1985, la grande série belge sur les tueries du Brabant
Projetée en compétition au festival CANNESERIES 2022, cette série d'époque nous plonge dans les années de plomb de la Belgique, marquées par une grande violence et notamment par les meurtres commis dans la province de Brabant. Mais outre sa dimension politique assumée, 1985 est aussi une magnifique série sur le passage à l'âge adulte et la fin de l'innocence.
Une affaire mystérieuse jamais élucidée
Ce sont des événements dramatiques qui ont traumatisé la Belgique, et pour de bonnes raisons. Pendant la première moitié des années 1980, un mystérieux trio terrorise le pays en braquant principalement des supermarchés et surtout en laissant des dizaines de victimes dans son sillage (28 morts et 22 blessés physiques).
Et aussi incroyable que cela puisse paraître vu de France, près de quarante ans après les faits, on ne sait toujours rien sur l'identité des tueurs et leurs motivations, ce qui signifie que personne n'a été poursuivi en justice jusqu'à présent dans cette affaire. C'est dans ce contexte particulièrement lourd qu'évoluent les trois personnages principaux (fictifs) de 1985, des jeunes qui ont la malchance d'entrer dans la vie adulte quand le pays part en vrille.
Franky et son meilleur ami Marc s'engagent dans la gendarmerie, où ils découvrent vite un univers violent, viriliste et surtout gravement corrompu, tandis que la sœur de Franky (Vicky) mène des études de droit et anime en parallèle une radio musicale pirate. Ils sont plutôt conservateurs, elle est plutôt progressiste, et ils ne peuvent que s'opposer et s'éloigner.
Mais la brutalité de la réalité rattrape tout le monde sans distinction : 1985 est d'abord une série sur la perte de l'innocence et des illusions de la jeunesse après la confrontation avec les horreurs de la vie adulte et des tueries de Brabant, qui touchent de près les personnages.

Une série politique qui fait écho à aujourd'hui
Et face à un système politique qui perd la confiance de ses citoyens, les groupes d'extrême-droite se renforcent et menacent les institutions démocratiques du pays. Car même si ce n'est pas officiellement confirmé, la thèse la plus courante sur les tueries de Brabant est qu'elles sont l'œuvre d'un terrorisme d'extrême-droite visant justement à effrayer la population pour renforcer les pouvoirs répressifs de la police.
C'est aussi ce que semble nous dire 1985, qui met en scène de nombreux personnages réels de l'époque, dont les anciens flics Madani Bouhouche et Robert Beijer, virés de la police, liés à l'extrême-droite, auteurs de plusieurs crimes et souvent cités dans l'affaire des tueries de Brabant.
Et puisque l'on évoque la réalité, il faut souligner que la série attache un soin tout particulier à la reconstitution de cette époque très sombre mais méconnue en France, où la population belge craignait d'aller faire ses courses au supermarché…
L'excellente bande-son très post-punk de 1985 fait aussi écho à ces années de plomb, de même que l'étalonnage, l'éclairage et la photographie, qui participent grandement à la création d'une ambiance angoissante au possible, d'autant que la série ne recule pas non plus devant une représentation assez viscérale de la violence. Comme son sujet, cet aspect formel la rapproche d'ailleurs beaucoup de Carlos (2010), la remarquable minisérie d'Olivier Assayas (CANAL+), un compliment qui vaut cher.
Mais du rôle de la police au traumatisme des attentats en passant par une jeunesse désabusée et la montée de l'extrême-droite, 1985 semble faire curieusement écho à aujourd'hui.
Sa création même ressemble à un acte politique, puisqu'il s'agit de la première série coproduite par la RTBF et la VRT, les chaînes publiques wallonnes et flamandes respectivement. Conséquence créative heureuse de ce partenariat : la série affiche un casting où le néerlandais et le français se mélangent en toute fluidité, sans doublage. Et ce n'est sûrement pas un hasard.

1985 épisodes 1 à 8, diffusés à partir du 3 juillet sur CANAL+.



