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Interview de Russell T Davies, le créateur de la série It's A Sin

Posté par Alizee Guigliarelli le 2 mars 2021
Scénariste et producteur multirécompensé aux BAFTA, Russell T Davies est de retour avec une mini-série suivant l’histoire d’un groupe d’amis à travers les années 80. Avec It’s A Sin, il met en lumière un sujet peu abordé à l’écran : l’histoire du sida en Grande-Bretagne.

Cette série est-elle l’un de vos projets les plus personnels à ce jour ?

Effectivement, c’est sûrement le cas. Avant de commencer à écrire, je n’avais pas réalisé à quel point la série reflétait ma propre vie : j’avais 18 ans en 1981. Je n’ai pas vraiment eu besoin de chercher les références culturelles, les chansons, les émissions télévisées ou la mode de l’époque puisque j’ai vécu tout cela. Je pense que tout ce que j’écris est personnel. Cela dit, je suis aussi proche du personnage de Rose Tyler (Doctor Who) et pourtant elle évolue dans un univers très différent, mais effectivement, c’est une manière d’écrire que j’ai développée depuis de longues années.

Il n’y a pas encore eu de série de cette ampleur racontant la crise du sida du point de vue anglais…

Oui, je voulais voir la perspective britannique. Elle existe dans des films comme Pride, et tout un ensemble d’œuvres : The Inheritance et Angels in America comptent parmi les plus belles pièces qui aient été écrites, avec The Normal Heart, il y a le merveilleux film Holding the Man, et London Spy offre une scène de diagnostic du VIH incroyable. Je voulais vraiment trouver ma propre place à côté de ces créations, ne pas répéter ce qui avait été fait mais arriver avec des idées nouvelles n’est finalement pas le plus important. Ce sont des histoires comme celles-ci qui ont besoin d'être répétées encore et encore. J’ai tout à fait conscience que les jeunes générations ne connaissent rien à cette partie de notre histoire. Soyons honnêtes, ceux qui ont vécu cette période n'en savent rien non plus, sans compter ceux qui ont préféré oublier cette époque si pénible, et je ne les blâme pas. Il s'agissait donc pour moi de trouver ma place dans ce contexte. Il est terrible, délicat, mais c’est un honneur d’écrire sur ce sujet.

Avez-vous été inspiré par des personnes que vous connaissiez et votre propre expérience ?

Oui, la série est précisément inspirée par une de mes amies, Jill Nalder, qui a été une telle inspiration que je ne pouvais même pas changer son nom dans cette version fictive. D’ailleurs elle joue le rôle de la mère de Jill à l'écran, ce qui est un véritable honneur. Jill était beaucoup plus active que moi, elle passait bien plus de temps dans les services de malades du sida au chevet des mourants. Et c'est pour cela que je l'aime.

Avez-vous fait beaucoup de recherches ?

Oui, la série a fait l'objet de recherches approfondies. Bien sûr, j'ai parlé aux organisations caritatives. Je suis parrain du George House Trust à Manchester, la plus grande association du Nord-Ouest de l’Angleterre sur le VIH et le SIDA. Ils ont les retranscriptions de tous les appels qu’ils recevaient dans les années 1980. J'en ai donc mis une partie à l'écran. J'ai parlé à beaucoup d'amis ainsi qu’à beaucoup de médecins que ce soit pour les faits ou les anecdotes. Mais c'était surtout un devoir de mémoire, car j'étais là, j'ai connu ces gens et je les aimais. Il était temps que j’écrive sur eux.

Les thèmes de la famille, de l'amitié, de la communauté et de l'identité traversent ce récit. Est-ce important pour vous que la série s’adresse à des publics d'horizons très variés ?

Absolument ! Au fond, It's A Sin, c'est un groupe de personnes qui quittent leurs parents et font ce que nous faisons tous : construire notre propre famille. Une famille faite d'amis, d'amis d'amis… Quand on écrit une série sur la mort, elle n'est que le point final, et il faut écrire tout ce qui vient avant.

Malgré la thématique difficile, It's A Sin conserve un ton optimiste : pourquoi avoir voulu montrer cette joie de vivre ?

Il y a déjà des oeuvres qui traitent du sujet de manière différente : si vous voulez vous mettre en colère, lisez The Normal Heart. La colère de Larry Kramer a sauvé des vies, changé les politiques et participé à une prise de conscience collective. C'est un homme extraordinaire. De mon côté, ma force est de créer des familles, des amitiés, de la joie et de l'amour. J’essaye de trouver de la joie même dans les circonstances les plus sombres. Et je crois que j'y suis parvenu, j'en suis très fier.

It's A Sin, une série Hello avec CANAL+, disponible dès maintenant en intégralité.