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No Man’s Land, une plongée terrifiante dans l’enfer syrien

Posté par Alexis Lebrun le 22 avril 2021
Cette production internationale avec Félix Moati et Mélanie Thierry est l’une des meilleures séries sorties l’an dernier. En nous immergeant au cœur du conflit entre les combattantes kurdes du YPJ et Daesh, No Man’s Land expose de façon spectaculaire les enjeux complexes de l’engagement de ces femmes et de ces hommes dans une lutte armée à mort.
En immersion

No Man’s Land nous invite à suivre deux points de vue du conflit en zone syrienne, via des personnages que tout oppose. Antoine Habert (Félix Moati) est un jeune architecte trentenaire et parisien bien propre sur lui, mais hanté par le souvenir de sa sœur archéologue Anna (Mélanie Thierry), officiellement morte en Egypte dans un attentat en 2012. Officiellement, car deux ans plus tard, Antoine pense la reconnaître sur une vidéo montrant les combattantes kurdes du YPJ, qui affrontent Daesh en Syrie. Ni une ni deux, Antoine laisse sa femme Lorraine (Julia Faure) en plan à Paris, et fait quelque chose de complètement inconscient : il se rend sur place pour retrouver sa sœur, ce qui l’amène évidemment à croiser la route des femmes du YPJ, mais aussi de Daesh.

Et chez ces derniers justement, la série introduit aussi trois personnages principaux : des anglais qui se connaissent depuis l’enfance et qui ont grandi en bas de l’échelle sociale, avant de décider de partir en Syrie pour rejoindre Daesh et participer à son expansion et aux exactions qui vont avec. Mais comme Antoine, ils n’ont pas entièrement conscience de ce que leur décision implique. No Man’s Land nous immerge donc dans une zone de guerre sanglante via les drames personnels de ses personnages, qui nous aident à mieux saisir les enjeux de ce conflit géopolitique complexe.

Une production ambitieuse

Série franco-belgo-israélienne, No Man’s Land frappe immédiatement par la qualité de sa reconstitution et par les moyens déployés pour ses scènes de guerre très musclées et qui la réservent à un public averti. On doit cette réussite au réalisateur israélien Oded Ruskin, déjà habitué des séries à suspense, puisqu’il a travaillé auparavant sur False Flag (CANAL+) et Absentia (Altice Studio). La première est d’ailleurs une création de l’une des têtes pensantes de No Man’s Land, l’Israélien Amit Cohen, qui en a eu l’idée avec son compatriote Ron Leshem, créateur de son côté de la version originale d’Euphoria (OCS) en Israël. Ils ont pu compter sur l’aide de l’écrivain et scénariste français Xabi Molia pour adapter les personnages principaux de la série, sans compter que de nombreuses langues sont parlées par les acteurs dans la série.

Parmi ces derniers, on retrouve en tête d’affiche le français Félix Moati, devenu réalisateur récemment avec le film Deux Fils (2018), et dont c’est la deuxième apparition dans une série après son casting à ses débuts en 2009 dans Sweet Dream (CANAL+). Il est accompagné par Mélanie Thierry qui est elle une habituée du petit écran, et que l’on retrouve d’ailleurs en ce moment dans une autre série française acclamée, En thérapie. Mais il y a aussi dans ce casting une révélation qui crève complètement l’écran, l’actrice suisse Souheila Yacoub, habitée dans le rôle d’une jeune combattante kurde. Après déjà quelques apparitions au cinéma chez Gaspar Noé et Philippe Garrel notamment, on avait fait sa découverte dans la mini-série Les Sauvages (CANAL+) en 2019, aux côtés de Roschdy Zem et Marina Foïs. Bref, No Man’s Land est une série internationale qui ne manque pas de talents, et ce n’est pas pour rien si elle s’est exportée sur une plateforme reconnue aux Etats-Unis, Hulu.

Une précision proche du documentaire

Cela transparaît à chaque épisode : No Man’s Land n’est pas une série manichéenne qui se laisse aller aux explications et aux jugements faciles vis-à-vis de ses personnages. Au contraire, l’écriture montre qu’un travail de recherche important a été mené pour veiller à la crédibilité et à la cohérence de l’ensemble. Nous ne sommes pas dans une production américaine typique : No Man’s Land a beau être un thriller haletant qui ménage le suspense avec quelques bons twists, c’est aussi une œuvre empreinte d’un certain réalisme.

Le personnage incarné par Félix Moati et qui débarque sur place joue en quelque sorte le rôle du spectateur, et il nous aide à saisir un peu mieux ce que l’on a généralement du mal à comprendre depuis notre point de vue : comment des personnes en apparence « normales » mettent leur vie en péril du jour au lendemain pour mener un combat qui nous dépasse. C’est bien le principal mérite de la série, et cela est rendu possible par une construction narrative habile où de nombreux flashbacks révèlent au fur et à mesure des éléments de la vie des personnages avant qu’ils se retrouvent en Syrie, car No Man’s Land ne néglige jamais non plus la dimension intime au profit du grand récit. La marque d’une série réussie.

No Man’s Land épisodes 1 à 8 sur Starzplay, disponible avec CANAL+.