This England, la série qui s’attaque à la gestion du Covid-19 par Boris Johnson
Forcément très commenté au Royaume-Uni, ce docudrama du réalisateur et scénariste Michael Winterbottom replonge dans une période sombre de l’Histoire très récente. Reposant en grande partie sur la performance spectaculaire de Kenneth Branagh dans la peau de l’ancien Premier ministre et sur une reconstitution réaliste de la vie politique au 10 Downing Street, This England est une série choc sur un pays en crise.
Un drame tristement historique
« Ça va être une année fantastique pour le Royaume-Uni. » Ce tweet publié le 2 janvier 2020 par Boris Johnson, accompagné d’une photo avec ses deux pouces levés, est devenu tragiquement ironique pendant la pandémie de Covid-19 qui suivit. C’est à peu près là que commence This England : vainqueur des élections générales de décembre 2019 avec une majorité écrasante, le Premier ministre Boris Johnson est d’humeur festive, car il va pouvoir mettre en application son slogan « Get Brexit Done » et tenir sa promesse de sortir le pays de l’Union Européenne fin janvier 2020.
Ce qu’il ne sait pas encore, c’est qu’il va se retrouver au cœur d’une crise inattendue d’une ampleur historique, et où il va se distinguer par sa gestion erratique des événements. Avec la précision mécanique d’une machine infernale, This England raconte jour après jour les débuts de cette pandémie dont la gravité est d’abord largement sous-estimée par Boris Johnson et ses proches.
La série mêle une fiction douloureusement réelle – avec des images très dures des malades qui meurent dans les hôpitaux – et des extraits bien réels qui replongent dans cette période sidérante, où tous les pays du monde finissent par prendre conscience plus ou moins tôt qu’ils vont devoir faire accepter des décisions jamais vues pour endiguer la progression du virus.

Au cœur d’un réacteur (en feu)
De ce côté, Boris Johnson s’est distingué par sa légèreté, optant d’abord pour la stratégie suicidaire de l’immunité collective, afin d’éviter à tout prix un confinement. Les conséquences seront dramatiques pour le pays, puisque le service public de santé (NHS) déjà affaibli par les coupes budgétaires sera saturé de malades et ne pourra pas empêcher le Royaume-Uni de détenir un triste record, celui du pays européen le plus touché par le Covid-19, et de loin, avec plus de 210 000 décès dénombrés aujourd’hui.
Comment une telle catastrophe a-t-elle été possible ? Pour le comprendre, Michael Winterbottom nous fait entrer dans un 10 Downing Street d’abord en décalage complet avec la réalité des événements. Saturé d’employés terrorisés par le Chief of Staff controversé de Boris Johnson, Dominic Cummings (Simon Paisley Day), le lieu ressemble à un cluster géant, et les réalisateurs de la série nous font parcourir les lieux à un rythme frénétique qui épouse la panique du moment.
Cette immersion au cœur du réacteur est rendue encore plus fascinante par le fait que cette adresse est aussi le lieu de résidence du Premier ministre, ce qui crée des scènes pour le moins surprenantes avec le chien du couple Johnson et Carrie Symonds (Ophelia Lovibond), la nouvelle compagne de Boris Johnson, enceinte au moment de la crise sanitaire et complètement déconnectée de la gravité de ce qui se joue pour le pays et la carrière de Boris Johnson.

Boris Johnson, le clown triste qui ne fait plus rire
Fragilisé par une procédure de divorce en cours et par ses enfants adultes qui ignorent tous ses appels, « BoJo » est représenté dans la série comme une sorte de bouffon incompétent, ânonnant en permanence des citations de Churchill ou Shakespeare, dont il doit écrire la biographie pendant la crise… Notoirement rétif à la distanciation sociale, on le voit se promener sans masque dans un hôpital où il serre la main de tout le monde, avant d’être inévitablement rattrapé par le Covid et même d’être hospitalisé en soins intensifs. Un épisode particulièrement médiatisé qui est dépeint dans la série, tout comme le scandale déclenché par le confinement non respecté de Dominic Cummings.
L’affaire du « partygate » ayant entraîné la chute de Boris Johnson n’est en revanche pas présente dans la série, puisqu'elle a été tournée avant ces révélations. Dans le rôle de l’ancien Premier ministre, le tragédien Kenneth Branagh est bluffant, parvenant à répliquer quasiment à la perfection la posture voûtée toujours penchée en avant, ainsi que la démarche et la diction si particulières de Boris Johnson. L’acteur a également dû passer plusieurs heures par jour au maquillage pendant le tournage : outre une perruque reproduisant la coupe de cheveux impayable de BoJo, son corps a été visiblement rembourré, et son visage est recouvert d’une couche très épaisse de maquillage prosthétique, qui le rend totalement méconnaissable. À quand la suite ?

This England épisodes 1 à 6, diffusés à partir du 28 novembre sur CANAL+.



