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HEMINGWAY, LE VIEIL HOMME ET LA BOXE

Posté par Sébastien HEULOT

Ca pourrait être une histoire classique. Un gamin pousse la porte d’une salle de boxe à Chicago et c’est le coup de foudre. Oui mais l’histoire devient exceptionnelle quand elle est vécue par Ernest HEMINGWAY.

«Mon écriture n’est rien, ma boxe est tout. » Le Prix Nobel 1954 n’a jamais fait dans la demi-mesure. Sa vie s’est nourrie d’excès et de passions. Celle de la boxe démarre dans la souffrance à 14 ans, juste avant la Première Guerre Mondiale. Dans ce gymnase de Chicago où il multiplie rounds au sac et leçons, il met les gants pour la première fois avec Young A’Hearn, poids moyen de qualité. A’Hearn a une habitude peu scrupuleuse  : rosser de coups les jeunes amateurs pour empocher les droits d’inscription en les dégoutant de revenir. Hemingway ne s’échappe pas sur le ring. 1 seul round au menu, violent, sanglant avec voyages au tapis et nez cassé. Mais le gamin de Chicago ne renonce pas. Le lendemain, ilse présente à nouveau, un gros bandage sur le nez.

Son style restera toujours désordonné et sa garde souvent trop lâche mais « j’ai toujours imposé à mon esprit de ne jamais me soumettre ! »

Le voilà à Paris dans les années 20 pour un nouveau combat : « écrire une phrase vraie ». Une histoire de sueur et de sang qui se joue debout car « qui peut tenir dix rounds assis sur son cul ? » Il y côtoie le jeune Pablo Picasso, Francis Scott Fitzgerald en pleine écriture de«Gatsby le Magnifique ». Ces années folles retracées dans son livre Paris est une fête publiée après sa mort en 1964…

L’une des anecdotes les plus savoureuses de ce livre, c’est le jour où Francis Scott Fitzgerald s’est fâché  avec Hemingway. Nommé arbitre au débotté, Scott Fitgerald  a prolongé un round au-delà du temps initialement prévu alors qu’Hemingway était dans le cordes, sonné par le Canadien Morley Callaghan. Hemingway n’a pas supporté l’inconséquence de son confrère trop dilettante et ne lui a jamais pardonné..

Pour Hemingway, la boxe fait partie de son quotidien. Il fait découvrir le Noble Art au poète russe Ezra Pound et lui donne même la leçon. Ses envies de combat le poussent sur des rings parfois de fortune. A Paris, il affronte un homme à monocle. A Londres, il boxe et corrige un critique mal intentionné. Sur les îles Bmini, aux Bahamas, il affronte des pêcheurs mécontents.

Et à la fin de chaque combat, c’est toujours lui qui en écrit l’histoire.

« Dans la vie, je me suis parfois découragé mais je n’ai jamais abandonné. »

Hemingway donne beaucoup mais sait aussi recevoir. La cinquantaine passée, Il boxe à domicile sur le ring qu’il a fait construire dans sa propriété de Key West. Il délaisse parfois les gants pour arbitrer des combats locaux. Avec moins de succès. Un soir, un certain « Shine » Forbes tente par trois fois de jeter l’éponge pour sauver son poulain mais Hemingway fait durer le plaisir et lui renvoie sa troisième tentative en pleine face. Enragé, Forbes passe entre les cordes et étend le grand homme. Le match est arrêté.

Plus tard dans la soirée, Forbes se rend au domicile d’Hemingway pour présenter ses excuses. Il s’attend à remettre les gants mais Hemingway lui tend la main et l’invite à venir s’entraîner le lendemain. Forbes restera le « sparring-partner » d’Hemingway jusqu’à la fin de sa vie en 1961.

Il organise même des petits tournois exhibitions dans sa propriété avec des amateurs qui partagent la même passion pour la boxe.

Durant toutes ses années, il consigne ses expertises sans jamais les publier.

La littérature et la politique nourrissaient ses écrits mais « la boxe, c’est autre chose. Contrairement à un joueur de base-ball, un boxeur peut-il prendre sa retraite ? Non, personne n’admettra que ses jambes aient faibli ou que ses réflexes soient moins rapides. Sans cesse, il doit remettre le couvert. Au risque de livrer le plus que fameux « combat de trop » ».