Aller au menuAller au contenu principalAller à la recherche

Quand les films X se mataient en cassette VHS

Posté par Jean François Frontera le 15 septembre 2020
Au début des années 80, plus les cinémas spécialisés se vident, plus les fentes de magnétoscopes se remplissent. Le porno s'installe alors discrètement dans les foyers et fait rimer VHS avec fesses. Retour sur une période où l'arrière-boutique des vidéos clubs était le lieu de passage obligé des amateurs/trices de sensations fortes
La bande magnétique

Comme nous avons pu le voir dans un précédent article, l'âge d'or de la pornographie française connait un net déclin après « la loi de 1975 », classifiant ce genre comme « cinéma X ». S'en suit un ensemble de restrictions (surtaxation, perte des subventions, etc...) qui renvoie le porno dans les marges de la ghettoïsation culturelle. Ainsi, jusqu'en 1981, on assiste à une véritable hécatombe des salles spécialisées, leur nombre passant de 200 à 72. Est-ce la fin programmée du film de cul ? Que vont donc devenir ces millions de branleurs et branleuses orphelins des « boulards » sur pellicule 35 mm ? Seront-ils irrémédiablement condamnés à exercer leurs talents sur les pages lingerie de La Redoute ? Non point, non point car le porno comme la nature a horreur du vide et migre progressivement sur un nouveau support inventé en 1976 au Japon  : la cassette VHS (pour Vidéo Home System). Cette innovation permet à l'industrie du X d'échapper aux visas d'exploitation et aux contraintes légales, tout en démocratisant un nouveau mode de consommation plus discret, personnel et domestique. La VHS pénètre les marchés européens à la fin des années 70, et l'histoire retiendra que c'est Marc Dorcel qui tourne le premier film porno sur ce format en 1979. Sobrement appelée Jolies petites garces, cette production de 53 minutes est alors distribuée dans les sex-shops pour la somme assez élevée de 500 francs. Le succès est cependant au rendez-vous puisque les 4000 copies se vendent comme des petits pains. L'histoire d'amour entre le X et la VHS ne fait alors que commencer...

Une seconde génération de pornstars

Une légende urbaine raconte que la pornographie et la VHS s'entendirent si bien qu'ils coulèrent à eux deux le format Betamax (un standard concurrent crée par Sony), qui avait une meilleure qualité d'image mais une capacité d'enregistrement limitée (à peine une heure). Cette légende est fausse mais illustre assez bien l'Eldorado que représente la cassette vidéo pour le porno puisque ce business va peser plus de 2 milliards d'euros à la fin des années 80. Au centre de cette économie, le vidéo-club devient alors le nouveau lieu de rendez-vous pour tous les amateurs de films cochons et les cassettes s'y louent ou s'y vendent souvent dans un espace réservé en arrière boutique. Signe de cette époque, les jaquettes et les titres des films rivalisent d'imagination pour teaser l'oeil du client, avec des petites perles comme Tous les trous sont permis (1987), À l'école du trottoir (1982) ou L'Aubergine est bien farcie (1981) (voir à ce sujet l'excellent livre Rayon X de Claude Gaillard et Guillaume Le Disez). Niveau scénaristique, ces films n'ont certes plus l'exigence de ceux du Golden Age mais leurs pitchs tiennent encore fièrement la route. Plus important encore, le porno VHS offre à l'Humanité toute une pléthore de pornstars dites de « seconde génération ». Crèvent ainsi les tubes cathodiques des téléviseurs : la très fatale Marylin Jess, la magnifique Zara White (il faut absolument la voir dans Rêve de cuir, 1991), l'excentrique Cicciolina, l'explosive Tabatha Cash, l'iconique Julia Channel, la généreuse Élodie Chérie, le gigantesque Rocco Siffredi, le fougueux HPG... (sans oublier les américaines Traci Lords, Veronica Hart ou Porsche Lynn). Ajoutons également que CANAL PLUS, en diffusant pour la première fois à la télévision française un film X en juillet 1985 (et en lançant le JDH en 1991) est un soutien précieux pour ce milieu encore très (et trop) stigmatisé.

VHS : DCD

De début 80 à la moitié des années 90, le porno VHS vit sa plus belle vie et inonde les vidéothèques de productions US, italiennes, allemandes, françaises, hongroises... La profusion de titres se fait parfois au détriment de la qualité, ce fourmillement de créativité mi-kitsch mi-hardore traduit cependant une excellente santé de l'industrie, rémunérant convenablement producteurs, réalisateurs, acteurs/trices et patrons de vidéo-clubs. Mais la vie est un éternel changement et déjà pointe du bout de son nez la révolution numérique qui clouera à coup de bits le cercueil de la cassette VHS. En 1995, le DVD ringardise définitivement ce format et l'envoie prendre sa retraite dans la poussière des greniers. La pornographie s'ouvre alors à une nouvelle ère. Et ceci est une autre histoire que vous nous raconterons très prochainement.

------------------------------------------------------------------------------------------------------

Toutes les vidéos du Journal du Hard sont disponibles sur myCANAL

Suivez Le Journal du Hard sur :

Facebook

Twitter