MISTER 8, le charme fou d’une mangeuse d’hommes

Posté par Marc Larcher le 28 mars 2022
Avec cette série finlandaise qui a doublement triomphé lors du festival CANNESERIES 2021, on découvre un humour féroce allié à une esthétique classieuse en noir et blanc. Imparable.
Encore un bijou venu du Nord

On ne remerciera jamais assez les dieux nordiques de l’audiovisuel. Après avoir illuminé le cinéma en nous faisant découvrir depuis quelques décennies, la poésie d’Aki Kaurismaki, la virtuosité de Lars Von Trier, la violence de Thomas Vintenberg, ils fournissent aussi quelques-unes des meilleures séries, on pense à OCCUPIED (qui, mine de rien, a prédit dès 2015 l’invasion d’un pays occidental par l’armée russe), BORGEN, fable politique intimiste, THE KILLING et THE BRIGDE qui ont renouvelé le genre de la chasse au serial-killer, on en passe et des meilleures. Cette fois-ci, c’est dans le genre peu répandu de la satire sociale que débarque MISTER 8, étonnante série finlandaise créée par Teemu Nikki et Jani Pösö, prix de la meilleure série longue lors du festival CANNESERIES 2021 et prix d’interprétation masculine pour son acteur principal, Pekka Strang.

Une femme qui collectionne les amants

Premier parti prix esthétique de taille, l’image est en noir et blanc léché, un choix qui distingue MISTER 8 de 99% des autres séries. D’emblée, le spectateur est plongé dans une ambiance tout en tension qui donne au programme une allure de film noir se déroulant à notre époque. Car il s’agit bel et bien d’une fable moderne dont un des ressorts dramatiques est le téléphone portable. Ainsi, dès les premières minutes, on découvre un homme installé dans une chambre d’hôtel – il vient d’emménager en ville - qui après avoir vu une publicité télévisée pour un service d’escort téléphonique décide de tenter sa chance. Il attend donc la jeune femme promise dans un restaurant. Elle ne vient pas et lui propose donc à une voisine de table, elle aussi plantée par son rendez-vous, de dîner ensemble. Contre toute attente, celle-ci accepte, leur rencontre démarre même sur les chapeaux de roues et ils finissent la nuit dans sa chambre d’hôtel. Le lendemain, elle disparaît pourtant sans lui laisser de trace, et démarre alors l’enquête du héros, via son téléphone portable, pour en savoir plus sur cette mystérieuse femme jonglant entre les hautes responsabilités et apparemment plusieurs hommes. Au fil des épisodes, on va découvrir la vie hallucinante de Maria : tout son emploi du temps est organisé autour du fait qu’elle a un conjoint par jour de la semaine ! Juho qu’elle vient de rencontrer arrive donc trop tard, il devient « MISTER 8 », l’homme du 8ème jour, qu’elle ne peut caser même si, comprend-elle, petit à petit, elle n’est vraiment pas insensible à son charme et sa façon de lui courir après.

Un charme nordique imparable

Voilà, l’intrigue, aussi dingo que séduisante, distingue encore plus la série de la masse de la concurrence. Et surtout, MISTER 8 – dont la saison se déroule bien-sûr en huit épisodes - a trouvé un moyen de main de renverser la position de l’homme dominant, le séducteur qui accumule d’habitude les conquêtes. Ainsi, on devine en creux une critique de la consommation sous toutes ses formes, de l’envie généralisée de toujours en avoir plus qui nous ferait rater l’essentiel. Cette fois-ci, c’est la PDG d’une entreprise familiale qui mène la danse et mène les hommes par le bout du nez. Et là où bien des productions auraient joué à fond sur une mécanique humoristique et une imagerie lourdingues, la série a préféré cultiver une identité scandinave légèrement loufoque tout en restant classieuse de bout en bout. Lui donnant un indéfinissable charme nordique.

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