Pour imaginer Severance, son créateur s'est inspiré de sa propre expérience au travail
Le pire de la vie en entreprise
Diffusée pour la première fois en 2022, Severance, une série réalisée par Ben Stiller, s’est rapidement imposée comme l’une des dystopies incontournables de notre époque. Son sujet ? Le monde du travail, et plus spécifiquement, la vie en entreprise et ses injonctions.
En imaginant un monde où les employés ont la possibilité de dissocier leur vie privée de leur vie professionnelle afin de pouvoir mener deux existences complètement distinctes, Dan Erickson, le scénariste original de la série, décortique à l’écran les logiques corporate du monde qui nous entoure, et offre une réflexion glaçante sur notre relation avec les compagnies qui nous emploient. Et si la réalité de Severance nous semble parfois très loin de nous, Erickson rappelle qu’elle nous concerne bien plus que nous le croyons.

Une dystopie pas si éloignée du réel
Pour imaginer le monde de Severance et de Lumons, l’entreprise dans laquelle se déroule l’action, Dan Erickson s’est en effet inspiré… de sa propre expérience d’employé. “L’idée initiale m’est venue au moment où j’occupais un très mauvais job de bureau et où je traversais une sorte d’épisode dépressif” confie-t-il. “Dans la plupart des cas, c’est une version diluée de ce que j’ai réellement rencontré dans le monde corporate du travail. Car il s’y passe tellement de choses délirantes.”
Il rappelle aussi que le langage managérial très rigide utilisé dans la série est déjà en vigueur dans certaines entreprises. “Je ne l’ai pas inventé” souligne-t-il. “Les principes de Lumon viennent en grande partie d’endroits où j’ai travaillé. (...) Ils nous balançaient des mots creux pour nous donner l’impression qu’il y avait une philosophie plus profonde dans l'entreprise. (...) Parfois, c’est sincère et sérieux. Et d’autres fois, c’est très rébarbatif et manipulateur, parce que ça donne l’impression que les entreprises essayent de créer un culte personnalité.”

Des influences SF majeures
A sa propre expérience, Dan Erickson a évidemment ajouté des éléments plus fantasques, puisés dans ses œuvres préférées. Parmi ses sources d’inspiration, le scénariste cite Brazil, le film culte de 1985 qui met en scène une dystopie totalitaire et sa bureaucratie délirante, 35h, c’est déja trop, une comédie sur la routine étouffante du bureau, ou encore des classiques du théâtre de l’absurde, comme En attendant Godot.
Néanmoins, il faut attendre la rencontre d’Erickson avec Ben Stiller, qui propose de co-produire et de réaliser le projet, pour que Severance devienne ce qu’elle est aujourd’hui. “L’aspect qui intéressait le plus Ben, c’était l’humanité dans tout ça” explique le scénariste. “Donc on s’est quelque peu réfrénés sur le côté surréaliste, la science-fiction et le thriller. Et on s’est demandé, OK, quelle est la meilleure façon d’utiliser ces éléments pour faire avancer l’intrigue et les histoires des personnages ?” On connaît la suite : une série unanimement acclamée, un feu vert pour une deuxième saison, deux nominations aux Golden Globes… et une furieuse envie de télétravailler.




