cette période par leur volonté d'être scénarisés et de développer leurs personnages. Contrairement aux films clandestins faits avec les moyens du bord, ces œuvres sont tournées avec une vraie équipe de réalisation, ce qui leur confèrent une esthétique plus léchée et professionnelle (si bien qu'on les qualifie de « porno chic »). « L'amour à la Bouche » (1974) de Gérard Kikoïne en est un parfait exemple, et raconte l'histoire de Nathalie, belle mannequin qui, pour oublier la mort tragique de son mari, participe à des soirées orgiaques et y rencontre Pierre, un séduisant châtelain. « Jeune fille impudiques » (1973) de Jean Rollin, « Emmanuelle » de Just Jaekin (1974, auquel nous avons consacré un article ici) ou « Exhibition » (1975) de Jean-François Davy sont aussi des bons marqueurs de ce cinéma. L'appel d'air est énorme, et sur la seule année 1974 dans la région parisienne, 128 films sont produits et totalisent plus de 6 millions d'entrées.
Autre caractéristique de cette époque : ces films étaient lucratifs, d'où une certaine décontraction hédoniste sur les plateaux et une atmosphère que l'on qualifiait souvent de « bon enfant ». Suite à cette explosion et à la démocratisation du porno en France, un vedettariat s'est très logiquement mis en place et l'on a assisté à l'apparition des premières pornstars. La plus emblématique est bien évidemment Brigitte Lahaie (lire notre article à son sujet ici) mais il serait dommage d'oublier les très sexy Claudine Beccarie, Martine Grimaud, Julia Perrin, Nadine Perles ou Richard Allan alias « Queue de Béton »...

Le cinéma "traditionnel" a récemment rendu hommage à ce cinéma porno de l'âge d'or, avec L'amour est une fête de Cédric Anger, avec Guillaume Canet et Gilles Lellouche.

La fin de la récré

Malheureusement, toute parenthèse enchantée à une fin et en 1975, une nouvelle loi qui classifie le porno comme « cinéma X » vient mettre un sérieux coup dans l'aile à cette belle émulation : les films sont sur-taxés, interdits au moins de 18 ans, ne bénéficient plus de subventions de l'État.... Cette re-ghettoïsation est le premier signe d'un déclin, déclin qui va se poursuivre jusqu'au milieu des années 80 et l'arrivée du porno en VHS. Un nouveau mode de consommation de la pornographie – individuelle et domestique – viendra alors définitivement supplanter ce cinéma « à la papa », mais ceci est une autre histoire que nous vous raconterons très prochainement...

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