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Cimetière Indien : quand les fantômes de la guerre d'Algérie ressurgissent

La nouvelle création originale de Canal+ explore avec finesse les traumatismes non résolus de la guerre d'Algérie et leur persistance dans la France contemporaine, à travers un polar haletant qui fait dialoguer passé et présent autour d'enquêtes criminelles liées par d'invisibles fils.

Un polar à double temporalité

Dans la petite ville fictive de Peranne, en périphérie de Marseille, deux enquêtes criminelles se font écho à trente ans d'intervalle. En 1995, Lidia Achour (Mouna Soualem), jeune recrue ambitieuse de l'anti-terrorisme, est envoyée pour enquêter sur le scalp d'un imam aux côtés de Jean Benefro (Olivier Rabourdin), gendarme désabusé hanté par son passé en Algérie. Dans le présent, l'ancien maire de Peranne est assassiné, tandis que Jean disparaît mystérieusement. La série, créée par Thomas Bidegain et Thibault Vanhulle, tire son titre d'une expression qui désigne "le refoulé de l'Histoire" – ces traumatismes que l'on croit enterrés mais qui finissent toujours par ressurgir. "Le Cimetière indien, ce sont les fantômes que l'on pense avoir conjurés pour de bon. Mais les fantômes ne meurent pas et ils continuent à nous hanter", explique Vanhulle. Dans cette France qui a longtemps maintenu sous silence les traumatismes de la guerre d'Algérie, la série plonge dans les zones d'ombre où se cachent d'anciens criminels et leurs victimes silencieuses.

Des destins croisés qui racontent la France

Cimetière Indien déploie un dispositif temporel audacieux, entrecroisant 1995 et notre présent comme les fils d'une même tapisserie historique. Les personnages évoluent sur ces deux lignes de temps, révélant peu à peu leurs transformations et leurs secrets. Outre Lidia, devenue haute fonctionnaire, et Jean, dont la disparition déclenche l'intrigue contemporaine, la série suit également Adrien Caron (Denis Eyriey), nouveau lieutenant à Peranne chargé de l'enquête sur la mort du maire, Karen (Marina Dol), petite-fille de Jean, et Mehdi (Kamel Mahjoubi), qui a passé des années en prison pour un crime qu'il a toujours nié avoir commis. Le récit est rythmé par les actions vengeresses de Nicolas/Willy Crusher (Idir Azougli), dont le destin tragique est intimement lié aux événements de 1995 et au mystérieux groupe Patria Nostra, composé d'anciens militaires d'Algérie. "En 1995, on parlait de la France Black, Blanc, Beur. On nous disait que l'Histoire était achevée", rappelle Vanhulle. "C'est peut-être les promesses de cette époque que nous avons voulu confronter à notre réalité actuelle. Que s'est-il passé en trente ans ?"

Une œuvre qui interroge notre responsabilité collective

Au-delà de son intrigue policière tentaculaire, Cimetière Indien porte une ambition plus large : nous interroger sur notre responsabilité collective dans la fabrique du monstre, comme le souligne son co-créateur. La série, réalisée par Stéphane Demoustier (épisodes 1-4) et Farid Bentoumi (épisodes 5-8), ne se contente pas d'explorer les conséquences individuelles du trauma mais questionne les mécanismes sociétaux qui perpétuent les violences. Le parcours de Nicolas, enfant kidnappé en 1995 et élevé dans la haine par l'un des auteurs d'un crime raciste, illustre comment les blessures non soignées peuvent engendrer de nouvelles atrocités. L'image troublante de "l'Infernet", zone aux terres rouges qui revient comme un leitmotiv visuel, symbolise ces feux souterrains qui couvent toujours sous la surface paisible du présent. "Ici, on ne regarde pas le soleil en face. La vérité non plus", annonce le slogan de la série, résumant cette plongée sans concession dans notre Histoire collective. En huit épisodes de 52 minutes, la série propose ainsi une réflexion puissante sur ce que signifie vraiment faire face à son passé – tant pour les individus que pour une nation entière.

Cimetière Indien est disponible sur CANAL+