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It’s a Sin, la série queer événement sur les ravages du sida

Posté par Alexis Lebrun le 1 mars 2021
Après avoir battu des records en Grande-Bretagne, la nouvelle création du génial Russell T Davies vient rappeler la réalité effroyable de l’apparition de la maladie au début des années 1980. À l’image de ce que la mini-série suédoise Snö avait réalisé pour Stockholm, It’s a Sin est aussi une bouleversante déclaration d’amour à la communauté gay flamboyante du Londres de l’époque.
Smalltown boys

Ils s’appellent Ritchie, Roscoe et Colin, et tous sont étouffés par le conservatisme voire l’homophobie de leurs familles respectives. Ces trois jeunes adultes posent donc leurs bagages à Londres au début des années 1980 dans l’espoir de pouvoir enfin assumer et vivre pleinement leur homosexualité, car la ville grouille déjà de repères où les membres de la communauté gay peuvent se retrouver. À défaut de pouvoir faire son coming out auprès de ses parents réactionnaires, Ritchie leur annonce qu’il arrête ses études de droit pour privilégier le théâtre et essayer de devenir comédien.

Roscoe doit lui carrément fuir sa famille qui le renie et prévoit de le ramener au Nigeria pour « soigner » son homosexualité, et il est heureusement aidé par sa sœur qui craint fort qu'il soit tué dans son pays d’origine en raison de son identité sexuelle revendiquée. Quant à Colin, c’est un Gallois très timide qui travaille en tant qu’apprenti chez un tailleur. C’est là qu’il fait la connaissance et se lie d’amitié avec un couple gay installé, mais qui disparaît mystérieusement du jour au lendemain. Et pour cause : ses deux membres sont tombés malades de ce que l’on appelle alors un « cancer », et dont on parle à peine dans les journaux. C’est le début de l’épidémie de sida qui va avoir des conséquences importantes sur la vie des personnages, et que l’on suit pendant une décennie dans It's a Sin, jusqu’à l’année 1991.

Un projet très personnel de Russell T Davies

Les fans de séries ne seront pas étonnés d’apprendre que le scénariste et producteur gallois est derrière It’s a Sin, une série qui a d’abord été refusée par la BBC puis par ITV en raison de son sujet, et qui contient de très nombreuses scènes de sexe très explicites – orgies comprises – ainsi que des passages extrêmement durs sur les malades du sida. Pour sensibiliser notamment le jeune public à cette période très sombre qui reste très peu représentée et donc assez méconnue aujourd’hui, la série opte en effet pour une représentation très crue des conséquences du VIH et sa perception à l’époque comme une maladie de pestiférés, que l’on risquerait d’attraper rien qu’en touchant un malade. Une effroyable situation déjà montrée en encore plus trash il y a quelques années par la mini-série suédoise Snö, qui avait d’ailleurs beaucoup fait parler d’elle lors de sa diffusion en Grande-Bretagne. Russell T Davies a heureusement équilibré la balance, en accordant une place primordiale à des scènes lumineuses et enivrantes sur cette jeunesse pleine de vie et de rêves, qui seront souvent prématurément brisés par la maladie.

Davies a déjà une expérience très solide en la matière, puisqu’il s’est inspiré de sa vie personnelle à Manchester pour créer la première série où tous les personnages principaux sont gays : Queer as Folk. Même si elle n’a duré que deux saisons et compte seulement dix épisodes, c’est une œuvre culte qui a fait scandale au moment de sa diffusion en Grande-Bretagne il y a plus de vingt ans, et qui a été adaptée aux Etats-Unis sous le même nom. L’homosexualité a beau être évidemment une thématique récurrente et centrale des séries de Davies (dans Cucumber, Banana, et Tofu récemment), c’est la première fois qu’il fait du sida l’enjeu principal de l’une d’entre elles. Il a expliqué qu’Its a Sin était un moyen pour lui d’affronter enfin le traumatisme qu’il avait vécu à l’époque, c’est-à-dire la mort de certains de ses amis proches.

La série s’inspire donc logiquement de son expérience personnelle au sein de la scène gay de Manchester, où elle a d’ailleurs été tournée. Enfin, on ne peut pas évoquer Davies sans mentionner qu’il est aussi le responsable de la résurrection de Doctor Who en 2005, et que ses deux dernières mini-séries, A Very English Scandal (en 2018 avec Hugh Grant) et Years and Years (en 2019 avec Emma Thompson) ont été de grandes réussites – surtout la deuxième, pour sa vision dystopique du Brexit. On retrouve d’ailleurs dans It’s a Sin la jeune Lydia West, révélée dans Years and Years, et qui joue cette fois une amie des personnages principaux, Jill Baxter, illuminant la série de sa présence bienveillante.

Pour leur donner vie – sachant que plusieurs personnages dont Baxter sont inspirés de ses amis –, Davies a fait appel à de nombreux acteurs ouvertement gays. C’est le cas de la star de How I Met Your Mother Neil Patrick Harris – qui a droit à un rôle très émouvant – mais aussi d’une autre célébrité comique d’outre-Manche, Stephen Fry. Le rôle principal a lui été confié au chanteur et activiste LGBTQ+ Olly Alexander, leader du groupe Years & Years, qui a repris pour les besoins de la série le tube camp des Pet Shop Boys, justement intitulé It’s a Sin.

L’occasion de dire que la bande-originale de la série est un incroyable best-of des hymnes queer des années 1980, puisque rien que dans le pilote, on entend Tainted Love (Soft Cell), Mickey (Toni Basil), Call Me (Blondie), Feels Like I’m in Love (Kelly Marie), Enola Gay (Orchestral Manœuvres in the Dark) et Smalltown Boy (Bronski Beat), dans des scènes qui devraient rester gravées longtemps dans votre mémoire après le visionnage des cinq épisodes de It’s a Sin.

It's a Sin épisodes 1 à 5, disponibles à partir du 22 mars sur CANAL+.