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Delete Me, la série choc sur les ravages du revenge porn

Posté par Alexis Lebrun le 16 juin 2021
Venue de Norvège, cette mini-série en sept épisodes nous plonge dans le quotidien infernal d’une jeune femme dont la vie bascule après la diffusion d’une sextape où elle apparaît. Terriblement d’actualité, Delete Me prend aussi le risque d’une narration et d’une réalisation peu conventionnelles.
Spring break norvégien

C’est une institution qui marque la fin du lycée en Norvège. Sorte d’équivalent du célèbre spring break américain, le « Russefeiring » consiste en gros pour les jeunes norvégiens à abuser de toutes les substances imaginables pendant près d’un mois. C’est dans ce cadre que prennent place les événements dramatiques de Delete Me. Deux jeunes amies et championnes norvégiennes de natation synchronisée (Marion et Marit) s’apprêtent à passer un test décisif pour avoir la possibilité de partir à Miami après le lycée, mais la participation de Marion à un plan à trois filmé et diffusé sur le web bouleverse totalement ce plan.

Victime de slut-shaming et marginalisée au lycée, Marion est également harcelée sur son téléphone et au quotidien sur son lieu de travail. Ne sachant pas qui est responsable de la diffusion de la vidéo, elle trouve de l’aide auprès d’une hackeuse qui n’hésite pas à recourir à des méthodes radicales pour parvenir à ses fins et trouver l’identité du coupable. Parallèlement, l’amitié entre Marion et Marit est mise à rude épreuve par cette affaire, qui se termine de façon tragique. Ce n’est pas un spoiler de le dire, puisque Delete Me fait le choix audacieux de montrer cet épilogue dès la scène d’ouverture du premier épisode. Et ce n'est pas le seul pari osé de la série de Marie Kristiansen sur le plan formel…

Chronologie inversée

On vient de le dire, Delete Me s’ouvre sur un drame qui est en fait la conclusion de la série. Cela signifie que l’histoire est racontée à l’envers : on remonte au fil des épisodes l’engrenage de la dislocation progressive de l’amitié entre Marion et Marit, et les événements qui précèdent et suivent la diffusion de la sextape. Mais il faut bien attendre le septième et dernier épisode logiquement intitulé Seven/one pour avoir le fin mot de l’histoire. Bien sûr, un tel choix narratif oblige à suivre chaque épisode avec une attention de tous les instants – d’autant plus que des flashbacks dans les pensées des personnages viennent encore complexifier l’ensemble – mais la construction imaginée par la scénariste Marie Kristiansen est gratifiante à démêler pour peu que l’on aime s’investir pleinement dans le visionnage d’une série.

Et ce n’est pas tout. Très inspirée par Euphoria (OCS) et bien aidée par une photographie soignée, la réalisation de Delete Me multiplie les close-ups et nous plonge au plus près du bad trip de ses deux héroïnes, coincées dans un engrenage fatal et dans des fêtes qui déraillent sérieusement, mais dont les personnages ne veulent surtout pas être exclus. Car au-delà des problématiques très actuelles des agressions sexuelles, du revenge porn, du slut-shaming et de toutes les formes de harcèlement, Delete Me s’attaque aussi aux bizutages et autres rites de passage du Russefeiring, qui profitent de ce moment de fragilité de l’adolescence où l’on veut absolument être accepté au sein du groupe. Notez enfin que si Amalia Holm (Motherland: Fort Salem) et Thea Sofie Loch Næss (The Last Kingdom sur Netflix) brillent dans les deux rôles principaux, la série contient aussi sont lot de scènes particulièrement éprouvantes pour illustrer la gravité des thèmes qu’elle aborde.

Delete Me épisodes 1 à 7, disponibles à partir du 18 juin sur CANAL+.