Même pas froid : 4 séries nordiques pour frissonner de plaisir

Posté par Alexis Lebrun le 14 avril 2022
On a trop tendance à réduire la production télé scandinave au genre « nordic noir » qui s’est exporté avec succès dans le monde entier. Pour aller au-delà de ce cliché, voici donc une sélection de quatre séries – une pour chaque pays nordique – qui atteste de la vitalité et de la diversité de la création nord-européenne sur le petit écran.
Arnaques et thérapie (Danemark)

Quoi de mieux pour commencer que cette série danoise qui s’amuse beaucoup avec les codes du film de casse à la Ocean’s Eleven ? Dans Arnaques et thérapie, on ne trouve pas de stars hollywoodiennes tirées à quatre épingles afin de voler les millions des casinos de Las Vegas. Non, ici, les personnages principaux sont Erik et Nina, un couple d’anciens escrocs professionnels qui tente d’oublier cette vie passée pour mener une existence normale avec leurs deux enfants dans un pavillon de banlieue. Plus facile à dire qu’à faire : les factures s’accumulent et le duo ne résiste pas à l’envie de replonger pour s’en sortir, surtout quand leur ancienne complice débarque et menace de révéler leurs petits secrets.

Variation rafraîchissante sur le genre indémodable du « dernier gros coup », Arnaques et thérapie n’est pas qu’une série vraiment drôle sur un vieux couple d’escrocs ringards qui tentent de concilier vie de famille et casses improbables – une gageure rendue encore plus savoureuse quand la fille du couple (Esther) se retrouve mêlée aux escroqueries. Il y a bien sûr du suspense façon The Americans (Disney+), mais aussi un discours politique souvent grinçant sur d’autres arnaques beaucoup plus importantes, celles menées par certaines grandes entreprises.

Arnaques et thérapie saisons 1 et 2, disponibles sur CANAL+.

Delete Me (Norvège)

Changement de ton radical avec cette série norvégienne qui s’attaque à un problème on ne peut plus d’actualité : le revenge porn. Delete Me le fait avec une forme narrative particulièrement audacieuse, puisque l’intrigue est racontée à l’envers. On peut donc dire sans spoiler que le premier épisode débute par la conclusion dramatique de la série, et on remonte ensuite le fil des événements ayant mené à cette fin, ce qui crée une tension assez particulière.

L’ambiance de Delete Me est d’autant plus malsaine qu’elle prend place pendant le « Russefeiring », une sorte d’institution norvégienne que l’on peut assimiler au spring break des Américains, et où une partie de la jeunesse du pays s’enfile une quantité spectaculaire d’alcool et de drogues pendant plusieurs semaines pour fêter la fin du lycée.

C’est dans ce cadre que la pauvre Marion a le malheur de se retrouver dans un plan à trois immortalisé sur une vidéo qui est ensuite diffusée sur le web, et qui entraîne slut-shaming, marginalisation et harcèlement dans son quotidien, jusqu'au dénouement déjà sous-entendu plus haut. Ajoutez que Delete Me est clairement inspirée par Euphoria (OCS) dans sa manière de filmer ces affres de la jeunesse actuelle, et vous obtenez une série parfois éprouvante à suivre, mais douloureusement nécessaire.

Delete Me épisodes 1 à 7, disponibles sur CANAL+.

The Machinery (Suède)

Si le nordic noir vous manquait, pas de panique, on y revient maintenant avec deux exemples réussis. Le premier nous vient de Suède et devrait ravir les adeptes d’intrigues basées sur des machinations et des complots invraisemblables, puisque The Machinery raconte la cavale d’un père de famille (Olle) en apparence lambda, mais qui se réveille un beau jour sur le siège conducteur de sa voiture, embarquée sur un ferry, sans savoir comment il est arrivé ici. Encore plus perturbant, Olle découvre à côté de lui une grosse somme d’argent en liquide, une cagoule et un flingue.

Au même moment, il apprend comme nous qu’il est quasiment devenu l’ennemi public numéro un, car fortement soupçonné d’être l’un des responsables d’un cambriolage ayant très mal tourné. Olle doit donc non seulement échapper à la police, mais aussi tenter de comprendre qui a voulu le piéger. Un peu trop pour un simple père de famille ? Pas tant que ça, car très rapidement, on réalise aussi que notre héros dissimule quelques secrets d’envergure à ses proches... C’est ce qui donne tout le sel de cette chasse à l’homme aussi haletante que sanglante (fort bien filmée dans la froideur des paysages norvégiens et suédois), où le chassé est aussi un chasseur.

The Machinery épisodes 1 à 8 sur POLAR+ et CANAL+ Séries.

Bordertown (Finlande)

Puisque l’on termine en évoquant le nordic noir, comment ne pas citer la série finlandaise qui est l’une des meilleures références récentes du genre ? En l’espace de trois saisons, Bordertown a imposé le personnage taiseux de Kari Sorjonen comme une évidence. Cet inspecteur de police surdoué enquête sur des affaires particulièrement sordides, alors qu’il avait justement déménagé dans une petite ville située à la frontière avec la Russie pour passer davantage de temps auprès de sa fille et de sa femme, convalescente après avoir survécu à un cancer. Mais Kari est du genre obsessionnel dans son travail, donc il a bien du mal à décrocher.

Cette forme d’addiction mêlée à son talent hors du commun rappelle bien sûr un autre héros de série qui officiait dans un domaine complètement différent, ce cher Gregory House, qui est aussi comme Kari le fils spirituel de Sherlock Holmes. Série particulièrement sombre, notamment dans les violences qu’elle aborde et dont elle représente les conséquences et séquelles à l'écran, Bordertown est un véritable modèle de scandi noir, dont les jolis plans sur les paysages glacés de Finlande ne doivent pas occulter le fait qu’elle porte un regard politique sur des sujets graves très actuels. Cet équilibre délicat a d’ailleurs été reconnu un peu partout, puisque la série a traversé de nombreuses frontières, jusqu’à parvenir à Stephen King, qui en a fait l’éloge. Et sur ce coup, vous pouvez lui faire confiance.

Bordertown saisons 1 à 3, disponibles sur POLAR+ et CANAL+ Séries.