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À table : pourquoi Hannibal est déjà une série culte

Posté par Alexis Lebrun le 15 septembre 2021
Disparue de nos écrans depuis plusieurs années, la série de Bryan Fuller est de nouveau visible sur CANAL+. L’occasion de rappeler pourquoi Hannibal est sans conteste – et au minimum – l’une des meilleures séries des années 2010. Allez, il est l’heure de passer à table avec ce cher Docteur Lecter.
Pour Mads Mikkelsen, évidemment

C’est un fait rarement contesté : l’acteur danois est l’un des visages les plus charismatiques de sa génération. On peut débattre longtemps pour déterminer qui interprète le mieux Hannibal Lecter entre Anthony Hopkins et lui, mais une chose est sûre : ce rôle est pour beaucoup dans la réputation actuelle de Mads Mikkelsen. Dans l’adaptation en série de Bryan Fuller, le Hannibal qu’il incarne est un personnage d’autant plus perturbant que c’est une sorte de dandy suave et charmeur : toujours tiré à quatre épingles et très distingué dans ses manières, sa prestation est aussi subtile que glaçante.

La précision avec laquelle il prépare ses plats élaborés à base de chair humaine est un spectacle à part entière, et il faut voir avec quelle délicatesse il se délecte ensuite de chaque bouchée. Mais il serait injuste de ne mentionner que Mads Mikkelsen, car si Hannibal fonctionne aussi bien, c’est grâce au duo que le cannibale le plus célèbre du monde forme avec le profileur surdoué mais très perturbé du FBI, Will Graham, formidablement interprété par le britannique Hugh Dancy.

Pour le sous-texte très gay

Rappelons-le, au début de la série, le psychiatre Hannibal Lecter est appelé à la rescousse pour travailler avec Will Graham car ce dernier est tellement doué pour se mettre dans la tête des tueurs en série que cela a de sérieuses conséquences sur sa santé mentale et ses rapports avec les autres. Cette relation de travail très spéciale est aussi une partie de cache-cache puisque Lecter est lui-même un redoutable serial killer, ce qui donne bien sûr lieu à des passes d’armes verbales toujours très savoureuses entre ces deux personnages intellectuellement brillants.

Au fil des trois saisons, les rapports entre Hannibal et Will évoluent aussi beaucoup : le premier tente d’abord d’utiliser à son avantage la fragilité psychologique du second pour qu’il devienne à son tour un tueur psychopathe, mais la suite des événements est nettement plus dingue. Sans spoiler, on peut dire que Bryan Fuller a réussi à introduire subtilement tout un sous-texte très queer dans les relations entre les deux personnages. Etant lui-même gay, le créateur de la série a réussi à éviter l’écueil du « queerbaiting » : plus on avance dans Hannibal, et plus ce sous-texte homoérotique devient explicitement revendiqué par le scénario. On ne vous dit bien sûr pas comment cela finit, mais sachez que la conclusion donnée à cette histoire à la fin de la série est de toute beauté. Et dans Hannibal, la beauté correspond rarement à ce que l'on imagine généralement.

Pour le festin offert aux yeux et aux oreilles

Hannibal est une série miraculée. Pendant trois saisons, elle a réussi à se maintenir sur une grande chaîne américaine (NBC) malgré des audiences faibles et des épisodes d’une violence parfois inouïe. Mais surtout, la série de Bryan Fuller n’a rien à voir avec les « police procedurals » qui mettent habituellement en scène des tueurs en série. Hannibal est une œuvre cérébrale, psychologique voire métaphysique, mais on peut aussi simplement l’apprécier pour son esthétique et l’expérience sensorielle qu’elle propose. Des décors aux costumes en passant par l’éclairage, le design sonore (ces bruits de mastication !) ou encore la musique, toute la production de la série est chiadée jusque dans les moindres détails.

La réalisation et la composition des plans ne sont pas en reste non plus : certaines scènes particulièrement sanglantes sont de véritables tableaux qui vous hanteront longtemps, et que dire du travail visuel réalisé sur les palettes de couleurs ou les plats préparés par Lecter ? Hannibal n’est pas non plus une série où le gore est gratuit : elle offre au public une imagerie propre à être analysée : d’innombrables références et easter eggs se cachent dans les épisodes et les relient entre eux, pour le plus grand bonheur des communautés de « Fannibals » réunies sur les réseaux sociaux, et qui enchaînent les visionnages à la recherche de nouveaux clins d’œil. C’est d’ailleurs exactement ce que l’on vous recommande de faire : en attendant une hypothétique quatrième saison espérée depuis l’annulation de la série en 2015, la (re)découverte de l’ensemble parfait formé par les trois premières s’impose. Croyez-nous, vous allez vous régaler.

Hannibal saisons 1 à 3, disponibles sur CANAL+.