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Le porno et la plume

Les porn stars écrivent : pendant ou après leur carrière, elles prennent la plume pour informer, témoigner sur les thèmes de la sexualité et de la pornographie. Journalistes, éditorialistes, biographes de leur propre vie, romancières, ces femmes racontent leur parcours dans le milieu du X pour dire leur vérité face aux accusations iniques et aux portraits partiaux.

Les anciens se souviendront avec émotion des chroniques sexo de Clara Morgane et Mélanie Coste dans FHM. Sacrée époque !
Car oui, les stars du porno sont souvent sollicitées dans la presse pour parler de cul. L’idée qu’elles seraient les mieux placées pour aborder le sujet du sexe n’est pas forcément vraie, mais elle est bien ancrée. Elles le sont pour discuter porno, tout du moins. En France ou aux États-Unis, les performeuses trouvent dans l’écriture une seconde carrière ou un job d’appoint pour se sortir un peu du train-train des threesomes et autres POV pour OnlyFans. Elles réclament à travers ces articles, ces livres leur réalité, leur vécu en parlant en premières concernées par le sujet.

Mémoires de jeunes filles pas rangées

Il y a les porn stars qui écrivent leurs mémoires. Pour une fin de carrière ou non, l’autobiographie attire les éditeurs par le côté sulfureux supposé d’années passées sur des plateaux de tournage et autres fêtes dépravées avec des grands de ce monde. Asa Akira, la fameuse performeuse, devenue égérie Pornhub, a sorti deux mémoires : "Insatiable: Porn–A Love Story" et "Dirty Thirty: A Memoir". Elle explore sa vie, sa relation à l’amour, au mariage, à la célébrité avec l’humour qu’on lui connaît. Ashley Blue, une vétérane du X de la décennie 2000, pionnière d’un porno féministe et hardcore avant l’heure a signé "Girlvert" sous son vrai nom Oriana Small. Presque une autobiogra-fist. Elle examine des années d’excès et d’amour, une réflexion sur la pornographie comme un art de performance.

Côté français, Céline Tran écrit de beaux passages sur sa vie et sa période porno sous le nom de Katsuni dans "Ne dis pas que tu aimes ça" aux éditions Fayard : une recherche de liberté sans compromis. Au Diable Vauvert publie "La Voie humide" de Coralie Trinh-Thi en 2007 et réédite l’ouvrage au mois de mars 2022. La performeuse et réalisatrice raconte avec style une histoire encore une fois marquée par la recherche de liberté. "J’assume" de Nina Roberts sonne comme un J’accuse. D’autres, comme Nomi, Raffaëla Anderson ou HPG ont essayé l’exercice de l’autobiographie et du témoignage. Dans le cas de Bebe Melchor-Kadior, elle publie en 2020, chez la Musardine, un manifeste féministe ponctué d’anecdotes personnelles, une profession de foi pour la liberté intitulée "Balance ton corps" Cette liberté, synonyme d'accomplissement, d'indépendance recoupe tous les parcours de ces femmes.

Journasluts et éditoriadicks

Les artistes du porno se tournent vers le journalisme pour des sites d’informations en ligne. La reconversion la plus réussie reste celle d’Aurora Snow. Sa carrière dans le porno terminée, l’inoubliable performeuse de l’âge d’or du gonzo américain, a trouvé une nouvelle voie dans l’écriture. Elle rapporte pour The Daily Beast nombre de faits marquants du milieu porno avec les voix de ses ex-collègues. Rien de mieux que quelqu’un qui s’y connaît pour parler d’un sujet. Aurora a d’ailleurs rédigé un article complet sur le thème qui nous occupe aujourd’hui.
The Daily Beast a recours à d’autres personnalités du X pour rendre compte de l’actualité. Cherie Deville est devenue une éditorialiste régulière de cette publication, ses opinions font du bien à lire. Kendra Sunderland, Maitland Ward, Alana Evans endossent également ce rôle de “columnist” à l’occasion.

Stoya écrit aussi, elle a publié pour Slate, Vice, The Verge et même le New York Times. L'icône du X répond au courrier du cul (et du cœur) et partage son avis d’experte depuis plus de dix ans. L’hilarante Missy Martinez bosse désormais pour Hustler, elle rédige des articles sérieux et drôles. Il faudrait d’ailleurs que le Journal du Hard l’engage pour enrichir ses pages. Elle discute avec ses pairs d’être à la fois meilleures amies et collègues, du goût du sperme, du porno fitness, de ce qui excite les porn stars et bien d’autres sujets passionnants.

L’écume des Jerk Off Instructions

Parfois, la performeuse porno se lance dans l’écriture d’une œuvre de fiction. L’exemple étalon (et unique) reste à ce jour Sasha Grey. Artiste accomplie, streameuse sur Twitch, Sasha publie "The Juliette Society", un roman sur une femme qui explore ses plus profonds désirs au travers d’une société secrète aux faux airs de Eyes Wide Shut. Trois tomes sont édités, 50 Shades of Grey n’a qu’à bien cravacher pour tenir le rythme.

Le porno et la plume vont de pair, vos performeuses préférées ne s’expriment pas seulement avec leur corps, elles partagent aussi leur profondeur avec des mots. La seule chose regrettable : elles semblent cantonnées à ne parler que de porno et de sexe. Il n’y a pas que le cul dans la vie, il ne faut pas l’oublier.

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