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Interview d'Aisling Bea et Sharon Horgan, héroïnes de la série This Way Up

Posté par Alizee Guigliarelli le 30 novembre 2020
Avec This Way Up, série aussi touchante qu'hilarante, la créatrice et actrice principale Aisling Bea met en lumière au travers de son personnage, un sujet peu abordé à l'écran, celui de la santé mentale. Interview croisée avec Sharon Horgan, actrice et productrice de la série.

Aisling, vous êtes à la fois actrice et réalisatrice de This Way Up. Pouvez-vous nous en dire plus sur la série ?

Techniquement, c'est une comédie sur la solitude, mais cela n'est pas très vendeur. La romance au cœur de la série, c'est la relation entre deux sœurs. Ce que je voulais faire, c'est une série, non pas sur quelqu'un qui s'effondre, mais sur un personnage déjà abattu qui remonte la pente, avance sur le chemin de la guérison. Et je voulais montrer combien cela peut être difficile et chaotique d'aller mieux et de maintenir cet état. Et cela n'était pas nécessaire de le faire de façon larmoyante, les gens traversent les épreuves avec humour. Il s'agit aussi de la famille, de la solitude, des marginaux, des immigrés et comment nous pouvons tous nous sentir marginal, étranger de temps à autre. La série démarre juste après la dépression nerveuse de Aine et ça parle de son difficile chemin vers la guérison.

Cela vous a-t-il inquiété d'aborder un sujet aussi sensible ?

Aisling Bea : Ce sujet ne m'est pas inconnu et je ne le fais pas parce que c'est un "sujet brûlant". Vous savez, quand vous êtes indépendant et que vous gardez toutes vos factures pour votre comptable... Je me demande toujours : " Pourrais-je justifier cette dépense devant un tribunal ?" "Oui, ce thé était pour le boulot". Un autre jour, je me dis, que cette course de taxi ne pourrait pas être justifiée, j'allais voir un ami. Avec ce projet, j'ai le sentiment qu'il n'y a rien que je ne puisse pas justifier. Il n'y a rien que j'y ai mis qui ne soit pas réfléchi. J'ai vraiment tenu à être juste - je n'y suis peut-être pas tout le temps parvenue mais j'ai vraiment essayé. Rien n'y est mis avec irrévérence, mais beaucoup de choses ont été traitées avec humour, enfin j'espère.

Sharon Horgan : Oui je pense qu'il faut prêter attention à la justesse du traitement surtout en ce qui concerne les maladies mentales. La série Catastrophe remuait ces sujets et cela me rendait un peu nerveuse. Mais j'ai senti que si vous les approchiez avec un point de vue juste, que c'était quelque chose qui vous était authentiquement arrivé, que vous aviez du recul et de l'expérience, j'ai fini par me dire que cela ne pouvait pas mal tourner. [...]

 

Dans la série, vous êtes sœurs et dans la vie quotidienne vous êtes des amies très proches. Vous avez déjà eu ce même type de rôle auparavant, n'est-ce pas ?

A.B : Oui, la première série dans laquelle nous avons joué ensemble s'appelait Life Stories. Il s’agissait d'un pilote de sitcom qui a fini par s'appeler Dead Boss. Et un an plus tard, ce pilote est devenu une série. Nous avons eu immédiatement le coup de cœur puis nous avons commencé à écrire un film ensemble. Je l'admire d'une manière très fraternelle. C’est quelqu’un que j’apprécie énormément. Je suis fan et j'adore la faire rire. Son rire bien gras est tellement gratifiant. [...] Alors, je me surprends à essayer de la faire rire en pensant :  "Qu'est-ce que je vais faire ? Je pourrais mettre ça comme un chapeau ?" C’est vraiment l'état d'esprit dans lequel je suis avec Sharon, très différent de celui avec ma vraie sœur.

S.H : Elle a en effet joué ma sœur dans une série que j'ai réalisée pour la BBC il y a des années, intitulée Dead Boss. C’était complètement différent. Dans This Way Up, mon personnage est une grande sœur sensible, protectrice et maternelle. C'était assez difficile à jouer car je ne l’avais jamais fait auparavant. Mais pour moi, la série raconte vraiment l'histoire d'Aisling. C'était à elle de décider comment elle voulait l'écrire, et bien sûr nous l'avons développée ensemble, et nous avons passé autant de temps que possible à travailler dessus. En fin de compte, c'est elle qui a décidé de la façon dont elle voulait que les personnages soient représentés, je me suis contentée de faire ce qu'elle attendait et j'ai essayé de faire de mon mieux.

Ce qui vous unit aussi sur ce projet c’est la société de production Merman qui appartient à Sharon. Est-ce que, par moments, l'amitié n’entre pas en conflit avec le côté professionnel ?

A.B : Je ne pense pas qu’il y ait eu de difficultés à ce niveau-là, car je dois dire que nous sommes tous professionnels. Et nous sommes très respectueux les uns des autres. [...] Il y a une ligne en place et ça nous protège.

S.H : Oh oui. Sans aucun doute. Je pense que c’est déjà difficile de réaliser une série pour la télévision. C'est très stressant, il y a toutes sortes de problèmes auxquels il faut faire face. Cela peut être vraiment éprouvant. Même avec toute la bonne volonté du monde, ça peut nous mettre à rude épreuve. Mais je crois que nous nous en sommes plutôt bien sortis. Le plus important, en dehors du fait que l'amitié est au cœur du projet, c'est de s'assurer du meilleur résultat possible. Cela demande beaucoup de travail, il peut y avoir de la fatigue aussi, mais nous en sommes globalement tous heureux au final.

Aisling, ce qui caractérise votre personnage Aisne, c'est l'humour. Parfois on a l’impression qu’elle ne peut pas s’en empêcher…

A.B : [Rires] C'est vrai, je me demande d'où ça vient ! C'est sa manière de fonctionner et j'ai vraiment ça en commun avec Aisne. J'adore faire des blagues de merde "à la papa"... Plus sérieusement, dans la série, je ne pense pas que l’humour soit un problème. Au contraire, je pense que c'est ce qui lui permet de s'en sortir. Les gens la trouvent drôle. Et personnellement, j'aime voir le monde à travers les yeux de gens drôles. La plupart des personnes de mon entourage sont super drôles et c'est ce que je voulais montrer. C’est grâce à l’humour que l’on peut aborder le sujet de la santé mentale dans la série, avec légèreté. […] Beaucoup de gens, d'après moi, se servent de l’humour pour surmonter des périodes difficiles.

S.H : Aisling n’est pas seulement drôle, c’est une actrice extraordinaire. Et je pense que c'est ce qui va faire décoller la série. Bien sûr, elle joue depuis des années mais les gens la connaissent surtout pour ses stand-ups et des émissions TV. Je pense que ce sera une véritable révélation. Elle a joué de grands rôles et participé à de très beaux projets. Mais le fait d'être l'auteure de cette série est une manière de montrer l'étendue de ses talents. Elle a écrit ce qu'elle sait faire de mieux.

 

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