UN PROPHÈTE : qu'est-ce qui change par rapport au film ?
En transportant l’intrigue du film de Jacques Audiard à Marseille et à notre époque, les créateurs de la série ont réussi l’impossible : renouveler un chef d’oeuvre du cinéma. Et raconter une fable contemporaine sur la survie au milieu de la corruption.
De Tahir Rahim à Mamadou Sidibé, un talent d’acteur à l’état brut
C’est la question qui trotte dans la tête de tous ceux qui ont vu le film de Jacques Audiard sorti en 2009 et qui se sont pris une énorme claque. Qu’ils se rassurent tout d’abord, l’esprit du long-métrage originel est conservé, il s’agit bel et bien de l’ascension d’un petit jeune dans le milieu carcéral, d’un détenu effacé, quasi invisible, qui pour survivre va graver un à un les échelons. Le principe même d’une distribution donnant pour le rôle de Malik sa chance à un visage inconnu, Tahar Rahim en 2009 devenu une star depuis, est conservé.
Cette fois-ci, c’est Mamadou Sidibé, impressionnant de présence silencieuse et d’intelligence. Alors que dans les premiers épisodes, les caïds de la prison lui marchent dessus, lui ne cesse d’observer les forces en présence et d’étudier les rapports de force. Comme dans le film, le moment venu, il saura faire les sacrifices nécessaires pour survivre puis actionner les bons mécanismes pour prendre le pouvoir. Autre élément inchangé, les scénaristes Nicolas Peufaillit et Abdel Raouf Dafri sont toujours présents et ont pris les commandes du spin-off. Ainsi, ils restituent la même atmosphère angoissante propre aux films de prison mais ils ont transféré l’histoire aux Baumettes à Marseille et ça, ça change tout. La lumière éclate, le gris laisse place au jaune, les personnages truculents sont omniprésents et on découvre en lieu et place du mafieux corse brillamment incarné alors par Niels Arestrup, un autre genre de voyou, pas une brute mais un manipulateur né, un promoteur immobilier véreux (Sami Bouajila) qui s’est fait incarcérer volontairement après un deal complexe avec les autorités.

Aux Baumettes, tout est encore plus compliqué et dangereux
Sous le soleil de Marseille ou dans la grisaille parisienne, la corruption est toujours omniprésente. Aussi, le rôle des gardiens et du directeur de la prison est encore une fois capital. Les créateurs de la série profitent également du fait que la société française a changé entre 2009 et 2026. Ils peignent par petites touches un pays et une ville gangrénés par l’argent sale et la drogue en résonnance avec l’actualité récente. Malik arrive à Marseille parce qu’il est une « mule », il subit l’effondrement de l’immeuble insalubre qui l’abrite, à l'extérieur, la guerre des gangs pour le contrôle des trafics s’accompagne d’une guerre politique au sein des autorités de la ville.
Et là où la série invente une nouvelle sortie de secours pour son héros, c’est dans le recours à la lecture et en particulier des livres de littérature. Car si Malik, lui aussi hanté par les fantômes, survit à son séjour aux Baumettes, c’est parce qu’un autre prisonnier, Rony dit « Le Libanais » en charge de la bibliothèque, l’initie à ce domaine et lui apprend que la bibliothèque est un endroit stratégique permettant de rester en contact avec tous les prisonniers, amis comme ennemis. Enfin, la dernière différence et pas des moindres, réside dans le fait que la série comprend huit épisodes de 52 minutes et peut creuser à loisir ses personnages sur le long terme. De quoi disséquer tout ce petit monde carcéral.
