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On The Verge, l’hommage de Julie Delpy à des femmes trop souvent oubliées

Posté par Alexis Lebrun le 2 août 2021
Alors qu’elle vient de faire son retour au cinéma avec le drame My Zoe, l’actrice, scénariste et réalisatrice française expatriée aux Etats-Unis s’apprête également à sortir sa toute première série sur CANAL+ : On The Verge. L’occasion pour elle de revenir – avec succès – à sa grande spécialité, la comédie existentielle.
Crise de la quarantaine

Si on vous dit Los Angeles, il y a de bonnes chances que vous pensiez par exemple à ses plages ensoleillées et à ses corps sculptés à la perfection qui arpentent Venice Beach. Mais derrière ce tableau idyllique, la société américaine cache souvent une tout autre réalité, comme l’abandon des sans-abris, qui viennent tout juste d’être déclarés en « illégalité » à Los Angeles.

Cette réalité, c’est celle que montre avec beaucoup d’humour Julie Delpy dans On The Verge, une idée en projet depuis plus de cinq ans. Installée dans la Cité des Anges depuis un bout de temps, elle a décidé pour sa première série d’aborder un sujet qu’elle connaît bien : la vie quotidienne des femmes américaines dont l’âge oscille entre 40 et 50 ans, et que l’on voit encore bien trop rarement représentées dans les fictions du grand comme du petit écran. Et quand elles le sont, c'est souvent avec des clichés assez éculés pour aujourd'hui.

Quatuor quadra

Dans On The Verge, elles sont au nombre de quatre, réunies dans un groupe d’amies habitantes de Los Angeles. Il y a d’abord Justine, une cheffe à la tête d’un restau branché, qui transforme le livre de recettes qu’elle avait prévu en exercice d’écriture intime pour mettre des mots sur une vie nettement moins parfaite qu’elle n’en a l’air. Notamment parce que sa moitié est un homme toxique qui réussit même à pourrir sa relation avec leur jeune fils. La situation d’Ella n’est pas évidente non plus, puisqu’après avoir eu trois enfants avec trois hommes différents, elle se retrouve mère célibataire avec des factures qu’elle a du mal à payer et des difficultés à être acceptée pour un bon boulot, sans compter qu’elle souffre de détresse affective et d’un sentiment d’être passée à côté de sa vie.

Yasmin a un peu le même sentiment, puisqu’elle a dû arrêter de travailler pendant plus de dix ans pour s’occuper de son fils. Et alors qu’elle aimerait retrouver une certaine autonomie financière pour ne plus dépendre de son étrange mari qu’elle a épousé jeune et avec qui elle se sent coincée, elle a toutes les peines du monde à retrouver du boulot aussi en raison de ses années de mère au foyer. Mais elle peut compter sur le soutien d'Anne, elle-même pas aidée par son penchant un peu trop prononcé pour la consommation de cannabis, sachant que cette entrepreneuse surbookée est à la tête d’une jeune marque de fringues « bios et éthiques », évidemment.

This is not Sex and the City

À travers ces quatre portraits de femmes qui décident de se réinventer quand elles sont confrontées à leur « midlife crisis », Julie Delpy jette un regard sans concession sur les affres de l’Amérique d’aujourd’hui et du sort peu enviable qu’elle réserve en particulier aux femmes qui ne sont plus en âge de procréer, souvent jetées aux oubliettes. Mais On The Verge n’est pas une série moralisatrice : Julie Delpy ne se départit jamais de l’humour féroce qui la caractérise, et elle utilise ici son expérience de française expatriée aux Etats-Unis pour célébrer des femmes qui se libèrent de certaines chaînes pour s’épanouir davantage sur le plan sexuel notamment. Sa série n’est d'ailleurs pas sans rappeler un peu une certaine Sex and the City (OCS), avec qui elle partage une grande liberté de ton quand il s’agit d’évoquer la chose.

Mais cet humour parfois jouissivement cru ne surprendra pas les fans de Julie Delpy, puisque l’on observait par exemple déjà cette caractéristique dans sa géniale comédie Two Days in Paris (2007) et sa suite Two Days in New York (2012). Comme toujours, on la retrouve bien sûr derrière et devant la caméra (dans le rôle de Justine) pour On The Verge, dont elle est évidemment scénariste aussi, en compagnie d’Alexia Landeau, déjà à l’œuvre sur Two Days in New York, et qui est également actrice dans la série, où elle incarne la très drôle Ella. Le casting du quatuor est complété par Elisabeth Shue (Les Experts, The Boys) pour jouer Anne et Sarah Jones dans la peau de Yasmin. Après avoir été marginalisées pendant des décennies par Hollywood, et si les actrices quadras et quinquas devenaient aussi l’avenir des séries ?

On The Verge épisodes 1 à 12, diffusés à partir de septembre 2021 sur CANAL+.