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L’Opéra (OCS), une série politique sur le monde impitoyable de la danse

Posté par Alexis Lebrun le 7 septembre 2021
Présentée en compétition au festival Séries Mania de Lille, cette nouvelle création française du label OCS Originals est l’une des séries les plus attendues de la rentrée. Tournée au milieu des dorures du Palais Garnier, L’Opéra offre une plongée fascinante dans les coulisses d’un milieu qui reflète les travers de la société française.
« Danser, c’est combattre »

Le slogan de L’Opéra donne parfaitement le ton de la série : ses trois personnages sont tous des individus en lutte au sein de la très prestigieuse institution parisienne. À la tête de cette dernière, un nouveau Directeur de la Danse de 38 ans veut mettre un grand coup de pied dans la fourmilière. Ce nouveau venu, c’est Sébastien (Raphaël Personnaz), un homme qui déborde d’ambition, mais qui se heurte à la réalité du terrain et qui doit résoudre des crises variées. La première de ses priorités est terrible : il doit pousser vers la sortie son amie Zoé (Ariane Labed), une danseuse étoile qui à 35 ans ne peut pourtant pas être licenciée avant 42 ans, du moins en théorie. Car depuis un triste accident, Zoé n’est plus que l’ombre d’elle-même : son corps la lâche, et elle ne fait rien pour l’aider en menant une vie nocturne tout ce qu’il y a de plus « sex, drugs & rock’n’roll ».

Pourtant, alors que tous les éléments sont contre elles et que ses rivales bouillent d’impatience de lui chiper sa place, la jeune femme s’accroche. Dans le même mouvement, sa trajectoire descendante croise le destin d’une danseuse noire qui affronte elle aussi des vents contraires nombreux, mais pour grimper les échelons de l’Opéra de Paris cette fois. Cette danseuse de 19 ans s’appelle Flora (Suzy Bemba) et elle est littéralement sur un siège éjectable : en tant que « surnuméraire », elle ne peut compter que sur des défections au sein du corps de ballet pour montrer ce dont elle est capable. Et dans ce milieu traditionnel très rétif au changement, il est bien sûr difficile d’être acceptée quand on n’est pas blanche, et ce d'autant plus quand on a une grande gueule et qu'on ne respecte pas tous les codes vieillots de l'institution.

L’Opéra de Paris, miroir de la France

Même si la série en met évidemment plein la vue avec ses scènes de danse, son propos est on ne peut plus social et critique. À travers le destin de ses personnages, L’Opéra s’intéresse en effet aux grandes injustices qui traversent la société française comme le racisme, le sexisme et le classisme, mais la compétition exacerbée du milieu de la danse permet surtout d’évoquer la façon dont le corps de ces femmes est surexploité comme une machine pendant quelques années, jusqu’à ce que son usure nécessite son remplacement. La série est bien inspirée d'ailleurs de se plonger aussi dans les enjeux politiques qui agitent l’Opéra de Paris comme les luttes syndicales de ces travailleuses pour qui le mot pénibilité n'est pas galvaudé.

Pour brosser ce portrait sans concession de l’institution, les scénaristes ont forcément mené des recherches sérieuses en amont, et même si L’Opéra reste une fiction, il transparaît clairement qu’elle ambitionne d’être aussi réaliste que possible. La série a par exemple fait appel aux services d’Astrid Boitel, ancienne élève à l’École de danse de l’Opéra, et assistante à la direction. Et hasard ou coïncidence, le personnage de Sébastien est très inspiré par celui qui a beaucoup fait parler de lui pendant son bref mandat de Directeur de la Danse dans la réalité : Benjamin Millepied.

Une actrice récompensée

Et si les deux héroïnes de L’Opéra sont convaincantes dans les scènes de danse, c’est pour une bonne raison : elles ont toutes les deux de l’expérience dans la discipline. Déjà récipiendaire de la Coupe Volpi de la meilleure interprétation féminine à la Mostra de Venise en 2010 pour le film grec Attenberg (Athiná-Rachél Tsangári), Ariane Labed vient de remporter le prix de la meilleure actrice au festival Séries Mania de Lille, où la série était en compétition. Sa collègue Suzy Bemba vient elle de faire ses premiers pas au cinéma dans Kandisha, le film horrifique de Julien Maury et Alexandre Bustillo. Quant à Raphaël Personnaz, ce n’est pas sa première expérience d’acteur dans le milieu de la danse, puisqu’il incarnait le danseur et chorégraphe Pierre Lacotte dans Noureev, le biopic de Ralph Fiennes sorti en 2019.

À l’initiative de L’Opéra, on retrouve aussi deux noms qui inspirent confiance, puisque Cécile Ducrocq a travaillé comme scénariste sur Le Bureau des légendes (CANAL+) et Dix pour cent (Netflix), tandis que Benjamin Adam a fait ses armes sur Paris Police 1900 (CANAL+). La showrunner a également fait appel à son mari Stéphane Demoustier – césarisé cette année pour La Fille au bracelet (2019) – pour réaliser quelques épisodes, et de ce point de vue aussi, la série ne manque pas de souffle. Dernière bonne nouvelle, une saison 2 a déjà été tournée cet été et il se murmure déjà qu’une troisième est envisageable…

L’Opéra épisodes 1 à 8, diffusés sur OCS, disponible avec CANAL+.