Mood, une série sombre dans l’envers du décor des camgirls et d’OnlyFans
Diffusée sur la BBC, cette nouvelle production britannique est l’une des révélations de cette fin d’année 2022. Mood est un portrait cruel mais sans manichéisme de la société actuelle, des réseaux sociaux et de leurs dérives, entre superficialité et quête de célébrité. C'est l'histoire d'une jeune femme qui prend pour modèle une influenceuse, fantasmant une libération sans saisir l’exploitation dont elle est souvent victime.
Au bord du gouffre
Faire connaissance avec l’héroïne de Mood, c’est d’abord découvrir une jeune femme au bord de la crise de nerfs. En proie à des attaques de panique, Sasha est une jeune londonienne de 25 ans, issue d’une famille recomposée des quartiers populaires. Après avoir abandonné la fac, elle ne rêve que d’une chose : se faire un nom dans la musique.
Mais il lui manque les bons contacts, et ses journées passées à fumer des joints et à zoner avec des dealers du coin ne l’aident pas non plus à avancer. Comme si cela ne suffisait pas, elle est totalement accro à son ex (Anton), qu’elle harcèle au quotidien et pour qui elle se met dans des situations très gênantes, dans la réalité comme sur les réseaux sociaux.
Après avoir mis le feu à sa poubelle un soir de biture triste et vénère, Sasha est même carrément virée de chez ses parents et obligée de survivre seule, sans logement et sans emploi. C’est donc littéralement la misère pour elle, avant sa rencontre avec Carly, une sorte d’influenceuse Instagram fêtarde qui l’interpelle par son aisance financière et sa notoriété sur les réseaux sociaux.

Libération ou exploitation ?
Tentée de suivre son modèle pour se faire connaître et accroître son audience, Sasha met le doigt dans un engrenage fatal, car Carly est en réalité une camgirl qui gagne sa vie sur une plateforme similaire à OnlyFans, où l’on passe vite de l’érotisme à une forme de prostitution sans forcément en avoir conscience.
Mais si la série se garde de tout jugement sur les travailleuses du sexe, elle interroge sur les dynamiques à l’œuvre chez les femmes qui pratiquent cette activité : sont-elles libres de faire ce choix, ou sont-elles exploitées et contraintes d’aller de plus en plus loin par nécessité économique ?
Mood pose d’autres vraies questions, comme l’étiquette collée à vie par toute la société sur celles qui ont été camgirls un jour ou l’autre, dans une société patriarcale où le deux poids, deux mesures du slutshaming est la règle en matière de rapport au sexe des hommes et des femmes.

Nicôle Lecky, la nouvelle révélation anglaise
Ce regard très fin porté sur un sujet si difficile, c’est celui de Nicôle Lecky, la créatrice, scénariste et actrice principale de la série, adaptée de sa pièce de théâtre solo, Superhoe (2019).
Mais outre le fait qu’elle traite aussi de façon pertinente les autres sujets graves de la série – chômage des jeunes, santé mentale, racisme et classisme – grâce à une préparation minutieuse en amont et des rencontres avec des personnes concernées, Lecky innove aussi un peu dans sa forme, puisque l’on trouve dans chaque épisode des numéros musicaux plutôt épatants, exécutés par une Nicôle Lecky qui ne craint pas de s’essayer à des styles très différents.
Très crus et parfois bizarrement drôles grâce aux répliques assassines de son héroïne principale, les dialogues placent déjà Nicôle Lecky en héritière de Phoebe Waller-Bridge (Fleabag) et Michaela Coel (I May Destroy You).
Mais Mood bénéficie aussi d’un joli casting : Lara Peake (Born to Kill, The English Game) impressionne dans le rôle de Carly, et on est toujours ravis de retrouver Jessica Hynes (Years and Years) et Paul Kaye (Game of Thrones, The Third Day), respectivement dans le rôle de la mère de Sasha et de son beau-père.
Et au vu de l’accueil très positif réservé au Royaume-Uni à cette première saison de Mood, il se pourrait bien qu’une deuxième soit mise en chantier. Nicôle Lecky a en tout cas confirmé avoir les idées pour, mais on n’avait aucun doute là-dessus.
Mood épisodes 1 à 6, disponibles à partir du 7 novembre sur CANAL+.



