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De la musique à l'argot policier, Engrenages, c'est aussi une histoire de style

L’habillage sonore, le réalisme (jusque dans le jargon des commissariats), les décors naturels… En attendant la saison 8, décryptage du style Engrenages en quelques points essentiels.

Les décors

Le Paris (ou plus exactement, le Grand Paris) d’Engrenages ne ressemble à aucun autre. Au-delà du Palais de justice, du commissariat, du métro ou des rues parisiennes, c’est celui de la banlieue, de la Seine-Saint-Denis, mais pas seulement.

Un Grand Paris de tous les jours, reconnaissable mais si peu montré dans la fiction, entre quartiers urbains et péri-urbains, cités et banlieues pavillonnaires, terrains vagues et centre-ville, qui s’étend des zones commerciales de Rosny-sous-Bois au canal de l’Ourcq, de la gare de Ris-Orangis à la cité Cordon à Saint-Ouen, de la Croix de Chavaux de Montreuil aux tours Mercuriales de Bagnolet, des entrepôts d’Aubervilliers à la prison de Réau (Seine-et-Marne)…

Autant de décors urbains naturels dans lesquels évolue tous les jours le 2e DPJ, entre filoches, planques et course-poursuites.

La noirceur

Polar oblige, Engrenages nous plonge dans des abîmes sans fond, braquant un projecteur sur la société et ses dysfonctionnements à tous les étages, de la petite délinquance à la voyoucratie en col blanc.

Il y a la misère humaine, la déscolarisation, les squats surpeuplés, les logements insalubres, les prisons, le chômage, les hôpitaux psychiatriques, les foyers pour jeunes, les centres de repos pour policiers en burn-out.

Même pas de serial killers récurrents : la violence d’Engrenages est souvent celle, plus banale (mais pas moins dévastatrice) du quotidien. Avec ses personnalités brisées, ses bandes de filles livrées à elles-mêmes, ses ripoux.

Un environnement dont Laure Berthaud et ses coéquipiers doivent bien s’accommoder, même quand ils trouvent la tête coupée d’un collègue ou tombent sur des cafards durant une fouille…

La musique

La patte Engrenages, c’est aussi sa musique si caractéristique, qui a évolué au fil du temps, tout en restant proche des débuts : le générique est quasiment le même qu’il y a quinze ans (et il n’a pas pris une ride).

Celui-ci, éloigné des codes habituels des musiques des polars français, a été composé par Stéphane Zidi. Lequel a ensuite légèrement modifié l’orchestration (composée notamment avec des cloches balinaises), avant de revenir aux basiques.

Les notes, carillonnantes, tourbillonnent et semblent peu à peu former l’image de rouages qui se mettent en place… La musique accompagne ensuite les soubresauts de l’intrigue, restant dans ce même registre mystérieux, avec des instruments inhabituels, comme le gamelan (ensemble traditionnel des musiques javanaise et sundanaise).

En bref, Engrenages n’aurait pas du tout le même visage sans son habillage sonore.

Le jargon

« Soum » (« sous-marin », camionnette de surveillance), « filoche »… Les flics d’Engrenages ne sont pas vraiment guindés : ils utilisent entre eux un langage des plus savoureux, sans façon. Ils appellent par exemple les jeunes voleurs à la tire des « crapauds » (ils font toujours « tu veux côa, côa ? »).

Laure Berthaud n’est bien sûr pas en reste, saluant ses collègues d’un « ça sent le fennec, ici » matinal. Mais le vrai spécialiste, c’est sans doute le regretté commissaire Herville, qui appelle les suspects les « zigs » ou les « prix Nobel », et ses hommes « couillon ».

Tout en étant l’auteur de pépites comme : « Les emmerdes c’est comme le papier cul, on tire une feuille, y’a tout le rouleau qui vient ». Et qui définissait son métier de policier comme suit : « On vide un océan de merde à la petite cuillère. » Tout simplement.

Engrenages, saison 8, en septembre sur CANAL+.